LA PORTE DE SAINTE-SABINE. )JS
préférence à l'art byzantin, sera remplacée dans la tradition italienne par le Noli me tangere (Jean, XX, 14-17).
Dans un autre petit bas-relief, voici figurée 1 apparition du Christ au Cénacle; Jésus n'a pas de nimbe, maïs le monogramme accosté de ■ l'alplia et de l'oméga ressort derrière sa tête (fig. 223).
L'Ascension est une grande composition pittoresque, mais refaite sans doute après le v* siècle. Le Christ, sur une montagne, est enlevé par trois anges ; aux flancs de la montagne, quatre apôtres dorment ou regardent avec des gestes de stupeur.
Faut-il placer ici un dernier petit panneau où l'on voit (tout en haut de la porte) le Christ juvénile, bénissant de la main droite, et séparé par deux palmiers de deux
apôtres qui s'inclinent vers lui? Les trois figures ont-elles le nimbe? S'agit-il de la Transfiguration, ou n'est-ce pas plutôt le Don de la Loi, un des sujets les plus fréquents des sarcophages?
Reste un grand panneau, de tous le plus original, dont la partie supérieure contient, dans une couronne
1 Égl ss (porte de S» Sabine).
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de laurier, entre TA et TW, le Christ ressuscité, de figure jeune, imberbe, étendant le bras droit comme pour une proclamation, et tenant de la main gauche un rouleau développé où on lit le mot sacré IXGTC. Autour de la couronne sont les quatre symboles des Evangélistes. Dans la partie inférieure, une femme voilée, PEglise, épouse du Christ, que couronnent les apôtres Pierre et Paul, lève la face avec un geste d^adoration. Le soleil , la lune et les étoiles sont indiqués sous la voûte arrondie du ciel (fig. 229).
Nulle image plus noble ou plus ingénieusement conçue ne pouvait clore ce cycle original. La porte de S*® Sabine rappelle Part si curieux des ivoires et de la miniature; empruntant une partie de ses sujets aux fresques et aux bas-reliefs primitifs, elle accuse dans ces emprunts même la fantaisie et l'innovation; cette sculpture vivante et dramatique sait faire la part de la tradition, tout en se permettant un libre commentaire de la Bible.
LES IVOIRES*
Parmi les menus ivoires trouvés aux catacombes, la plupart sont de ces objets insignifiants qui faisaient déjà partie du mobilier des tombes païennes, lettres
I. GAFRucci, t. VI. — Kraus, R,E., art. Elfenbein, — Westwood, A descriptive Catalogue of the fictile Ivories in the South Ken^
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d^alphabet, tessères, peignes, épingles, fragments de toute sorte. Un seul mérite une attention sérieuse : c'est un médaillon qui renferme, dans un encadrement assez barbare, un buste du Christ bénissant (fig. 23o). On l'attribue d'ordinaire au iv' siècle; mais le dessin du cadre, la forme du nimbe et du monogramme, le visage rude et barbu, le vêtement à manches étroites ne convienne m -il s pas à une époque plus basse?
Les plus anciens ivoires chrétiens peuvent se classer presque tous en quelques catégories très simples : ce sont les diptyques et les plats de livres, les reliquaires et les boites à hosties, enfin divers objets du mobilier ecclésiastique.
Diptyques. — On appelait diptyque, dans l'antiquité, deux tablettes de bois, de métal ou d'ivoire, unies le plus souvent par une charnière, et se repliant l'une sur l'autre; c'était une sone de carnet oti l'on pouvait inscrire ses notes journalières. Les diptyques étaient un cadeau d'étrennes fort à la mode; ils iîguraient parmi les largesses obligées des magistrats entrant en charge, et l'on possède aujourd'hui encore un certain nombre de ces tablettes d'ivoire qui portent
singtan Muséum. — Onoaici, Monumenti crisiiani di Brescia. — Db Rossi, Bull., 1867, i87î, 1880. — Aus'm Weerth, Kututwerke von Elfenbein.
