‹ L'archéologie chrétienneChapitre 47 sur 68 · PERSISTANCE DES MOTIFS ANTIQUES · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DES MOTIFS ANTIQUES

et des paons, notons des pâtres vêtus de \di penuld^ debout et appuyés à leur bâton, caressant leurs agneaux, trayant leurs brebis. Ces petites scènes champêtres, qui ornaient aussi le portique de S' Venance (p. 21 3), rappellent fidèlement les gracieux tableaux antiques dont les peintres des catacombes s'étaient plus d'une fois inspirés.

Des motifs analogues se voyaient encore, aU Xvi* siècle, au bas de la célèbre mosaïque constanti* nienne qui ornait Pabside de la basilique Vaticane : c'étaient de petits temples ronds, et, parmi ces temples, des arbres que des bûcherons frappaient à coups de cognée. Mais nous aurons occasion de reparler des mosaïques Vaticanes ; il nous faut auparavant mentionner encore les nombreux emprunts que feront à Tanti*quité les mosaïstes d'Italie et d'Orient. Ces rinceaux de feuillages, ces guirlandes élégantes des mosaïques romaines, les voici à Ravenne dans le mausolée de Placidie, dans le baptistère des Orthodoxes, dans le chœur de S' Vital; à Capoue, dans la chapelle de San Prisco; à Naples, dans le baptistère. A Ravenne, c'est aussi un souvenir de l'antiquité la plus pure que le délicat motif des colombes buvant dans une coupe, répété aux parois du mausolée de Placidie, et que la personnification du Jourdain, dans le Baptême du Christ représenté à la voûte du baptistère. Il faudrait pouvoir citer les nombreux pavements d'églises, en Italie, en Afrique, en Orient, où abondent les motifs antiques; le plus beau de tous et le plus connu est celui que M. Renan découvrit, en 1860, à Sour en Phénicie (Bayet, VArt bjr^^antirij p. 3r et 33). C'est une œuvre

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du iv« siècle, comprenant des sujets de chasse et de vie champêtre encadrés par des rameaux qui s'échappent de quatre vases, puis une série de médaillons représentant les mois, les saisons, les vents, des animaux de toute sorte, au milieu de torsades et de fleurons du goût le plus classique. Les miniatures, nous le verrons bientôt, vont reproduire à Penvi et rendre toujours plus populaires ces personnifications aimées de l'art antique, qui deviendront l'élément le plus curieux peut-être de Part du moyen âge.

Mosaïques absidales romaines du iv* et du v« siècle. — De toutes les mosaïques dont Constantin fit orner les basiliques construites sous son règne, celles de S*® Constance subsistent seules en partie; d'autres nous sont connues par la mention qu'en fait le Liber PontiJicaliSy ou par des documents récemment interprétés. La basilique Vaticane avait une décoration somptueuse. La façade de son atrium et sa grande façade, son abside majeure, son arc triomphal, peutêtre même les parois de sa nef centrale, étaient revêtus de mosaïques. L'abside montrait le Christ assis sur un trône entre saint Pierre et saint Paul. Des palmiers encadraient la zone supérieure, et l'on voyait, aux pieds du Christ, les cerfs s'abreuver aux quatre fleuves. La zone inférieure présentait un large voile, devant lequel était l'Agneau debout sur la montagne ; à droite et à gauche, parmi leà palmiers, les douze brebis accouraient de Bethléemet de Jérusalem. Sur l'arc triomphal, d'après un texte retrouvé par M. Frothingham, le Christ avait à sa gauche saint Pierre et à sa droite l'empereur Constantin, offrant peut-être le modèle de la nouvelle

MOSAÏQUES DU IV« SIECLE A ROME. ao/

basilique. Ces vénérables images périrent au xvi« siècle, dans la transformation de Pimmense édifice.

