Dupont, loco cïtato
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pu conserver. Il semble difficile de déterminer à quel âge de l'humanité remonte l'invention de la céramique, par les documents que nous étudions présentement.
Quelle que soit du reste la solution qui sera donnée à ce problème, il s'attache un grand intérêt à l'origine d'une industrie dont le rôle est si vaste et si splendide. Nous possédons dans la vallée du Petit-Morin un des plus antiques anneaux de cette chaîne qui se prolonge à travers les âges avec de si merveilleuses améliorations. M. Mazard a heureusement exprimé dans les lignes qui suivent la portée de la question : « L'art du potier, dit-il, s'il n'est pas le premieren date, si même ses progrès ont été moins sensibles au début que ceux de la métallurgie, n'est pas moins l'art qui s'est développé de la façon la plus générale et la plus heureuse. Chez presque tous les peuples, ses progrès suivent la marche de la civilisation, ils en sont quelquefois les seuls indices ; et depuis le simple fragment qui, à défaut d'autre document, peut prendre la valeur d'un titre historique, jusqu'aux productions les plus parfaites de la Grèce et de l'Europe, la céramique sous toutes ses formes est une source inépuisable d'études pour l'archéologue, soit au point de vue de l'histoire, soit au point de vue de l'art1. »
La collection des poteries néolithiques, que nous avons formée par nos recherches dans la vallée du Petit-Morin se compose de vingt-trois exemplaires, parmi lesquels figurent deux parties notables de vases de plus, un nombre très-considérable de fragments attestent l'existence d'une grande quantité d'autres vases brisés. Il est facile, en voyant ces nombreux produits, de se faire une idée de l'importance du rôle de la céramique dans les mœurs des populations des stations de la pierre polie.
Tous les vases ont été trouvés exclusivement dans les grottes 5 ils affectaient des positions plus ou moins rapprochées des squelettes qu'ils accompagnaient. Les situations qu'ils occupaient étaient variées, selon les circonstances, et ils
i. M. Mazard, la Céramique ; p. 4.
présentaient des particularités intéressantes, que nous ferons connaître dans le cours de notre exposé.
Toutes les grottes ne contenaient pas de vases ; le plus grand nombre même en était dépourvu. Jamais les sépultures qui comptaient un grand nombre de sujets, comme celles dont nous avons parlé page 175, n'ont donné la moindre trace de produits céramiques. Les sépultures mélangées, que nous considérons comme renfermant les membres d'une même famille, en contenaient beaucoup plus que toutes les autres.
Ces remarques sont rigoureusement fondées sur des faits examinés avec un soin attentif; elles permettent peu de reconnaître une destination funéraire absolue et générale aux vases déposés dans les sépultures. Les différences si variées dans les situations des vases, qui n'offrent aucuns caractères fixes dans les positions qu'ils affectent, la manière dont ils sont posés, si propre à indiquer leur usage, s'opposent à la pensée d'un rôle funèbre admis. Un emploi funéraire ordinaire comporterait vraisemblement un plus grand nombre d'exemplaires : les sujets inhumés étaient si multipliés ! Dans les nécropoles des époques subséquentes, les vases, les urnes funéraires abondent; néanmoins il faut bien admettre que certaines sépultures en sont souvent dépourvues. Nos vases néolithiques, sauf de rares exceptions, ne paraissent pas davantage se rattacher à un rite ; on ne retrouve pas d'ossements d'animaux ; ils ne laissent apercevoir aucunes traces de liquides. Sont-Ils des symboles de la profession comme les antiques sépultures égyptiennes en fournissent de nombreux témoignages ? ou bien leur présence est-elle due à l'attention bienveillante des parents qui ont voulu laisser à un mort regretté les objets qu'il avait affectionnés pendant la vie? Parmi les observations dont l'examen des grottes a fourni les éléments, deux vases font cependant exception. Le premier, provenant d'une grotte très-riche de la station des Vignes Basses à Villevenard, contient des os calcinés, noircis par le feu, et des matières terreuses. Les ossements appartiennent à l'espèce humaine: il est facile encore de discerner des fragments de côtes et une rotule. Les petites dimensions de ces restes indiquent certainement un jeune