sur leur face extérieure Timage du consul parfois entouré de ses attributs (le plus ancien de ces diptyques, celui de Stilicon, date environ de Tan 4o5). UEglise chrétienne adopta la forme du diptyque, et y inscrivit, avec la prière de l'offertoire, le nom de tous ceux qui devaient être mentionnés du haut de Pambon pendant le saint sacrifice : noms du clergé, des hauts magistrats, des saints, des fidèles défunts, des assistants. Il sufBt même d^un simple changement de détail pour que le diptyque consulaire devînt ecclésiastique. C'est ainsi que sur les tablettes envoyées par le pape Grégoire le Grand à Théodelinde, reine des Lombards, la tonsure, la croix et deux inscriptions ont transformé en pape et en roi David les consuls habituels.
Mais ce qui intéresse plus particulièrement l'art chrétien, ce sont les diptyques ornés de sujets religieux, de scènes prises à l'Ancien et au Nouveau Testament, d'images du Sauveur, de la Vierge et des saints. Beaucoup de ces plaquettes sculptées ont servi ^ la reliure des livres d'Eglise. D'autres n'ont aucun usage liturgique, ce sont purement des œuvres d'art religieux, dont les dimensions toujours accrues et Ids changements de forme produiront les triptyques et les polyptyques du moyen âge.
Voici, comme exemple de ces anciennes compositions, un plat de reliure en ivoire, provenant de S* Michel de Murano, et conservé à Ravenne (fig. 2 3 1). C'est une œuvre d'époque assez basse, du vi® ou du VII® siècle, mais la vieille tradition romaine est bien visible encore dans le choix et l'exécution des huit
LES IVOIRES
scènes qui la décorent. Deux morceaux de diptyque delacolleaionCarrand, aujourd'hui à Florence (Adam
Pig, >|T. — FUi de rcliuia [bibliothèque de Raienne).
parmi les animaux 'du Paradis, et trois scènes de la vie de saint Paul), sont des œuvres du v* siècle, d'une beauté toute classique. Une plaque très curieuse, également du V* siècle, fait partie du trésor de Trêves;
elle représente, en style barbare, une translation de reliques, peut-être la translation des reliques de saint Etienne, de Jérusalem à Constantinople.
Reliquaires et pyxides. — La série des reliquaires, moins abondante (elle se développera surtout au moyen âge), comprend le plus beau des ivoires chrétiens, la cassette ou lipsanothèque de Brescia. Elle n^a plus aujourd'hui sa forme primitive, et les parois en sont agencées en manière de croix; mais il est facile de la reconstituer.
Le couvercle (un rectangle allongé) se compose de deux bandes superposées, dans le style des sarcophages : l'histoire de la Passion s'y déroule en plusieurs scènes qu'il est intéressant de comparer aux bas-reliefs analogues de la porte de S*° Sabine, aux petites mosaïques de S' Apollinaire de Ravenne, et aux miniatures de l'Evangile de Rossano (fig. 232). Ce sont : i° Jésus au Mont des Oliviers; 2° l'Arrestation de Jésus; S*' le Reniement de saint Pierre; 4° Jésus devant Caïphe; 5° Jésus devant Pilate et Pilate se lapant les mains. Le cycle de la Passion s'arrête au seuil des représentations douloureuses et sanglantes, que nous rencontrons "pour la première fois, un siècle plus tard, dans les basreliefs de S'® Sabine.
Les parois sont ornées de larges panneaux qu'encadrent des bandes plus étroites, dominées, immédiatement au-dessous du couvercle, par une frise où se détachent quinze médaillons en relief, les têtes du Christ, d'apôtres et de disciples.
Voici dessinées (fig. 233 et 234) les deux grandes faces de la cassette. Le panneau central comprend trois
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scènes. Au milieu, dans la synagogue, Jésus lit aux Juifs les paroles prophétiques d'Isaïe sur sa mission (Luc, IV, 16-22). Puis, d'un côté, c'est l'HémorroIsse guérie ; de l'autre, le Bon Pasteur qui repousse le loup de sa bergerie, tandis que le mercenaire s'enfiiit au loin. La bordure comprend des scènes de l'histoire de
Fig. i}i. — LipMDOthtque de Brescio. (muitc civique de Breicia).
