DÉCORATION PEINTE. J
que Ton n'égalera plus, on se convaincra que l'art chrétien fut servi à ses débuts par quelques artistes de réelle valeur. Ils cherchaient leur inspiration dans ces passages de l'Ecriture sainte, Ancien Testament ou Evangiles, qui revenaient quotidiennement dans les prières pour les morts, dans les prédications courantes; et c'est sans doute l'influence des prédications qui explique le choix, surprenant au premier abord, de certains sujets exceptionnels : ainsi, à la voûte du vestibule supérieur des catacombes de Naples, la gracieuse allégorie des jeunes filles bâtissant une tour (fig. 26),empruntéeà un roman théologique, /ePa^fewr d'Hermas, très populaire au ii« siècle. Si d'ailleurs il arriva souvent aux artistes d'être guidés dans le choix de leurs sujets, il faut convenir qu'ils usèrent toujours d'une grande liberté d'interprétation : c'est une raison de convenance locale, de symétrie et d'équilibre qui détermine bien souvent leur préférence pour telle scène et leur façon de la composer : les Mages qui viennent adorer Jésus sont au nombre de deux, de trois ou de quatre (il y en a jusqu'à six sur un vase sculpté du musée Kircher). Sitôt créés les principaux motifs, il dut se former des modèles courants dont se servirent les ouvriers décorateurs, avec quelle lourdeur souvent et quelle maladresse, nous le voyons par une partie des œuvres du m® siècle. Ces modèles varient selon Tépoque et selon l'endroit, car on peut observer, sans limiter la remarque de façon absolue, que la plupart des grandes catacombes ont leurs sujets préférés : le cimetière de Priscille honore particulièrement la Vierge, celui de Calliste reproduit l'histoire de Jonas, celu^i
des S** Pierre et Marcellîn, les scènes de banquets célestes.
Le système ornemental. — Les peintres ont apporté aux catacombes les formules décoratives usuelles de Part gréco-romain. Dans les cryptes les plus riches, Fordonnance du décor est celle que nous offrent partout les maisons et les colombaires païens de Rome ou de Pompéi : le système classique, mais simplifié généralement, et subordonné aux conditions défectueuses de l'éclairage. Parois et voûtes sont divisées en compartiments par des lignes droites ou courbes qui s'entre-croisent. En principe, le décor des plafonds comporte un médaillon central, fermé d'un carré, d'un octogone ou d'un cercle ; alentour se groupent de petites compositions* séparées par des lignes ou des ornements qui relient ce centre à un second cadre plus large ; les espaces vides des angles sont occupés par des figurines, des oiseaux, des fleurs (fig. 35, Sp). Les peintres des catacombes ont varié de bien des façons cette division géométrique fort simplement harmonieuse; il est rare qu'ils Talent compliquée ou surchargée, comme à Naples, au cimetière de S' Janvier.
L'ornementation des parois n'allait point sans de réelles difficultés, à cause des interruptions qu'y faisaient les niches mortuaires. Aussi bien est-ce là qu'il faut apprécier l'habileté de ces décorateurs chrétiens, qui ont su, dans les premiers temps du moins, tirer un parti souvent extraordinaire des plus étroites surfaces pour équilibrer leurs compositions, les unir par des transitions ingénieuses, satisfaire le regard par les justes proportions de l'ensemble. Nous verrons même.