390 LA CERAiMIQUE.
sujet. Cet exemple de crémation peut être un fait exceptionnel, nécessité par une mort survenue pendant le cours d'une migration. Le second vase, trouvé dans la station de Vert-la-Gravelle , d'une fabrication plus soignée, renferme de la cendre mélangée à une substance calcaire qui offre l'aspect d'une poudre homogène assez fine. Ce sont probablement les produits d'une incinération pratiquée sur le sol crayeux du pays. Ces deux faits sont les seuls qui aient été remarqués. Déjà nous avons signalé la présence d'ossements carbonisés; cette circonstance vient encore s'ajouter à d'autres observations du même genre, et semble de nature à établir que les ossements qui subsistaient après la crémation étaient parfois recueillis et déposés dans les grottes affectées à un mode de sépulture tout différent. Quant à la cendre blanche, sa signification n'est pas pour le moment suffisamment déterminée ; cette homogénéité qui la caractérise ne convient guère aux résultats d'une incinération. Rien, d'un autre côté, n'insinue la destination.
La position occupée par les vases n'était pas la même dans toutes les grottes. Dans la station de la Vigne-Basse, à Courjeonnet, les vases étaient placés près de l'entrée de la grotte dans l'intérieur. Ils étaient rangés le long de la paroi antérieure et penchés contre elle. Cette position leur avaitelle été donnée primitivement ? Il serait peut-être téméraire de l'affirmer. Les terres s'étaient précipitées de la partie supérieure de la grotte et elles pouvaient, dans leur chute et par la pression, avoir incliné les vases qui trouvèrent naturellement un point d'appui contre la paroi près de laquelle ils avaient été déposés. Dans une grotte située à Oyes, deux vases de forme cylindrique étaient couchés sur l'aire de la caverne et placés à i m, 50 environ de la paroi du fond, et à une distance de 60 centimètres du squelette. Un des vases était vis-à-vis de la partie inférieure du tibia et l'autre à la hauteur des épaules ; l'ouverture était tournée vers le squelette. Cette position était celle qui leur avait été primitivement assignée; aucune cause visible n'avait pu les renverser. Du reste, la régularité symétrique des situations ne permet pas d'admettre l'intervention d'une force inconsciente, ou d'un
LA CERAMIQUE. 39i
accident fortuit. Le sol de la caverne était d'une propreté remarquable, il n'existait aucun indice d'éboulement. La position des vases était celle qui leur avait été primitivement donnée, comme nous l'avons dit précédemment. Selon toutes les apparences, ces vases n'avaient rien contenu; ils n'avaient pas été employés comme véhicules, ni comme récipients. Le vase de Vert-la-Gravelle devait nécessairement reposer sur le fond, puisqu'il contenait une matière pulvérulente. Il était très-rapproché des squelettes, car il était placé entre deux sujets parallèles; il devait être en contact immédiat avec les corps, lorsqu'ils conservaient encore leurs parties molles. Le vase de Villevenard, dans lequel nous avons signalé la présence des ossements brûlés et calcinés, était aussi debout : cette position' était la conséquence obligée de l'emploi auquel il était affecté.
Plusieurs autres vases, parmi ceux que nous avons reconstitués, étaient susceptibles d'occuper de semblables positions, mais des éboulements survenus les avaient réduits en fragments ; il est très-difficile de déterminer leurs positions respectives. Deux autres vases étaient réunis dans une même grotte du groupe de la craïère de Villevenard ; ils étaient placés à om,30 de la tête d'un squelette. La terre qui était tombée de la voûte de la caverne les avait remplis; ils reposaient sur le sol et se trouvaient encore debout et intacts lorsqu'ils ont été découverts. Le premier vase trouvé dans la station de Ra^et était appliqué sur un crâne, comme si on avait voulu l'en coiffer. Tous ces faits n'ont certainement pas une signification intentionnelle. Nous les notons exactement néanmoins, parce qu'ils peuvent un jour recevoir leur interprétation. Les découvertes de l'avenir apporteront certainement de nouvelles lumières, et la multiplicité des faits identiques contribuera à établir l'existence d'une coutume, d'un usage existant parmi les tribus des temps de la pierre polie.
