DÉCORATION PEINTE
dans des caveaux ou des galeries plus riches, la voûte et les murs transformés en berceaux de feuillage ou égayés de légères architectures, comme au cimetière de Domitille, ou encore, comme dans la grande crypte de Prétextât, entièrement couverts de vastes paysages, encadrés de guirlandes de fleurs (fig. 27, 32).
La technique. — Les peintures des catacombes sont toutes exécutées par les procédés ordinaires de la fresque, terminée quelquefois à la détrempe. La préparation du stuc destiné à recevoir les couleurs est d'autant plus fine que l'œuvre est plus ancienne; au I®' siècle, le stuc se compose de trois couches d'un millimètre environ d'épaisseur, la première de tuf broyé, la seconde de sable fin, la troisième de poussière de marbre ; au m* siècle et dans la suite, on se contente d'une couche de tuf broyé. Le contour des figures est tracé avec une pointe de fer qui entame l'enduit, ou indiqué d'une légère touche de pinceau. Dans les peintures des deux premiers siècles, la gamme des couleurs est assez riche, les tons sont bien gradués, les lumières fines, les ombres habilement modelées; ces qualités sont surtout sensibles dans le rendu des chairs, qu'on ne sait plus peindre au iv« siècle. La tradition antique, la virtuosité du décor s'est plus longtemps maintenue dans l'exécution des draperies, dans la touche légère des petits ornements. La plupart des figures s'enlèvent en trois couleurs, jaune, rouge et vert, sur un fond blanc. Moins. l'œuvre est ancienne, moins les couleurs se fondent; et, dès la fin du iv® siècle, les ombres sont remplacées par les lignes de contour, de plus en plus brutales. Dans les dernières peintures, qui touchent
au moyen âge, les chairs sont faites d'un ton Jaunâtre, souligné de brun rouge, et chaque partie du corps ou des vêtements est cernée d'un trait noir.
Origines païennes de l'art des catacombes. — Dans l'art chrétien primitif, l'éducation classique est partout sensible. Ce sont les ateliers païens qui lui ont enseigné, à ses débuts, la souplesse et le naturel des mouvements, le pli savant des draperies, cette précision rare du pinceau qui indique la forme en quelques touches rapides, sans accentuer inutilement le contour. Quant à la sobriété de composition dont usaient les anciens, il faut bien dire que les peintres des catacombes l'ont poussée jusqu'aux dernières limites. Le souci du pittoresque est rare aux catacombes ; l'étroitesse des salles peu éclairées n'y prétait guère. Il suffit que le sujet soit compris ; c'est affaire à l'imagination de le compléter. On a souvent reproché aux figures primitives leur manque d'individualité : ces personnages bibliques, tous imberbes, tous drapés dans le costume romain de l'Empire, n'ont point d'âge, point de traits distincts ; et qu'en ont-ils besoin si, dès l'abord, leurs attributs essentiels sont déterminés et les font reconnaître? C'est la colombe qui vole vers Noé, c'est le monstre qui vomit Jonas, c'est le rocher que frappe Moïse.
Ces habitudes de l'art antique saisissent assez vivement l'esprit dans une première visite aux catacombes pour que l'on se demande où est donc le caractère chrétien des peintures. Et pour peu que l'on ait présentes à la mémoire un certain nombre de compositions païennes, on croira plus d'une fois les rencontrer. C'est que l'artiste qui tente la création d'une