LA PORTE DE SAINTE-SABINE
arrêtant seulement aux principales scènes. Remarquons tout d'abord que Tariiste a voulu, par le choix de ses sujets, établir, comme dans le décor habituel des basiliques et des sarcophages, un parallèle entre TAncien et le Nouveau Testament. Ce parallèle était-il bien complet, bien logique?
Il est permis d'en douter, la fantaisie ayant ici sa part; si nous retrouvions cependant les dessins des bas-reliefs perdus, il est probable que nous y verrions des scènes comme la Tentation d'Adam et d'Eve, le Sacrifice d'Abraham, Daniel entre les lions, compositions parfaitement convenables à de petits panneaux, et d'autres plus complexes, l'histoire de Suzanne, l'histoire de Jonas, auprès de sujets évangéliques, la Résurrection de Lazare par exemple, qui ne pouvaient manquer à un cycle de pieuses images.
Trois grands panneaux appartiennent à la vie de Moïse. C'est d'abord l'histoire de sa Vocation, racontée aux chapitres met zvde l'Exode (fig. 224); puis vient le drame de la Sortie d'Egypte (fig, 225), avec une éloquente représentation du Passage de la mer Rouge, tout inspirée, semble-t-il,
lïi L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE,
des miniatures primitives, plutôt que des sarcophages ou des mosaïques. Enfin les miracles opérés par Moïse au désert réunissent, en trois compartiments, le Frappement du rocher et les Hébreux assis à une table ronde pour manger d'abord la manne, ensuite les cailles tombées du ciel.
De i histoire de Daniel, que les sarcophages nous content 51 volontiers, il ne subsiste ici qu un épisode lointain, l'enlèvement d'Habacuc, composé dans un petit bas-relief d'une habileté parfaite. Un ange, gracieusement élancé, et planant comme une victoire antique saisit aux cheveux le jeune prophète, qui porte sur un large plat la nourriture des moissonneurs (Daniel, xiv, 32 35) Les détails pittoresques de la scène font déjà prévoir le réalisme deNicola Pisano :
un petit berger se retourne avec effroi, un bouc se dresse contre un arbre dont il ronge l'écorce, et le chien du prophète, comme dans les représentations antiques du rapt de Ganymède, bondit vers lui en aboyant, '
L'Ascension d'Elie, d'une observation de nature si fine et si vraie (fig. 336), clâi le cycle de l'Ancien Testament, et nous arrivons aux récits évangéliques qui
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s'ouvrent par l'Annonciation de Zaciiane (fig. 129) : c'est une très grande composition, rare dans l'iconographie primitive, mais qui est d'un travail moins souple et moins habile que les précédents bas-reliefs.
De la série très riche sans doute des miracles du Christ il ne nous reste qu'un grand panneau à triple compartiment,, où sont représentés, de façon originale, le Miracle de Cana,la Multiplication des pains et des poissons, et la Guérison de l'aveugle ; mais nous possédons, fon heureusement, les principales images de la Passion du Christ. Elles marquent un progrès de l'art chrétien, un effort nouveau vers la conception dramatique, si admirable, un siècle plus tard, dans les mosaïques de S' Apollinaire Nouveau. La prédiction du Reniement de saint Pierre n'ajoute au type des sarcophages qu'une plus grande animation des ligures; mais, dans les deux scènes qui suivent, Jésus accusé de blasphème par Caîphe, et Jésus condamné par Pilate, le nombre des acteurs et la science dont ils sont groupés, le naturel des mouvements nous font songer au classique ivoire de Brescia (fig. 232). Auprès de la composition traditionnelle et
F g aaC
Aacentbn d'Ëlïc (porte
de S» Sabine).
iH L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE,
gênée du Pilate qui se lave les mains, le départ du Christ pour le Calvaire, avec le Cyrénéen portant la croix, indique sufâsamment les germes de vie puissante qu'il y avait dans l'art nouveau.
Enfin la porte de S" Sabine nous offre la plus ancienne représentation connue du Crucifix (fig. 227).
Sur un mur couronné par trois frontons — c'est la ville de Jérusalem, — se détachent trois figures orantes, presque nues, sauf une ceinture étroite qui couvre les hanches. On aperçoit à leurs mains la trace des clous, sinon les clous mêmes; leurs pieds ne sont pas percés, et l'on ne distingue point de croix. Des deux larrons, l'un, placé à gauche du Christ, s'incline vers lui, l'autre détourne la tête. Le Christ, de taille beaucoup plus grande , ayant barbe courte et longs cheveux bouclés, tourne à demi le visage vers le bon larron.
Le bas-relief suivant représente l'Ange apparaissant aux saintes femmes.(fig.
leur apparaît, dans un jardin
. >i8. — Let Baintei feminei (ports de S'^ Sabine).
[28). Puis c'est Jésus qui [uarqué par trois arbres ; il lève le bras droit, comme pour leur dire : Salut, Xâigi-rt (Matth., XXVIIl, 9). Cette scène, qui appartient de