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LE VI® SIÈCLE

mosaïques de RAVENNE ET DE ROME.

Après l'invasion des Hérules, Ravenne, conquise par Théodoric et devenue la résidence des rois Goths, eut une seconde fois, sous celte domination intelligente, un grand essor artistique. Les monuments de cette nouvelle période, qui dura plus d'un demi-siècle {493-552),

an L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

ne furent pas tous d'égale valeur : les mosaïques du baptistère arien (S*° Marie in Cosmedin] ne sont guère que des reproductions bien- gauches, avec quelques variantes, des compositions magnifiques du baptistère orthodoxe. Mais si l'on veut avoir idée de ce que devait être la basilique chrétienne primitive, dans toute la noblesse, la simplicité et la puissance expres-

sive de sa décoration, il faut visiter S' Apollinaire Nouveau (fig. i34).

Construite vers l'an 5oo comme cathédrale arienne, cette basilique reçut alors le nom de S* Martin au ciel d'or. Lorsqu'elle fut consacrée, en S/o, au culte catholique, elle possédait sans doute son entière décoration de mosaïques, dont la plus grande partie, le revêtement de la nef, est demeurée intacte Jusqu'à nos jours ; seuls le chœur et l'abside ont été misérablement transformés, sous des peintures et des stucs modernes.

Les mosaïques de la nef comprennent trois zones superposées. La plus basse, qui s'appuie à l'architrave, déploie, à droite et à gauche de la nef, -deux longues

mosaïques du VI' SIÈCLE A RftVENNE. ïjs

processions de saints et de saintes qui portent leurs couronnes, les uns au Christ, les autres à la Vierge. Elles rappellent, ces nobles processions, l'antique divi-

sion des assemblées chrétiennes, les hommes tenant la nef droite de l'église, les Femmes la nef gauche; et comme les agneaux symboliques sortent de Bethléem et de Jérusalem, elles aussi sortent de deux villes, mais

de deux villes réelles, qui sont Ravenne et Classis r représentations du plus haut intérêt historique, malgré les nombreuses retouches qu^elies ont subies. Les saints, qui sortent de Ravenne, sont au nombre de vingt-six, d^attitude pareille dans leurs manteaux blancs à longs plis, presque tous imberbes et faisant face au spectateur ; des palmiers les séparent, et leurs noms sont inscrits audessus de leurs têtes. A l'extrémité de la nef qui touche au chœur, le Christ (fig. 1 54), vers qui se dirige cette imposante procession, est assis sur un trône byzantin entre quatre anges tenant de longues hastes. Les saintes, au nombre de vingt-deux, sont toutes gracieuses dans leurs robes brodées d^or et de perles; des voiles blancs descendent de leur chevelure tressée, que couronnent de petits diadèmes; des lis et des palmiers les séparent (fig. i53). Devant leur procession, les trois Mages (fort maladroitement restaurés) s'élancent vers la Vierge, qui, tenant sur ses genoux l'Enfant divin, est escortée, comme le Christ, de quatre anges.

Ces graves et solennelles théories, qui évoquent le souvenir des merveilles de la Grèce, appartiennemelles à l'époque de l'exarchat, comme on le veut généralement? ou, tout en admettant qu'elles furent retouchées ensuite par des artistes byzantins, n'est-il pas plus juste d'en faire honneur aux ingénieux mosaïstes qui, sous le règne de Théodoric, représentèrent, au sommet de cette même nef, ces figures d'apôtres et de prophètes, d'une tenue encore si classique, et les admirables épisodes de la Vie et de la Passion du Christ?

Des prophètes et des apôtres sont debout, tenant des livres fermés ou de grands parchemins, dans les

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