Polybiblion. H. de Valroger, juin 1876, p
ous abordons présentement une période archéologique qui se préconise sous un aspect très-différent de celui que présente l'époque tertiaire. Ce ne sont plus seulement quelques rares silex sans cesse discutés qui la personnifient. L'industrie de l'époque quaternaire revêt un caractère incomparablement mieux déterminé; elle apparaît enrichie d'une grande variété d'oeuvres où le travail humain s'affirme indubitablement. On commettrait donc une grave erreur en plaçant ces deux époques au même rang, sous le double rapport de l'importance et de la signification.
Les traces abondantes de l'industrie quaternaire sont trèsaccentuées. Ces restes antiques portent les marques d'un travail évident, incontestable, aux yeux des plus incrédules. Les difficultés qui compliquent si sérieusement l'époque tertiaire et la laissent encore, sinon dans le domaine des suppositions, du moins dans la sphère des discussions, disparaissent complètement pour l'époque quaternaire. C'est à l'homme de la
création génésiaque que les instruments et les autres objets travaillés sont unanimement attribués. « L'homme quaternaire, comme le prouvent un grand nombre de squelettes de provenances incontestées, avait la même conformation, la même taille moyenne que nous. Le front élevé et portant tous les indices d'une race forte et intelligente '. »
L'admission de ces faits ne constitue pas une marche avancée, que l'on pourrait considérer comme une audacieuse témérité au point de vue de la science. Msr Meignan, évèque de Châlons, en plusieurs circonstances, base ses savantes démonstrations sur l'existence même de l'homme à l'époque quaternaire : « Des recherches multipliées ont été faites; et ce n'est plus en un seul endroit, c'est dans mille localités, qu'on rencontre les vestiges et même les ossements de l'homme primitif: en France, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Italie, en Grèce, en Russie, en Turquie, en Asie, en Amérique, enfin dans toutes les contrées du monde. Le fait est certain ; il est désormais incontestable2. »
Boucher de Perthes, par ses persévérantes recherches dans la vallée de la Somme, a le premier attiré l'attention sur les instruments qui se trouvaient dans les couches quaternaires. Nous n'avons pas à parler ici de l'opposition et de l'incrédulité qui rendirent sa tâche si difficile. Il eut le rare courage de triompher de l'indifférence dédaigneuse et de la dérision meurtrière. Nous ne citons son nom que pour lui attribuer l'honneur d'avoir créé une science nouvelle et obtenu un succès d'autant plus grand que les obstacles étaient plus nombreux : « Quoique convaincu moi-même, raconte-t-il, je n'ai pas toujours pu faire partager ma conviction; plus d'une fois on a accueilli ma démonstration avec un sourire d'incrédulité qui aurait peut-être ébranlé ma propre croyance, si l'objet en litige eût été isolé ou si de nombreuses analogies n'étaient pas venues à l'appui de mes assertions3. »
1. A. Bertrand. Revue Archéologique^ vol. XXVH, p. 295. — De Quatrefages et Hamy. Crania Ethnica. 1873-1874.