La poterie préhistorique des stations de la Marne appartient au même et unique genre de fabrication, avec quelques nuances légères. Tous les vases se rangent dans la classe des terres cuites à pâte tendre, sans glaçure, à surface mate ou
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terne. Nos poteries constituent l'enfance de l'art dans sa plus grande simplicité. C'est, selon M. Jacquemart, « la plastique proprement dite qui remonte à la plus haute antiquité et dont on retrouve l'usage dans les civilisations naissantes r ». Cependant un procédé, bien différent de celui auquel nous devons nos vases, est aussi indiqué : « Suivant Tylor, le vase en bois ou la corbeille de jonc ou d'osier aurait été, à proprement parler, le premier substratum de la céramique ou de l'art du potier. Enduit, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, d'une couche d'argile destinée à mieux protéger le contenant ouïe contenu, puis consumé par une combustion volontaire ou par un incendie purement accidentel, le bois détruit aurait laissé intact le revêtement argileux. De là à l'idée de faire des vases avec la terre seule et de la durcir au feu, il n'y avait réellement qu'un pas à franchir ; le pas fut franchi en effet et l'art du potier prit naissance. Le procédé indiqué par M. Tylor paraît avoir été employé de temps immémorial par les sauvages du nouveau continent2. » Ce mode de fabrication ou plutôt cet aspect de l'industrie céramique, dont on retrouve des traces à des époques plus rapprochées, n'a laissé aucun vestige dans les stations de la pierre polie de la vallée du Petit-Morin. Les vases que nous conservons n'ont pas été moulés ou appliqués sur des produits naturels. On ne rencontre nullement les traces de ces procédés; du reste, les formes ne rappellent aucun objet connu dans la nature. Nos poteries ont été pétries et faites à la main. Le travail est d'une extrême grossièreté et révèle peu d'habitude ; c'est l'œuvre d'un ouvrier inexpérimenté. La terre, imparfaitement préparée et insuffisamment malaxée, forme une pâte qui manque de cohésion, mélangée de diverses matières. Sa porosité est très-grande et la cassure prend l'aspect de celle d'une brique composée d'une mauvaise terre mal cuite. Les graviers nombreux incorporés dans la pâte entraient naturellement dans la composition de la terre, ou bien ils s'y étaient accidentellement attachés. Les places sur lesquelles opéraient nos
i. M. Jacquemart, Histoire de la céramique} p. $. 2. M. Joly, l'Homme avant les métaux} p. 279.
potiers primitifs, ne devaient pas être très-soigneusement préparées. Souvent des traces incontestables de charbons sont faciles à reconnaître dans les cassures des poteries néolithiques. Il est fort probable que des matières végétales ligneuses avaient pénétré dans la pâte ou dans la terre employée et que l'action du feu les avait carbonisées dans la suite. Les quelques vases à parois minces que nous avons découverts sont formés d'une pâte plus homogène dont les graviers étaient proscrits par la force même des choses. La présence des corps étrangers dans l'argile ne nous paraît pas avoir été le résultat d'une introduction voulue, car les matières étrangères à la terre plastique présentent peu d'analogie et ne revêtent pas cette physionomie uniforme, qu'un même procédé de fabrication offrirait certainement. Des hommes compétents, nous ne l'ignorons pas, ont pensé que ces graviers étaient destinés à diminuer les qualités plastiques de l'argile et à prévenir le retrait qui s'opère dans la cuisson. Cette opinion, qui peut être très-fondée pour certains cas, ne paraît pas applicable aux produits céramiques des grottes de la Champagne. Les procédés de fabrication employés, selon ces règles, nous sont inconnus; nous sommes d'autant plus porté à les récuser, que les vases dont la texture possède le plus de sonorité et de cohésion sont totalement dépourvus de graviers.
La cuisson des vases dont nous parlons a été très-imparfaite et d'une grande inégalité. Ces résultats si peu satisfaisants sont- attribuables à la manière employée pour cuire. Il est évident qu'une cuisson pratiquée à l'air libre ne pouvait donner des produits d'une qualité convenable. C'est de ce procédé que proviennent les teintes si différentes, ces coups de feu variés et l'absence d'homogénéité dans la texture. Quelques vases revêtent un aspect intérieur uniforme ; il est possible que cette régularité dans la nuance ait été obtenue en ensevelissant le vase à cuire dans des matières incandescentes qui le préservaient des variations atmosphériques, en conservant dans leur masse une chaleur égale et prolongée.
