IMAGES DOGMATIQUES. 1J
saint Cyprien, sont les prières faites en présence des espèces consacrées. »
A cette fresque fait pendant le symbole de la messe dans l'ancienne Loi, l'image du Sacrifice d'Abraham (fig. gS). Par exception, l'artiste n'a pas représenté la scène même du Sacrifice. Isaac, comme Jésus Bis unique et victime non sanglante, est debout près d'Abraham ;
Fig. 94. — La Mcete (chambres dn Sacrement*).
tous deux remercient le Ciel de sa miséricorde. L'arbre, le fagot et le bélier suffisent à préciser la scène.
Une seconde allégorie, prise cette fois à l'Évangile, représente le sacrement de l'eucharistie dans l'acte de la communion. C'est le repas des sept disciples au bord du lac de Tibériade (hg. g6). On a souvent confondu ces banquets allégoriques, plusieurs fois reproduits aux catacombes, avec les banquets célestes que nous avons étudiés (fig. 74). Mais leur composition paniculiére et le nombre invariable des convives, tous de sexe mas-
i|S L'ARCHEOLOGIE CHRETIENNE.
culin, ne permettent aucun doute sur leur signification Saint Jean a raconté (xxi, i i5) cette apparition tnati-
Le Sacrifice d Abraham (chambres d«a SacremeQla).
nale du Sauveur aux sept disciples, et ce repas de pain
. gC. — Le repas d
et de poissons grillés qu'il leur offrit. Les images peintes aux caveaux des Sacrements sont une traduc-
IMAGES DOGMATIQUES. ijp
tion exacte du récit évangélique; mais cette traduction se complète par un important détail. Devant la table du repas sont rangées des corbeilles pleines de pains, au nombre de sept, de huit ou de douze; évident souvenir des deux multiplications de pains et de poissons accomplies par le Sauveur, et dans lesquelles tous les Pères s'accordent à voir une figure de Peucharistie prodiguée aux fidèles. Ailleurs, dans cette belle crypte où nous avons vu le Bon Pasteur entre les deux apôtres et Pimage du Moïse-Pierre, Jésus lui-même, accosté de deux disciples, opère la multiplication ; mais ici le symbole est condensé ; il Test plus encore dans une fresque sans personnages, où la table eucharistique, la mensa dominica, chargée de pains et de poissons, se dresse entre les sept corbeilles (fig. 97).
La Résurrection, — Les images de Jonas et de Lazare ressuscité forment le troisième groupe de nos fresques, et achèvent leur sens profond. La vie surnaturelle, acquise par le baptême, conservée et renouvelée par Teucharistie, nous ressuscite, comme Jonas et Lazare, et nous transforme pour l'éternité. L'image de Lazare surtout, cet éclatant symbole de l'espérance chrétienne, a dû inspirer les peintres de nos cubicula : au lieu de la momie que touche la baguette miraculeuse, ils nous montrent, devant la porte du tombeau, la figure bien
Fig» 97' — La table eucharistique (chambres des Sacrements).
1 jeune homme prêt à marcher; le miracle est accompli (lîg. 98).
Tel est le mystique ensemble de ces peintures, découvertes et commentées avec une rare sagacité par M. de Rossi.
Elles marquent le sommet du symbolisme chrétien. Leur importance théolo gique est assez grande pour avoir suscité de nombreuses controverses; leur valeur artistique très minime s'efface auprès du rôle qu'on leur a donné de documents historiques. Elles sont trop subtilement réunies pour n'avoir pas été inspirées par quelque docteur contemporain de Calliste, sinon par Calliste lui-même ; et n'était-ce pas le décor idéal d^une sépulture ecclésiastique, ce résumé doctrinal, ce catéchisme en figures, la plus profonde, sinon la plus parfaite expression de l'art chrétien avant le triomphe de l'Église?
(Bibt. n
e ParU).