La mosaïque de la façade, qui fut détruite à la même époque, avait été refaite ou restaurée à plusieurs reprises, notamment sous Léon P'*et sous Grégoire IX. Elle comprenait encore, au xvi« siècle, trois rangées de figures : le Christ entre la Vierge et saint Pierre, ayant à leurs côtés les symboles des Evangélistes, puis les Evangélistes eux-mêmes, tenant leurs livres ; enfin les vingtquatre vieillards levant leurs couronnes vers le Christ.

On ne sait rien des mosaïques dont furent ornées, sous Constantin, la basilique de Lateran et les autres basiliques romaines. Une inscription damasienne et quelques vers de Prudence permettent de conjecturer que le baptistère du Vatican, œuvre du pape Damase, fut revêtu, à la fin du iv® siècle, de mosaïques représentant des scènes champêtres , le Bon Pasteur au milieu de son troupeau, et des scènes maritimes, un vaisseau battu par la tempête.

J'ai hâte d'arriver au chef-d'œuvre de Part chrétien primitif, à la mosaïque absidale de S'® Pudentienne, qui, après avoir été admirée par Poussin, peut-être même étudiée par Raphaël, est demeurée si longtemps dans un injuste oubli.

L'église de S*® Pudentienne, construite dans la maison du sénateur Pudens, dont une légende faisait l'hôte et l'ami de saint Pierre, fut agrandie et décorée sous le pontificat de Sirice (SSS-SgS) par trois de ses prêtres titulaires, Ilicius, Maximus et Leopardus. Ilicius fit bâtir les portiques et les édifices annexes à l'usage du clergé; Maximus consacra à saint Pierre

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une chapelle dont nous reparlerons; Leopardus donna à la basilique des revêtements de marbre et la mosaïque de son abside. L'inscription qui mentionnait Tœuvre de Leopardus a péri en i588, dans une irréparable mutilation de Tabside. Tout le bord extérieur de la mosaïque fut rogné, la zone inférieure supprimée ; cependant, malgré des retouches qui ont modernisé -fâcheusement plusieurs figures, Tensemble de la composition qui survit a gardé la noblesse et la majesté d'autrefois (fig. 140).

Sur les coussins d'un trône incrusté de pierreries, le Christ est assis, bénissant d'une main, et tenant de l'autre un livre où on lit : DOMINUS CONSERVA- TOR ECCLESIiE PVDENTIANiE. Autour de lui, mais plus bas, sont assis les douze apôtres (la mutilalion de l'abside a emporté les deux figures extrêmes); saint Paul est à droite et saint Pierre à gauche du Christ. Derrière les apôtres, deux femmes sont debout; elles se tournent vers le. Sauveur en inclinant la tête, et lui présentent leurs couronnes. Ce sont peut-être les deux filles de Pudens, Praxède et Pudentienne; mais ne seraient-ce pas plutôt les figures symboliques des deux Eglises, que nous avons aperçues déjà au mausolée de S*® Constance (p. igS)^ et que nous allons revoir à S'® Sabine (p. 211)? Aux pieds du Christ, la colombe du Saint-Esprit épand ses rayons, et l'Agneau divin, devant un voile de pourpre, se lève sur le rocher. La zone inférieure, qui a disparu, devait représenter les brebis sortant des villes mystiques pour aller se désaltérer au courant des quatre fleuves.

Les monuments superbes qui forment l'arrière-plah

mosaïques du IV" SIECLE A ROME. aoç

de la mosaïque, où Us symbolisent la Jérusalem céleste, n'ont point l'apparence factice que prendra bientôt le décor byzamin ; l'architeciure majestueuse du portique, avec sa toiture de larges tuiles dorées et ses grillages de bronze, la forme robuste des tours et des palais qui le dominent, semblent copiées de monuments réels ; au

Fig ifO — Mosa que aba

jugement de M. de Rossi, ce serait une perspective de l'ancienne Rome à la fin du iv* siècle, les grandioses substructions du Vimînal, avec les somptueux édifices qui les couronnaient.