Les exemplaires de céramique que nous venons d'indiquer sommairement se reconnaissent pour le plus grand nombre
aux caractères généraux mentionnés plus haut. Tous cependant ne sont point dans les mêmes conditions, au point de vue de la cuisson. Deux vases font exception, l'un provient de Vert4a-Gravelle, l'autre de la station d'Oj-es. Il semble que ce dernier a été confectionné avec une terre dont la silice aurait été rendue fusible par la présence fortuite d'un alcali. Ces deux vases sont beaucoup plus durs que les autres ; leur cassure n'est pas terreuse, mais d'une texture résistante et d'une solidité qui ne redoute pas les chocs. Nous ferons remarquer qu'ils étaient dans des grottes que nous avons regardées comme appartenant à la fin de la pierre polie. Il est à croire qu'après de longs tâtonnements les ouvriers avaient acquis une expérience qui leur donnait des produits d'une plus grande perfection. La terre pouvait aussi avoir contribué à la production de ces qualités supérieures, car il existe dans les environs de la grotte des terres qui ont été employées à faire la poterie à des époques historiques très-reculées.
Certaines irrégularités, qui frappent dans la cuisson des vases, sont attribuables à l'usage auquel ils ont été affectés. La partie exposée au feu devait nécessairement se durcir, et prendre des caractères qui disparaissent sur les parois qui n'avaient pas subi le contact du foyer. Les teintes noires, qui se voient sur un certain nombre de vases, ne proviennent pas de la cuisson destinée à durcir la terre du vase cru, elles sont le résultat de l'enfumage produit par l'usage. Les tons noirs ne subsistent que lorsqu'ils sont dus à une chaleur intense ; ceux qui résultent d'une cuisson pratiquée à l'air libre et imparfaite n'auraient pu résister aux frottements, à de fréquents emplois, aux approches réitérées du feu et aux contacts multipliés des liquides doués de propriétés chimiques. La variété qui existe dans la cuisson ne saurait être attribuée à un genre de fabrication particulier. La dimension, l'épaisseur du vase devaient nécessairement créer des nuances spéciales. Les parois épaisses conservent leur partie centrale dans un état terreux.
Les parties intérieures échappaient effectivement à l'action de la chaleur, puisqu'elles ne pouvaient éprouver l'in-
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fluence d'une température élevée et constante, sous la double protection de la paroi interne et externe. Ainsi deux vases d'épaisseurs différentes pouvaient sortir de la main du même artisan et revêtir des caractères très-opposés. Le même vase offre fréquemment des variantes dans les diverses parties de son pourtour; les parois supérieures amincies sont plus dures que le pied ou fond, très-épais ordinairement. Les différences sont souvent si tranchées que les bords de l'ouverture paraissent provenir d'un autre vase que le fond auquel ils appartiennent réellement.
La destination des vases, si on en juge par les formes, les dimensions surtout et leur solidité, devait être certainement très-variée. Les poteries bien cuites étaient susceptibles de contenir des liquides, quelques-unes se prêtaient assurément à ce rôle et peuvent former une catégorie distincte. D'autres, d'une pâte de moindre densité, allaient parfaitement au feu et rendaient ainsi de précieux services; elles forment une seconde catégorie. Les distinctions que nous établissons ne sont pas arbitraires; car il se trouve beaucoup de vases qui ne portent point la plus légère trace du feu, en dehors de la cuisson subie antérieurement à l'usage. Plusieurs vases sont si petits qu'ils possèdent à peine la capacité d'un verre à boire ordinaire. Leur emploi devait être différent de celui des premiers grands spécimens dont nous avons parlé. Leur exiguïté leur assigne un rôle approprié. Enfin il existe des poteries qui sont fêlées et qui n'ont point été répudiées; néanmoins les fêlures excluent la possibilité d'y conserver des liquides; elles devaient être affectées à une destination particulière. Il y a lieu de conclure que, déjà à l'époque néolithique, l'emploi des vases était trèsnuancé et que leur rôle était différencié selon les besoins.
La céramique, on l'a répété avec une certaine emphase, permet de suivre, à travers les siècles, les progrès de l'intelligence humaine. S'il est vrai qu'elle puisse donner approximativement la mesure des efforts tentés par l'homme vers les choses de l'art, nos produits néolithiques ne sauraient guère affirmer que les premières et laborieuses tentatives d'un être dénué sinon d'intelligence, au moins de tous les moyens maté-
riels nécessaires pour le servir utilement. Sous un autre point de vue, sirudimentaires qu'ils soient, nos vases, intéressants par leur naïve simplicité, nous fournissent de rares détails sur les moeurs de l'homme de la pierre polie. Us retracent, en effet, des traits nombreux de ses habitudes et attestent un état relatif de civilisation. Déjà il s'applique à rendre son existence moins précaire et s'assure, par des travaux de prévoyance, les moyens de pourvoir à ses besoins.
