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loa L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE,
s'élancent deux lions au corps souple, à Tabondante crinière. Voilà créée, dans sa forme définitive, une des scènes les plus chères à l'art chrétien; elle prend place, dès le commencement du ii° siècle, à la voûte des plafonds et des arcQsolia; et déjà elle se complète par deux autres épisodes qui lui sont étroitement unis, la fausse accusation intentée à Suzanne, et le supplice des trois jeunes Hébreux,
L'histoire de Suzanne est éloquemmeni racontée par les fresques de la Chapelle grecque, au cimetière de Priscille (fig. 68). Ici, par une exception précieuse, Tart naissant se départ de sa rigidité symbolique pour s'essayer à la représentation d'un drame. En face l'un de l'autre , deux grands tableaux à fond de stuc blanc, encadrés d'un filet rouge, représentent d'une part Suzanne tentée, d'autre part Suzanne accusée et triomphante. Sveltesse des figures, touche rapide et sûre du pinceau, sobriété du geste, larges espaces ménagés autour des
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personnages, tout fait songer aux habitudes classiques. Les deux séducteurs, représentés imberbes et jeunes, s^élancent vers Suzanne qui, les mains étendues, appelle le secours du ciel. Déjà ce secours lui apparaît : devant la porte de sa maison, un jeune homme est debout, le Seigneur qu'elle invoque dans sa
réponse aux vieillards : « Mieux vaut tomber innocente dans vos mains que pécher sous les regards du Seigneur, n Sur le second panneau, divisé en deux scènes, les vieillards étendent leurs mains sur la tête de Suzanne, pour affirmer leur accusation (Dan., xm, 84) ; à gauche, on aperçoit l'arbre dont se servira Daniel pour confondre les imposteurs ; puis Suzanne vengée, ainsi que Joachim, près de la stèle rappelant la mort des coupables, remercient te Seigneur de son assistance.
iio L'ARCHEOLOGIE CHRÉTIENNE.
Malgré le symbolisme prêté à l'histoire de Suzanne par les théologiens qui voulaient y voir une image de l'Eglise persécutée, cette belle composition n'a guère été reproduite (fig, 69). Au bas d'un arcosoHum du cimetière de Prétextât, dont la peinture de fond représente trois brebis, images des trois défuntes qu'enfermait la tombe, on voit une brebis entre deux loups : ce sont, ainsi qu'une inscription nous l'apprend, Suzanne et les
Fig. 69.-
ls(cim,
cl Marcstlio).
vieillards; la fresque appartient au iV siècle, et mérite d'être retenue comme un curieux exemple d'allégorie biblique.
L'histoire des trois jeunes Hébreux, racontée en ce même livre de Daniel, comprend, dans l'art des catacombes, deux scènes. La première, où ils refusent d'adorer la statue de Nabuchodonosor, paraît de création tardive, et sert d'harmonieux pendant à l'Adoration des Mages. La seconde, où ils chantent parmi les flammes l'infinie puissance de Dieu, est de création presque aussi ancienne, de répétition presque aussi
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fréquente que Padmirable image de Daniel entre les lions, dont elle égale la douceur fortifiante et le radieux mépris du martyre (fig. 63). Comme les Mages, les trois jeunes gens portent d'ordinaire le costume classique des Orientaux : tiare ou bonnet phrygien, tunique serrée à la taille et larges braies. Dans une fresque du cimetière de Priscille, la colombe leur porte le rameau d'olivier.
A l'image de Moïse frappant le rocher s'oppose très souvent, aux catacombes, comme plus tard sur les sarcophages, celle de Jésus ressuscitant Lazare. Il serait difficile de trouver deux compositions plus exactement équilibrées : Moïse et Jésus lèvent du même geste la baguette miraculeuse, et le rocher se dresse en face du tombeau (il faut noter que, dans la tradition romaine, la caverne fermée d'une pierre dont parle saint Jean est remplacée par un sépulcre en forme de temple à fronton, élevé sur quelques marches). Trois fresques, aux cimetières de Priscille et de Calliste, nous montrent le second acte du drame : Lazare, ressuscité, vêtu d'une tunique étroite, s'avance hors de la tombe, obéissant au geste impérieux du Christ (fig. 98). Partout ailleurs, Lazare, enveloppé de bandelettes comme une momie, apparaît debout au seuil du mausolée (fig. 35).
Le souci de l'histoire ou la recherche d'un décor varié n'apparaissent guère dans ces fresques dont la plupart se transmettent d'un siècle à l'autre, à travers les cryptes successives, telles exactement qu'elles furent composées aux débuis de l'art chrétien. Pourquoi s'écarteraient-elles de leur simplicité hiératique et mo-
notonePCes figures, ces allégories ont pour le chrétien qui les contemple la valeur d'une invocation toujours la même, patiemment et pieusement répétée.