Derrière le Christ, un monticule porte une grande croix, constellée de gemmes, qui se dresse dans les airs; la main du Père, tenant la couronne de gloire, devait paraître au-dessus de la croix, pour compléter, comme

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dans la mosaïque de Noie (p. 202), le cycle symbolique de la Trinité. Enfin, dans Pazur sombre que sillonnent des nuages, on voit surgir, enveloppés de leurs ailes, les symboles des quatre Evangélistes; ils ont déjà la noblesse puissante et saine des créations de Raphaël*

Le grand artiste à qui nous devons la mosaïque de S** Pudentienne s'est inspiré sans doute de compositions antérieures; nous savons qu'à S'° Constance, par exemple, la petite coupole de la nef annulaire était ornée d'un motif analogue; mais ici quelle perfection d'arrangement et de formes! quelle souplesse encore des draperies, et quelle noblesse des visages! C'est l'art romain dans toute sa maturité, avec le sentiment chrétien en plus, et, selon les paroles de Vitet, « des trésors tout nouveaux d'austères et chastes expressions, une fleur de vertu, une grandeur morale, dont les œuvres de Pantiquité, même les plus belles, ne sont jamais qu'imparfaitement pourvues ».

Deux autres mosaïques dont l'église de S'® Pudentienne fut ornée vers le même temps ne nous sont plus connues que par les dessins de Ciacconio, Elles décoraient la chapelle que Maximus fit construire à l'endroit même où, selon la légende, saint Pierre avait celébré la messe : l'une, portant l'inscription-; MAXIMVS FEGITCUM SVIS, représentait l'apôtre avec la barbe et les chevetix blancs, vêtu d'une tunique blanche et d'un palliutn d'or, et assis dans une chaire entre deux agneaux ' qui le regardaient; l'autre réunissait "aux côtés du Christ juvénile, assis également dans une chaire^ les deux: frères de Pudentienne, Novatus et Timothée. ' ^ . ^^ - , .- .

mosaïques du V« SIECLE A ROME. su

Le grand exemple donné par la mosaïque de S*® Pudentienne ne fut point fécond; dès le v® siècle, le style des mosaïques romaines dégénère. Il est même étonnant que Part romain n'ait pas péri tout entier dans ce malheureux siècle, dont l'histoire n'est qu'une série incessante de ruines. En 402, Honorius transfère le siège de l'Empire à Ravenne; en 410, Alaric prend Rome; aux pillages des Goths succèdent ceux des Vandales et des Hérules; en 476, le nom même de l'Empire romain est aboli*. Cependant les papes profitent avec une ardeur merveilleuse des moindres périodes d'accalmie pour édifier et décorer encore de nouvelles basiliques. L'église de S'° Sabine est fondée au temps du pape Célestin (422-432), par le prêtre Pierre d'Ulyrie; sur la paroi intérieure, au-dessus de l'entrée, on voit encore l'inscription en lettres d'or sur fond bleu qui relate les circonstances de la fondation. Aux deux côtés sont debout deux femmes dont Tattitude et les draperies ont encore une noblesse classique : ce sont les figures des deux Eglises, ECCLESIA EX GENTIBVS, ECCLESIA EX CIRCVMCISIONE, singuliers monuments d'un symbolisme qui se développera, au moyen âge, dans le bas-relief et la miniature. Les deux figures et l'inscription ne sont d'ailleurs qu'un fragment d'une décoration plus vaste qui comprenait, sur cette même paroi, les symboles des Evangélistes; sur l'arc majeur, le buste du Christ entouré de colombes et dominant quatorze médaillons de saints, accostés des images de Jérusalem et de Bethléem.

Nous étudierons, dans un chapitre spécial (p. 2x5),

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la série grandiose de mosaïques dont Sixte III (432- 440} orna sa basilique de S" Marie Majeure. Léon I" (440-46;), aidé parla munificence de l'impératrice Placidie, veuve de Constantin II, fit exécuter, à S' Paul hors les Murs, la mosaïque de l'arc triomphal, qui, presque entièrement détruite dans l'incendie de 1833, a été refaite par les soios de Léon XII (fig. 141).