La physionomie des vases néolithiques des stations, lorsqu'ils sont simplement l'objet d'un coup d'œil rapide, semble la même pour tous. Cependant un examen attentif découvre beaucoup de détails qui les distinguent et les particularisent. Leur extrême simplicité les rattache, comme leur provenance, à la même industrie ; mais ils fournissent à l'étude des types divers et dénotent des inspirations spéciales.
Nous avons précédemment parlé de deux vases couchés, qui se trouvaient dans une grotte du groupe d'Oyes:le premier, bien conservé dans toutes ses parties, mesure 18 centimètres de hauteur; son diamètre à l'ouverture est de 13 centimètres. Toute sa surface extérieure est boursouflée, elle ne laisse apercevoir aucune trace de polissage ou de lisssage. Le vase a été pétri et façonné à la main; la pâte a été pressée et étirée également à la main : l'aspect n'autorise point l'intervention démontrée d'un instrument. Vers la base, le vase va en diminuant, comme si on avait voulu former un cône. Puis le pied se dessine grossièrement, dans une dimension beaucoup plus petite que le vase. Immédiatement avant les bords, qui forment l'ouverture, il subit un léger rétrécissement et se termine sans rebord 5 on n'y voit pas le travail caractéristique des bords ordinaires. La surface intérieure offre un aspect à peu près semblable à l'extérieur ; mais les irrégularités sont concaves. Il est probable que la main introduite dans le vase, lorsqu'il était encore frais, a exercé une action qui a produit les protubérances extérieures. Les parois sont épaisses, et la partie centrale est noircie. La fumée a dû exercer une influence, lorsque le vase était exposé au feu. Les preuves d'un usage réitéré sont encore parfaitement visibles. Le deuxième
vase reproduit à peu près les mêmes dimensions ; une partie de la paroi s'est affaissée; la cassure est terreuse, granulée. La pâte manque de cohésion; différentes matières étrangères apparaissent dans la pâte; leur présence ne paraît pas attester une préparation intentionnelle. La surface de cette poterie, à l'intérieur et à l'extérieur, est unie ; bien que provenant de la même grotte, ce dernier est mieux réussi que le précédent : l'ouvrier avait pu acquérir une certaine dextérité. Les deux vases de forme cylindrique présentent néanmoins des perfectionnements. Dans le second exemplaire, le pied est large comme le vase lui-même et s'en détache à peine par une étroite dépression ; les bords sont larges et s'évasent extérieurement après une gorge fortement prononcée.
Deux vases, trouvés debout dans une grotte éboulée de la station de la craïère de Villevenard, sont bien conservés. Le plus petit, le plus solide, est intact à 16 centimètres de hauteur; il est presque droit, dépourvu de panse ; les bords de l'ouverture sont faiblement accusés. La dépression qui précède les bords est peu profonde. Le pied est plat et la saillie peu sensible. La surface offre des irrégularités, elle est rugueuse et rien n'indique qu'elle ait été l'objet d'un polissage ou d'un simple lissage pratiqué avec un instrument. La coloration de plusieurs points atteste qu'il a été exposé à un foyer. Le plus grand atteint 20 centimètres ; sa fabrication est d'une frappante analogie avec le précédent; ce sont deux frères, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Cependant il est ventru vers le sommet: la panse, dans tous nos vases, affecte cette position. Elle n'occupe pas la partie moyenne de la pièce, comme on le rencontre dans les modèles de céramique des autres temps. Le sillon qui forme la gorge suit immédiatement le renflement de la panse pour recevoir les bords étroits qui ressortent légèrement. Les parois sont minces et moins matérielles dans leur évidente grossièreté. Il n'y a pas à douter, ce dernier vase a été soumis aussi aux influences d'un foyer, il en conserve des marques visibles. Un spécimen de pareille dimension, mais d'une autre provenance, tout en conservant ses formes, porte une brèche à la panse. La régularité générale de ce vase laisse énormément à désirer;
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il est déjeté et néanmoins il se tient debout. Cette attitude penchée provient évidemment du retrait que la terre argileuse a subi dans la cuisson; il est probable que la répartition inégale de la chaleur en a été la cause. Cette poterie, ayant une fêlure qui compromettait son existence, a été percée sur les bords de la fente de deux trous opposés destinés à rapprocher les parties réparées, par une attache. La gorge est profonde, les bords irréguliers accusent peu d'habileté, une dépression bien marquée prépare la naissance du pied. La panse est plus prononcée d'un côté. L'extérieur est assez uniforme, mais il ne donne aucune preuve d'un travail accentué pour obtenir ce résultat. Les soins que le détenteur a pris pour consolider cette poterie ébauchée expriment toute l'importance qu'il attachait à sa conservation et le prix qu'il lui attribuait. Les détériorations que cet échantillon a éprouvées sont la preuve de son emploi; les pourtours de la brèche sont brûlés.
