LE CHRIST JUGE
réduite à ses éléments essentiels, est unique dans la peinture chrétienne, et l'on ne peut citer en comparaison qu'un bas-relief et un graffite du musée de Lateran (fig. 109). Mais elle s'achève aussitôt et prend une importance considérable par l'introduction des images des saints.
Le culte des saints date du triomphe même de TEglise. Tous ces glorieux martyrs qui ont souffert pour le Christ ouvrent le ciel à la foule des croyants. On court aux tombes vénérées, on les touche, on les baise avec ferveur; on prie ces grands défenseurs de la foi d'intercéder près du Souverain Juge pour les morts bien-aimés, d'être leurs avocats, leurs patrons. «Accorde, ^\^' '^9. — ÉpUaphe
' . (Musée de Lateran).
Seigneur », dit le Sacramen-
taire gallican, « par l'intercession de tes saints martyrs, à nos bien-aimés qui dorment dans le Christ, un lieu de rafraîchissement au séjour des vivants » ; et les inscriptions invoquent, par vingt formules différentes, cette assistance désirée des saints. « Que les âmes de tous les saints t'accueillent en paix », lit-on sur une épitaphe d'enfant trouvée à Rome au siècle dernier; ailleurs : « Rafraîchisi-toi avec les âmes saintes. — Elle a été accueillie auprès des âmes saintes » ; ou, plus brièvement: « (Vis) parmi les saints, INTER SANCTOS, CVM SANCTIS »; et l'on ne peut oublier la belle épitaphe lyonnaise de cette très noble dame — clarissima femina — dont l'âme a quitté la terre pour s'envoler vers les martyrs : A TERRA AD MARTYRES.
i]3 L'ARCHEOLOGIE CH RÉTIEN'N E.
La peinture devait traduire ces pressants appels. Les images des saints apparaissent comme une sauvegarde auprès des tombes chrétiennes; n'était-ce point par un excès naïf de cette dévotion populaire que l^on s'empressait d'aclieier un locus dans le voisinage d'une tombe sainte, pour être plus assuré de la protection du martyr? Voici, au fond d'un arcosoHum du cimetière
su tribunal du Chr >t (fretque du c met ère d Hermèi — Bq< o p jfis)
d'Hermès (fig no), la jeune hgure d un mort qui a gagné sa cause devant le tribunal du Seigneur, grâce à ces puissants avocats {peut-être les saints Protus et Hyacinthe, ensevelis dans ce cimetière). Debout au milieu d'eux, devant le trône du Juge bienveillant, il prie avec reconnaissance. « Heureux qui a mérité d'être conduit au Seigneur par deux martyrs!... « dit une inscription de Verceil.
Un arcosoHum du cimetière de Calliste, datant