LA DÉCADENCE. — LE VIII*= SIÈCLE
de Tarchitecture chrétienne; ce sont des compositions tourmentées, inégales, qui réunissent en un même compartiment plusieurs scènes, et parfois relèguent à Parrière-plan le motif principal. Quelque souvenir des traditions classiques apparaît d'ailleurs dans l'expression des figures et l'arrangement des draperies ; l'Adoration des Mages de S*® Marie in Gosmedin conserve encore de la beauté.
Nous n'avons que des renseignements très vagues sur les mosaïques dont les papes Grégoire II (jiS-jSi), Grégoire III (731-741), Zacharie (741-752) et Paul I" {7^7-7^7) enrichirent la basilique de Lateran. Un dessin de Grimaldi, publié par M. Miintz, nous a conservé la composition d'une mosaïque donnée par Paul P"^ à l'oratoire de S*® Marie in Turri, dans la basilique Vaticane. Un cercle étoile, qui renferme le Christ assis et bénissant, est porté dans les airs par des anges; plus bas, quatre saints lèvent leurs couronnes vers le Christ. A S* Théodore, la mosaïque absidale, exécutée sous le pontificat d'Adrien I" (772-795), reproduit à peu de chose près la composition de S* Laurent hors les Murs.
La fin du viii® siècle et les premières années du ix® apportent à Tltalie la paix et la richesse, grâce à la protection bienfaisante de Charlemagne. Pourquoi la renaissance carolingienne, qui développe si activement l'art franco-germanique, ne réussit-elle pas à renouveler l'art italien? Les encouragements du grand empereur et le zèle des papes ne faisaient pas défaut; mais il n'y avait plus à Rome ni mosaïstes ni peintres de talent. Léon IIÏ et Pascal P% qui construisirent et
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restaurèrent un si grand nombre d^églises, qui achetèrent à Byzance des pièces d^orfèvrerie splendides, des étoffes brochées et brodées représentant des scènes religieuses (telle, au trésor de S' Pierre, la dalmatique dite de Charlemagne), ces papes éclairés et généreux ne purent sauver Part romain de sa ruine. Les mosaïstes ne savent plus dessiner des figures vues de face, nia plus forte raison les grouper; et comment leur demander l'exactitude des portraits? Le pape Pascal I", qui est représenté dans trois mosaïques, à S*" Praxède, à S** Cécile, à S*« Marie in Dominica, Test chaque fois sous des traits différents. Vers Tan 800, Léon III (795- 816) fit construire au palais de Lateran deux grands triclinia qui furent décorés de mosaïques. Dans Pabside du premier étaient représentés le Christ avec la Vierge, les apôtres Pierre et Paul, et quelques saints ; sur Parc de l'abside, les vingt-quatre vieillards et les élus de l'Apocalypse, entourés de quatre anges. L'abside du second montrait une composition célèbre, aujourd'hui connue par la copie que le pape Benoît XIV, au XVIII® siècle, en fit exécuter et placer en face du Lateran. Cette copie, aussi fidèle qu'on la pouvait faire alors, peut nous renseigner sur l'ordonnance, sinon sur le style de l'œuvre primitive, consacrée à glorifier l'alliance conclue par Charlemagne entre l'Empire d'Occident et le Saint-Siège. Au centre, le Christ est debout parmi les Apôtres maladroitement serrés; à gauche, le Christ est assis sur un trône, donnant les clefs du ciel au pape Silvestre et le labarum à Constantin; à droite, saint Pierre, également assis, donne à Léon III l'étole papale, 'à Charlemagne un
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étendard. Le pape et l'empereur portent le nimbe carré, insigne des vivants. Deux têtes d'apôtres, les seuls restes de la mosaïque primitive qui subsistent au musée chrétien du Vatican, témoignent encore de quelque science des proportions et du modelé. Il n'en est plus de même d'une autre mosaïque, exécutée cependant aussi sous le pontificat de Léon III, dans l'église des S'« Nérée et Achillée, où elle revêt l'arc de l'abside. Au centre est représentée la Transfiguration : le Christ surgit dans une gloire ovale qui se détache sur un ciel bleu semé de nuages rouges et blancs; à ses côtés Elle et Moïse sont debout, et les trois apôtres se prosternent ou plutôt rampent sur le sol. A gauche, on voit l'Annonciation, où la Vierge assise paraît de taille démesurée; à droite, la Vierge, également assise, et accompagnée d'un ange, tient sur ses genoux l'Enfant Jésus. Les mosaïques de S'® Praxède, dont l'exécution n'est pas meilleure, ont du moins le mérite de présenter un imposant ensemble ; l'abside, l'arc triomphal, la chapelle de S' Zenon, étalent une vaste surface d'or et d'azur, où se pressent des figures en nombre infini. La mosaïque de l'abside n'est autre chose qu'une copie de la grande composition des S*^ Cosme et Damien, copie littérale autant que possible, avec les seules variantes qu'imposaient le lieu à décorer et l'époque de la décoration : les deux sœurs Praxède et Pudentienne remplacent les deux frères Cosme et Damien, le pape Pascal est substitué à Félix IV, et saint Zenon à saint Théodore. D'ailleurs même nombre et même attitude des personnages, même encadrement de palmiers, mêmes «gneaux sortant des deux villes mystiques. La
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mosaïque du grand arc, non moins soigneusement imitée de Tœuvre du vi® siècle, n'a d'autre intérêt pour nous que d'être intacte. Les symboles des Evangélistes, dont il ne reste qu'une partie aux S'* Cosme et Damien, surtout les deux groupes des vingt-quatre vieillards, sont ici entièrement représentés. Mais que cette copie est donc pauvre ! que ces figures sont maigres et mesquines ! Les quatre anges qui entourent le trône de l'Agneau, si puissants, si vivants dans l'œuvre du VI® siècle, comme ils paraissent chétifs et lamen-