DÉCORATION PEINTE. 4J
image chrétienne se sert instinctivement des formes apprises et qu'il a si longtemps reproduites ; il adapte aux catacombes, en les modifiant selon son pouvoir, telles figures qu'il peignait dans les villas romaines, et la forme antique se pénètre d'esprit chrétien. On a curieusement noté ces souvenirs de la tradition païenne dans l'art chrétien primitif : la Pietas antique devenue l'Orante, Endymion ou Mercure criophore changé en Bon Pasteur, le coffre de Danaé portant Noé sur les flots, le monstre d'Andromède engloutissant Jonas, Élie ravi au ciel dans le char de Pluton ; sans parler des emprunts innombrables au système ornemental païen.
Caractères distinctifs. — Avant d'étudier plus longuement ces emprunts directs qui sont la base de la décoration chrétienne, il faut dire où apparaît l'esprit chrétien dans des figures si voisines encore du vieux paganisme. Il apparaît d'abord dans une certaine noblesse générale, une candeur, une joie innocente et paisible. La forme antique est purifiée par l'esprit chrétien; la chasteté pénètre enfin dans l'art, qui n'était trop souvent, à cette époque de luxe et de jouissance, qu'une école d'immoralité. Les nudités sont rares dans les fresques des catacombes; ou bien c'est la nudité enfantine des génies, des amours, de ces petites figures semées dans le décor avec les oiseaux et les fleurs (fig. 29), ou la nudité discrète et à demi voilée des images pastorales, des Saisons (fig. 3o), ou c'est encore la nudité nécessaire de tels personnages bibliques, Adam et Eve, par exemple, ou Jonas. Parfois Isaac, dans la scène du Sacrifice, Daniel exposé aux lions.
4i L'ARCHÉOLOGIE CHRETIENNE.
Tobîe s'emparant du poisson, parfois aussi Jésus enfant et Jésus baptisé sont nus; mais ces exemples ne deviendront fréquents que plus tard, dans la sculpture des sarcophages" et des ivoires, ou dans la miniature.
En dehors de ces caractères généraux, il y a des signes auxquels on reconnaît les images chrétiennes. Ce ne sont pas seulement les attributs de certaines figures, ce sont des marques spéciales, comme le monogramme constantinien et le nimbe^ cette auréole circulaire qui entoure la tête du Christ et des saints. Ces signes, il est vrai, aussi bien que les lettres ou les croix inscrites au bord des vêtements, ne se présentent dans l'art chrétien qu'à partir du iv® siècle, et doivent surtout servir à dater les peintures.
Principales périodes. — On a pu déjà essayer un classement chronologique assez précis des fresques primitives, en s'appuyant à la fois sur l'observation des caractères extérieurs et sur le jugement plus délicat du style. En prenant pour point de départ cette chronologie élémentaire, on divisera volontiers Part des catacombes en quatre périodes qui correspondent aux quatre principales époques de leur histoire. La première, qui réunit les deux premiers siècles, est celle de l'invention la plus libre et de la technique la plus soignée : ses chefs-d'œuvre sont aux cimetières de Priscille et de Domitille, aux cryptes de Lucine et de Prétextât. La seconde période se termine à TÉdit de Milan ; elle accuse de façon évidente l'influence ecclésiastique, par la subtile profondeur du symbolisme, que la technique très appauvrie exprime déjà médiocrement; les chambres des Sacrements, au cimetière