Le plus grand vase possédant toutes ses parties mesure 27 centimètres de hauteur et 17 centimètres de diamètre. Il est fortement incliné vers sa partie supérieure, sa position est donc un peu anormale. Une légère diminution dans le bas dessine le pied, qui forme une saillie peu considérable. Ce vase de grande capacité est néanmoins dépourvu d'anses et de protubérances destinées à le porter. Cette absence d'anses dans nos poteries de la pierre polie est digne de remarque, surtout lorsqu'il s'agit d'un récipient de pareille dimension. L'antiquité de la céramique néolithique s'affirme et se distingue ainsi des produits de la période des dolmens et de l'époque du bronze.
Un autre vase conique mérite une mention à cause de ses dimensions. Il est haut de 24 centimètres et mesure 17 centimètres de diamètre. Le pied dans sa plus grande largeur a 11 centimètres. Les bords sont très-peu renversés. Vers la base, il diminue sur une minime partie, pour former ensuite un large pied qui s'appuie solidement. Le travail est rudimentaire. Malgré ses grandes dimensions, ce vase est dépourvu d'anses.
Tous les vases de la collection présentent d'intéressants détails. Cependant une description spéciale à chacun d'eux entraînerait des longueurs et nécessiterait d'inutiles répétitions.
Nous mentionnerons seulement ceux qui attirent l'attention par des particularités rares. Une poterie assez mal conservée, dépourvue de bords, se termine à l'ouverture par une coupure en biseau de la paroi qui a été taillée avant la cuisson. Nous signalerons encore un vase qui, par l'exiguïté de ses dimensions, attire l'attention : il mesure environ 7 décimètres de hauteur, son diamètre est de 6 décimètres et le pied seulement de 3 décimètres.Il est caliciforme et le seul trouvé de ce genre.
Le vase qui contient des ossements humains carbonisés est conique ; il est petit et grossièrement traité ; l'ouverture est dépourvue de bords, ou plutôt elle est à bords droits, formés simplement de l'épaisseur de la paroi. Le vase provenant de Vert-la-Gravelle est turbiniforme.
Plusieurs poteries, qui ont été certainement employées à des usages que nous ne pouvons déterminer, n'ont pas été exposées aux ardeurs d'un foyer après la première cuisson. Elles conservent la teinte propre aux terres peu cuites. Dans la catégorie de ces vases, nous devons en signaler un particulièrement ; sa forme est d'une remarquable régularité : non-seulement les proportions sont bien gardées, mais il est soigné et sa surface n'offre point d'aspérités. Evidemment, il a été poli ou fortement lissé. Le travail n'a point dû être exécuté après la cuisson, à moins que les frottements, inévitables lorsqu'il était en usage, en aient fait disparaître les traces.
Comme nous l'avons déjà dit, nos vases sont façonnés à la main, leurs formes irrégulières l'attestent bien. Les surfaces, dans le plus grand nombre de cas, ont dû être lissées avec la main mouillée légèrement. Les exemplaires de nos vases qui ont été traités avec le plus de succès n'indiquent pas un progrès acquis ; ils sont vraisemblablement des faits isolés et n'impliquent pas l'existence de procédés de fabrication perfectionnés. Les types sont presque tous les mêmes, ils appartiennent à ces genres communs employés pour les plus vulgaires usages. Lorsque les poteries n'affectent pas la forme cylindrique la plus simple, elles présentent une panse protubérante, qui s'amoindrit sans préparation préalable vers le bas, pour donner naissance à un pied rudimentaire qui pose d'une manière
4oo LA CÉRAMIQUE.
peu solide. Les bords, lorsqu'ils existent réellement, sontle plus souvent droits, c'est-à-dire fort simples, ou bien constamment recourbés en dehors. Les moyens de suspension font toujours défaut. La partie inférieure, qui est à proprement parler un fond plutôt qu'un pied, se résume en une saillie formée en pinçant la terre molle pour l'étendre.