Jonas, de Suzanne et de Daniel; à droite et à gauclie, le coq du Reniement de saint Pierre, et le poisson mystique attaché à une ligne.
Le tableau central de la face postérieure réunit deux motifs : la vocation des apôtres Pierre et André, et la mort d^Ananie, cette dernière scène merveilleuse de puissance dramatique. Parmi les petits sujets bibliques on reconnaît encore Suzanne, Daniel et Jonas, puis Moïse enfant recueilli par la allé du Pharaon, Moïse adulte tuant l'Égyptien, et les Hébreux mangeant dans
j^a L-ARCHËOLOGIE CHRÉTIENNE.
le désert; à droite et k gauche, Judas pendu et la tour
de rÉglise.
Des deux faces latérales, beaucoup moins larges, l'une a pour tableau central la Résurrection de la fille de Jalre. Au-dessus, la zone de petits sujets présente David avec la fronde et le bâton pastoral, et Goliath
Fig. ■)!. — LipaaaolbèqDE de SreacU.
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géant qui s'abat chargé de ses armes. Puis une scène curieuse et unique, Jéroboam dont la main tendue sur l'autel se dessèche (Rois, XIII, 4), et le prophète désobéissant, que l'artiste a couché sur le sol, enveloppé de bandelettes pour mieux marquer sa mort (111 Rois, XIII, 24). Dans la petite zone inférieure, les Israélites mangent, boivent et dansent en musique devant la tête colossale du veau d'or.
L'autre face latérale nous montre Jésus guérissant
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l'aveugle et ressuscitant Lazare. Au-dessus, trois petits tableaux : Moïse dénouant ses sandales sur le rocher d'Horeb, les yeux fixés vers la maîn divine; les sept frères Machabées orants parmi les flammes ; enfin Moïse assis, un livre à ses pieds, parlant à une tête juvénile qui apparaît dans les nues. Au-dessous, trois
Fig. ajf . — Lipsanoilièque d« Brcacia.
épisodes de la jeunesse de Jacob : sa rencontre avec Rachel, sa lutte avec l'ange, sa vision de l'échelle céleste.
Tel est ce petit ctief-d' œuvre, le plus gracieux peutêtre de l'art primitif, où s'unissent toutes les fines qualités de la Renaissance constantinienne : noblesse de la figure et des gestes, souplesse des draperies, précision et sobriété du décor, technique digne de la meilleure antiquité. C'est tout un poème fait d'épisodes de la
1*4 L'ARCHÉOLOGIE CUHËTIENNE.
Bible, sans intention mystique d'ailleurs et sans unité rigoureuse.
Les p}rxides, boites cylindriques parfois taillées dans un seul morceau d'ivoire, furent, comme les diptyques, empruntées & la société païenne par l'Église, et décorées de sujets chrétiens. Suspendues par une chaînette au ciborium qui dominait l'autel, elles contenaient sans doute la réserve eucharistique, comme les colombes et les tours de métal précieux dont l'usage persista pen-
dis- 3}S- — Fyxide de Ecrlia (reproduction dtidoppée].
dant tout le moyen âge. La plus belle et la plus an^ cienne de ces pyxides sculptées est celle du musée de Berlin (fig. 335), où l'on voit le Christ au milieu des apôtres et le Sacrifice d'Abraham. L'œuvre est d'une inspiration, d'une poésie tout antiques. Une étroite frise, soutenue par des colonnes, rappelle le décor des sarcophages constantiniens ; les apôtres écoutent Jésus avec des gestes d'enthousiasme ; saint Pierre et saint Paul, comme dans la belle fresque du cimetière de DomitîUe, sont assis aux pieds de leur Maître. Abraham, noblement drapé, dresse son glaive avec la majesté d'un héros grec.
LES IVOIRES
Meubles ecclésiastiques. — L'art païen fournît encore à l'Eglise les premiers modèles de chaires épiscopales. Nous savons par Ovide que la sella curulis des consuls était souvent ornée de plaques d'ivoire travaillées. La chaire de saint Pierre {sella gestatoria), enfermée depuis deux siècles dans une pompeuse enveloppe de bronze, au fond du chœur de la basilique Vaticane, ne fut peut-être à l'origine qu'un siège de ce genre.