Les figures sont inspirées des visions apocalyptiques : les quatre symboles des Ëvangélistes sont distribués à égale distance au-dessus de l'image du Christ, placée au sommet de Tare entre deux anges tenant des hastes; adroite et à gauche sont les vingt-quatre vieillards; plus bas enfin, les deux grands apôtres. La réfection de cette mosaïque, déjà restaurée plus d'une fois, en a gravement altéré le caractère; ainsi le Christ, qui devait tenir une croix, n'a plus à la main qu'un bâton; ses traits sont affreusement barbares. L'œuvre primitive devait faire honneur aux habiles mosaïstes employés

MOSAÏQUES DU V SIECLE A BGME. iij

par Placidie, si l'on regarde l'estampage qu'a publié M.Gerspacii d'une superbe tête d'ange épargnée par les flammes {la Mosaïque, p. 49).

Vers la fin du iv" siècle, le portique du baptistère de

VoiSle de l'oratoire de S» Jean Évangélisle (Baptistère de Lateran).

Lateran, que l'on appelle aussi ponique de S' Venance, avait été orné de deux mosaïques absidales ; l'une, qui représentait des scènes champêtres, a disparu depuis longtemps ; l'autre, demeurée presque intacte, domine l'autel dédié aux saintes Rufine et Seconde. L'ensemble du décor est d'une simplicité très harmo-

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nieuse : ce sont, sur un fond bleu, de larges et souples volutes de feuillage à fleurs d'or, terminées, à la base du velarium, par de petites croix, au-dessus desquelles on voit des colombes. Le pape Hilaire (461-468) enrichit le baptistère de Lateran de trois oratoires, a tout ornés », dit le Liber Ponti/îcalis, « d'argent et de pierres précieuses ». Ils étaient dédiés à sajnt Jean Evangéliste, à saint Jean-Baptiste et à la sainte Croix. Le premier de ces oratoires a conservé :sa voûte de mosaïques à fond d'or (fig. 142). Au centre, l'Agneau nimbé est debout dans une couronne formée d'emblèmes des quatre saisons : fleurs, épis, raisins, lauriers. De celte couronne partent, vers les angles de la voûte, d'élégants festons, accostés de dauphins, et portant à leur extrémité des médaillons qui enferment des livres; dans l'espace encadré par ces festons, on voit des vases et des couples d'oiseaux : perdrix, pigeons, perroquets et canards. Ce décor charmant, qui rappelle la disposition classique des plafonds des catacombes, rappelle aussi, mais de façon tout inconsciente, le symbolisme primitif. La voûte du second oratoire montrait des motifs analogues : l'Agneau dans un médaillon central, quatre paons à l'extrémité des arêtes, et, dans les compartiments intermédiaires, des oiseaux posés sur des branches d'olivier. Plus bas, à droite et à gauche des deux fenêtres de l'oratoire, on voyait les figures des Evangélistes tenant des livres et accompagnés chacun de leurs symboles. A la voûte de l'oratoire de la sainte Croix, toujours sur un fond d'or, la croix gemmée était soutenue par quatre anges ; aux côtés des quatre fenêtres étaient les images des saints Pierre et Paul, Jean-

LES CYCLES HISTORIQUES. ^ij

Baptiste et Jean Evangéliste, Jacques et Philippe, Etienne et Laurent,

De la même époque était la mosaïque absidale de S*^ Agathe in Suburra, exécutée par les ordres de PArien Ricimer, peu de temps sans doute après son consulat (459), Détruite à la fin du xvi® siècle, elle ne nous est connue que par treize dessins du recueil de Ciacconio, qui représentent isolément le Christ, assis sur un globe azuré, et les douze apôtres s'avançant vers leur Maître en des altitudes fort habilement variées, Quelques années plus tard, la mosaïque absidale de S' André in Catabarbara représentait un motif analogue : Jésus entouré de six figures d'apôtres ou de saints.

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