‹ L'archéologie chrétienneChapitre 46 sur 68 · PERSISTANCE DES MOTIFS ANTIQUES · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DES MOTIFS ANTIQUES

rière lui se dresse la croix; à droite et à gauche sont les sept cande'Iabres (Ap., I, 12), puis les quatre figures symboliques des Evangiles, le Lion, le Veau, l'Homme et PAigle (Ap., IV, 7). Au-dessous de cette zone, sur les deux parois qui vont se rétrécissant jusqu'à la base de la conque, les mosaïstes représentent, en deux groupes majestueux, les vingt-quatre vieillards qui adorent PAgneau, et qui tendent vers lui leurs couronnes (Ap., IV, 10). Tels sont, rapidement énumérés, les éléments essentiels du symbolisme nouveau; tous concourent à cette expression de joie triomphale qui éclate dans Part des basiliques, et fait de ces mosaïques étincelantes des hymnes de grâces et d'amour au Christ victorieux.

Persistance des motifs antiques dans les mosaïques chrétiennes. — Au milieu de ces grandes compositions symboliques d'une originalité si puissante, on voit se perpétuer des traces de l'art antique, simples ornements, ou figures, ou scènes entières, accueillies avec une complaisance visible par les artistes italiens, toujours soucieux (du moins jusqu'au vi® siècle) de la richesse et de l'harmonie du décor. Nous avons admiré, à la coupole de S'® Constance, une rivière toute peuplée d'oiseaux et d'amours, selon la mode des fresques antiques; cette même rivière, sillonnée des mêmes batelets, coupée aussi de barrages et de rocs, égayé la base de deux grandes mosaïques absidales du v® siècle, refaites plutôt que restaurées au xiii* : les mosaïques de S'® Marie Majeure et de S* Jean de Lateran. La première représente le Couronnement de la Vierge, composition du xiii® siècle assurément.

mais enveloppée de rinceaux de feuillage d'une richesse étonnante, où se jouent des perroquets, des cygnes, des paons, tout un gracieux décor pénétré d'esprit antique. L'autre, qui a mieux conservé l'ordonnance primitive des figures, réunit la Vierge, saint Pierre, saint Paul, saint Jean-Baptiste, saint Jean Evan-» géliste et saint André autour de la Croix, dressée sur la montagne de Sion, d'où jaillissent les quatre fleuves. Plus haut rayonne la colombe de l'Esprit Saint. Plus haut encore, dans une zone parsemée de nuages, sur-» git le buste majestueux du Christ, nimbé d'une simple auréole. Cette belle figure, dont M. Gerspach a publié un dessin d'après estampage {la Mosaïque, p. j37), possède encore, malgré les retouches successives, dont la plus lamentable est toute récente, un grand caractère d'antique noblesse. Comme à S*® Constance et à S'° Marie Majeure, les amours, les oiseaux, les poissons qui animent la rivière, les images des fleuves personnifiés appartiennent à l'art antique; on peut même signaler, çà et là, de jolis motifs tout pompéiens (les amours tenant une cage pleine d'oiseaux), motif$ qui reparaissent encore dans la mosaïque absidale de S^ Clément. Cette dernière, on le sait, décore une église du xii® siècle; mais bien des raisons portent à croire qu'elle reproduit dans ses détails essentiels la mosaïque détruite de l'église inférieure. De grands rin-^ ceaux de feuillage enveloppent ici encore tout le fond de Tabside, et encadrent des corbeilles de fruits, des nids d'oiseaux, des cages, des amours chevauchant des dauphins, volant, jouant de la flûte ou tenant une corne d'abondance. Au bas de la composition, près des cerfs

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