La série si nombreuse de nos vases ne contient donc que des spécimens d'une simplicité rustique. Les bords, comme nous l'avons déjà dit, sont les seules parties qui fournissent les marques d'une certaine industrie. Pas la moindre trace de ces cordons surajoutés que l'on cite à l'occasion de quelques vases antiques appartenant aux peuplades des premiers temps. Cependant il nous a été permis de trouver des fragments de céramique dans des grottes bien conservées et pures de mélang'es qui portent les premiers essais d'une ornementation... Nous conservons quatre restes de vases ornés. Deux présentent des impressions obtenues avec les ongles et disposées circulaire ment. (flg. 58). Deux autres conservent des digitations profon-
ds- 58).
des. Ce sont là les seules ornementations destinées à la décoration delà céramique de nos stations néolithiques. Nous possédons des fragments de vases de l'époque du bronze de provenance locale \ La différence dans l'ornementation est énorme.
1. J. de Baye, Sur les poteries de Barbonne (Marne). Congrès, intern. d'anthrop. et d'archéol. préhistoriques de Stockholm. 1874^ p. 405.
Les produits de ces deux périodes voisines sont incomparables, La céramique du bronze constitue de véritables objets de luxe comparativement à nos vases grossiers à peine ébauchés. Les traces des torchis qui laissent des caractères si frappants, lorsqu'ils ont été faits avec des graminées robustes, ne se trouvent pas sur nos vases de la pierre polie.
Les nombreux spécimens de céramique composant le mobilier des grottes de la vallée du Petit-Morin forment un genre que nous retrouvons difficilement dans les divers gisements qui ont été explorés et signalés parles archéologues. Le type de nos vases (fig. 59) se distingue bien nettement des
Fig 59-
poteries des dolmens et des produits de l'époque du bronze; nous ne saurions trop attirer l'attention des savants sur ce point. Beaucoup de poteries, décrites dans les travaux archéologiques publiés depuis dix ans, sont données comme appartenant à la période de la pierre polie, et le fait est fort douteux. La poterie que nous avons rencontrée dans les stations de la Champagne constitue le type le plus certain, le plus pur, le plus authentique et incontestablement le plus ancien de la pierre polie. Les vases d'une quantité d'autres provenances, attribués à l'industrie néolithique, appartiennent, dans la Marne, à d'autres temps. Nous en possédons les preuves matérielles; ces témoi-
402 LA CERAMIQUE.
gnages, nous les avons recueillis personnellement dans des foyers que nous avons scrupuleusement étudiés. Ces poteries, considérées comme se rattachant à la pierre polie, sont moins anciennes que les ébauches si primitives qui représentent les premiers efforts des habitants des grottes de nos diverses stations. En l'absence de produits plus anciens, les vases dont nous venons de parler étaient naturellement rattachés à la pierre polie, qui les datait en apparence par les restes de son industrie qui les accompagnaient.
L'industrie céramique de la période néolithique n'était pas exactement connue et le courant des idées était loin d'en vulgariser la notion. Les critiques les plus en renom avaient une inexplicable propension à rattacher les objets bien travaillés de l'âge de pierre à l'âge du bronze. Pour la céramique, le contraire s'est produit; les vases de l'époque du bronze ont été souvent attribués à la pierre polie.
Les poteries du camp de Chassey, regardées comme appartenant à la pierre polie, diffèrent énormément de celles de la vallée du Petit-Morin. M. Perrault les fait connaître ainsi : « Les fragments de vases étaient en quantité très-considérable ; il serait difficile d'apprécier le nombre des récipients auxquels ils ont appartenu. Je n'ai pas recueilli moins de 223 anses, et tous les vases n'étaient pas pourvus de ce moyen de suspension. — Je dois aussi faire observer que quelques-uns me paraissent en avoir eu plusieurs, — quatre ou six. — Je n'ai trouvé rien d'à peu près entier, sauf la tasse hémisphérique. Plusieurs vases peuvent cependant être reconstitués en grande partie.
« Un certain nombre de tessons sont assez larges pour permettre de reconnaître les formes et les dimensions principales des vases auxquels ils ont appartenu.