Rien de plus païen en tout cas que les plaquettes d'ivoire dont elle est décorée. Il y en a dixhuit, réparties en trois rangs sur la face antérieure; les signes du zodiaque et les travaux d'Hercule y sont gravés, niellés en quelque sone, car on a distingué, aux lignes de la gravure, de minces lamelles d'or.
Une partie du revêtement et tout le dossier datent du moyen âge.
La chaire de Maximien, • ëvêque de Ravenne en 549, est une œuvre plus importante pour l'art chrétien, sinon pour la tradition de l'Eglise. On la conserve dans la sacristie de la cathédrale de Ravenne.
Fîg. >jd.
Chaire de Mnximica (face latérale).
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C^est un grand siège, à dossier arrondi, entièrement revêtu dMvoire et décoré de nombreux bas-reliefs, d^une valeur iconographique vraiment considérable. La partie antérieure, la plus délicate, se divise en cinq arcades occupées par le Précurseur et les Évangélistes (Bayet, VArt bys[antin, p. gS). Les barres transversales et les montants du siège sont ornés de bordures merveil-* leuses, où triomphe la science ornementale byzantine, si empreinte de souvenirs antiques : des rameaux de vigne, dont Pextrémité plonge dans un vase, ondulent avec une symétrie légère ; des animaux, des oiseaux de toute espèce se jouent parmi les feuilles et les grappes. Dix épisodes delà viede Joseph sont également répartis des deux côtés (fig. 236). Le dossier est orné sur ses deux faces de plaques sculptées dont plusieurs sont perdues, d'autres conservées en diverses collections. Elles représentent, en vingt-quatre scènes, l'histoire de Marie et de Jésus, avec de curieux épisodes qui témoignent de l'influence des Evangiles apocryphes sur l'art chrétien primitif, et nous donnent les premiers exemples de compositions où se plaira le moyen âge. Nous y reconnaissons : I, r Annonciation (musée Olivieri, Pesaro); — 2 y la Visitation (sujet perdu); — 3, la Vierge se jus^ tifiant des soupçons de Joseph; — 4, le Songe de Joseph et le Voyage à Bethléem; — 5, sujet perdu, peut-être le Bain de V Enfant Jésus, — 6, /a Nativité^ et la Guérison de Salomé (collection Trotti, Legnano); — 7, la Vierge présentant V Enfant Jésus aux Mages; — 8, /e^ Mages adorant V Enfant Jésus, et le Massacre des Innocents (sujet perdu) ; — 9, sujet perdu; — lOjle Baptême de Jésus; — 11, l'Entrée à Jérusalem (collection Trotti,-
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Legnaao}; — 1 2, sujet perdu, peut-être l'Expulsion des marchands du Temple; — i3, le Miracle de Cana; — 14, la Multiplication des pains et despoissons; — i5, les Noces de Cana (sujet perdu); — 16, la Distribution des pains et des poissons (musée Olivieri, Pesaro); — ty, Jésus et la Samaritaine (musée de Naples); — 18, la Guérison d'un aveugle et d'un boiteux (musée Brera Milan); — 19-24, sujets perdus.
Parmi les petits objets du mobilier religieux, les plus intéressants sont les peignes liturgiques. Avant que le prêtre officiant montât à l'autel, il était d'usage que le diacre lui couvrît les épaules d'un linge et lui peignât les cheveux ; c'étaitune marque de respect pour les choses saintes. On connaît un certain nombre de ces peignes ornés d'emblèmes chrétiens. Je citerai seulement le peigne trouvé en 1880 à Chiusi, dont une des faces porte une couronne entre deux agneaux, l'autre face une chaire entre ces mêmes agneaux; c'est une œuvre du V siècle. Un motif emprunté aux sarcophages, et que reproduisent plusieurs ivoires d'époque assez basse, le Saint-Sépulcre gardé par deux soldats est représenté sur la boucle de ceinture qu'une tradition sérieuse attribue à saint Césaire d'Arles, mort en 542 (fig. 337).