LE CHRIST ENSEIGNANT ET DONNANT LA LOI
Le triomphe de l'Église, en inaugurant l'art chrétien officiel, n'a pas transformé, au moins dans son essence, le décor funéraire. Mais, à côté des fresques qui conti-
I. Db Rossi, Bull., 1B68, 1876. — RoLLES, ch. LXXIlf, LXXVIU. — Gribouard de Saint-Laureht, Guide de Varl chrétien, t. II, et. zin. — Kraus, R. £., an, Jésus Christus.
nuent à reproduire les motifs symboliques habituels, il en surgit d'autres, destinées à glorifier la foi victorieuse, dans les chapelles souterraines, au-dessus des tombes des martyrs. Deux des plus solennelles compositions de Part nouveau, l'image du Christ enseignant au milieu des apôtres (fig. 140), et celle du Christ triomphant et donnant la Loi (fig. 200), pénètrent aux
Fig. 106. — Le Christ enseignant (catacombe de Domitille).
catacombes. La seconde y est certainement empruntée, trait pour trait, à Part des basiliques ; mais on ne saurait affirmer à coup sûr que la première n'ait pas été créée par la décoration funéraire. Reproduite, assez rarement d'ailleurs et de façon presque immuable, par les mosaïques absidales, elle reçoit, aux catacombes, des formes successives et toujours plus complètes. Avant le milieu du iv« siècle, le type en est encore incertain. Dans la catacombe de Domitille, un bel arcosolium, tout revêtu d'un riche décor de pampres où des amours font la vendange, montre à sa paroi de
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fond, malheureusement entaillée par l'ouverture d'un locus, un personnage assis sur un siège à haut dossier, sans doute le Christ, qui paraît enseigner dix jeunes hommes, assis sur des escabeaux, et pressés attentivement autour de lut. La scène est vive, naturelle, sans raideur; il en est de même d'une fresque de la catacombe inférieure de S' Janvier, à Naples, où Jésus, assis vers la droite, parle à neuf hommes debout, groupés au centre et à gauche du panneau.
C'est la catacombe de Domitille qui possède le plus parfait exemplaire de cette belle composition; elle fait face à la fresque du Bon Pasteur entouré des Saisons (Bg. 3i), et occupe l'abside droite d'un cubi- \
CUlum double dont nous pig. 107. -L, christ enseignant avons remarqué l'originale [àéu.]] de u figure loc).
structure (p. 52, fig. 106).
Ici les douze apôtres sont réunis en deux groupes aux côtés du Christ, siégeant sur un trône à haut piédestal, devant lequel est une corbeille remplie de volumes (fig. 107). Le peintre a ingénieusement varié les attitudes et les physionomies ; deux des apôtres sont assis, saint Pierre et saint Paul (car, dans ces réunions
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idéales, saint Paul doit remplacer Judas); ils conversent avec le Seigneur; derrière eux, leurs compagnons sont debout et attentifs, l'un même se penche pour argumenter. L'art chrétien a eu rarement plus de simple noblesse ; c'est, aux catacombes, un digne pendant de l'admirable mosaïque de S*® Pudentienne, peut-être de la même époque (fig. 140). Enfin, la composition prend l'aspect hiératique que lui donneront quelques absides de basiliques. Au sommet d'un arcosolium du cimetière de S* Hermès, les douze apôtres et le Christ qui les domine, tous vêtus delà tunique et du manteau, sont assis, dans une posture immuable, sur les mêmes sièges à dossier. La voûte d'un grand cuhiculum du cimetière de Domitille reproduit cette assemblée monotone; mais, ce qui marque une époque plus avancée, elle donne le nimbe au Christ.
Le nimbe, ce cercle qui entoure la tête comme d'un reflet lumineux, donné parfois, dans l'art païen, aux figures de dieux et de déesses, aux personnifications de toute sorte, et même aux images divinisées des empereurs, devint, après la Paix de TÉglise, d'un usage très fréquent dans l'art chrétien. Ce fut d'abord un attribut de puissance plutôt que de sainteté; car si le Christ, les anges, les apôtres et les saints le reçoivent, il continue d'appartenir aussi aux grands de la terre. Des médailles de Constantin et dé Fausta les représentent couronnés du nimbe, et les célèbres portraits de Justinien et de Théodora, dans l'église de S* Vital, à Ravenne, sont également nimbés. Le nimbe du Christ, simple à l'origine et semblable à ceux de la Vierge ou des saints, s'en distingue dès le commencement du