« Ces poteries ont toutes été façonnées à la main, et souvent elles portent les traces de stries ou de lignes indiquant qu'elles ont été lissées à l'aide d'une planchette ou d'un bouchon d'herbe. La pâte très-grossière, peu compacte et très-friable dans le plus grand nombre, est quelquefois fine et bien travaillée
La grandeur de ces
vases était très-variable. Quelques-uns avaient 40 centimètres et plus de diamètre, d'autres 5 à 6 centimètres à peine. Il n'est pas possible d'apprécier la hauteur des plus grands ; ceux de moyenne dimension pouvaient avoir de 1 5 à 20 centimètres et les petits de o"', 6 à o"1, 8.
« Ces derniers étaient le plus souvent hémisphériques; d'autres sont à fonds plats, à parois verticales, ou à panse renflée au milieu de la hauteur, et rétrécie à la partie supérieure en forme de col. Les bords des vases sont ou droits et unis, ou légèrement inclinés à l'extérieur, ou aplatis et formant un mince bourrelet, qui donne de la solidité au vase et lui sert d'ornement. En un mot, les formes des vases et leur
ornementation sont extrêmement variées
Par des frictions faites avec un enduit de
matières grasses, l'argile devient plus consistante, l'épaisseur des vases diminue, leur solidité augmente, les formes deviennent plus gracieuses, et l'ouvrier commence à y ajouter quelques ornements très-rudimentaires, il est vrai, mais qui témoignent du développement de son goût et de son habileté1. »
Nous sommes ici en présence d'un art qui a déjà progressé. Nous avons conservé des fragments de vases de l'âge du bronze qui se rapprochent des spécimens figurés par M. Perrault. Une cuillère en terre cuite provenant d'un foyer gaulois présente de grandes analogies avec les cuillères à bouche trouvées au camp de Chassey. Ces rapprochements ne sont guère de nature à nous garantir que les poteries du camp de Chassey représentent la céramique de la pierre polie proprement dite. Les palafktes du lac de Neufchâtel, dont tous les produits ont été savamment interprétés par M. Desor, ont aussi donné des vases. « Nous rencontrons, dit-il, chez nos lacustres de l'âge de la pierre un commencement d'industrie qui atteste l'aurore d'une civilisation. Ils fabriquent de la poterie informe et gros-
i. Ernest Perrault. Note sur un foyer de l'âge de la pierre polie découvert au camp de Chassey , p. ij, 16, 17.
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sière à la vérité, mais qui n'en est pas moins digne d'intérêt par sa composition, autant que par sa forme et ses dimensions. Ce sont pour la plupart de grands vases pansus, façonnés à la main; le tour du potier n'était pas connu. La pâte est peu homogène, grise ou noire, jamais rouge, toujours mélangée de petits cailloux siliceux destinés sans doute à parer aux inconvénients d'une cuisson inégale et imparfaite. Il n'existe guère que des rudiments d'ornements1. »
Les vases des palafittes sont aussi très-supérieurs au point de vue de la fabrication à ceux des stations préhistoriques de la Marne; ils affirment une habileté qui ne paraît pas dans nos poteries.
M. de Caix de Saint-Aymour, dans son travail ayant pour titre : Etudes su?' quelques monuments mégalithiques de la vallée de l'Oise, mentionne un vase qu'il a découvert. Cette poterie offre une grande analogie avec celle des grottes de la Marne. Malheureusement les fragments rendent la comparaison difficile. La poterie du camp de Catenoy (Oise), considérée comme une station de l'époque néolithique, s'éloigne considérablement du type de la vallée du Petit-Morin. « La pièce de céramique la plus intéressante est un vase à peu près carré, composé de quatre côtés légèrement convexes, reliés par des angles un peu arrondis; les parois ont en moyenne om, 1 d'épaisseur, et le fond est fortement relevé vers l'intérieur ; ses dimensions sont de om, 10 à o,n, 1 1 5 et demi de hauteur; l'une des parois est percée, à un niveau situé au-dessous du milieu de la hauteur intérieure, de deux trous parallèles disposés pour recevoir un lien de suspension. L'ornementation de cet objet est ce qui présente le plus d'intérêt; elle se compose d'un dessin en échiquier produit par une série de lignes à peu près parallèles aux bords du vase, irrégulièrement tracées et divisées en petits parallélogrammes obliques ou losanges formés de surfaces à peu près égales alternativement
unies et striées Celle du bas fait exception
à l'ensemble du dessin en ce qu'elle est entièrement remplie