‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 39 sur 131 · Congres de Bruxelles } p · texte numérisé non relu

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yo LA TRANSITION ENTRE LES DEUX ÉPOQUES DE LA PIERRE.

mérité, déclarer que les démonstrations de M. Cazalis de Fondouce ont victorieusement combattu les motifs allégués par les partisans de l'hiatus1.

Les motifs les plus puissants combattent l'existence de l'hiatus. D'un autre côté, nous ne comprenons pas bien la nécessité de recourir à cette lacune immense pour expliquer les transformations opérées à l'apparition de la pierre polie. Lorsque les études préhistoriques étaient encore dans l'enfance, on conçoit que des hommes, doués d'un éminent esprit d'observation et d'une grande science, aient entrevu un problème dans l'évolution accomplie à l'époque de la pierre polie. Mais aujourd'hui, après tant de nouvelles découvertes et de plus amples études, la nécessité d'invoquer l'hiatus n'est guère bien démontrée. L'expérience naturelle n'a-t-elle pas amené les perfectionnements que nous voyons dans l'art? Faut-il, en réalité, beaucoup plus de sagacité pour polir un silex que pour le tailler? L'habitude de polir les instruments en os n'est-elle pas un acheminement vers le polissage de la pierre? Les instruments barbelés en os ne sont-ils pas les modèles des flèches barbelées en pierre? La pierre polie, avec son industrie et sa civilisation, peut donc n'être que le résultat progressif des âges précédents. Il serait probablement beaucoup mieux de dire : les faits sont là pour répondre, ils parlent et paraissent s'être réservé le rôle de combler eux-mêmes la lacune signalée.

i . Cazalis de Fondouce, Pierre taillée et pierre polie. Revue d'anthrop.} 1 874, p. 6 1 3 .

ne civilisation nouvelle, supérieure à celle dont nous avons esquissé les traits principaux, inaugure la période archéologique connue sous le nom d'âge de la pierre polie. Cette grande phase revêt des caractères bien tranchés qui la détachent d'une manière évidente de l'époque paléolithique. L'homme triomphe par d'incessants efforts des difficultés qui le tenaient dans un état précaire. La situation matérielle éprouve d'avantageuses transformations. Elle s'est notablement améliorée, les instruments employés en fournissent de nombreuses preuves. Dans l'ordre intellectuel, il s'est placé à un rang bien plus élevé. Le perfectionnement des objets à son usage donne, dans une certaine proportion, la mesure du progrès qui s'est accompli. Il existe effectivement une corrélation entre le progrès intellectuel et les améliorations matérielles qui se produisent, l'esprit de l'homme s'appliquant toujours à donner plus de relief à l'existence et à l'entourer d'un plus grand bien-être.

Les abris sous roche, les grottes naturelles, ne sont plus les demeures exclusivement recherchées par l'homme. Il abandonne les cavernes abruptes que la nécessité lui avait imposées. Il se pratique lui-même des grottes saines, mieux aménagées, plus propres à le préserver contre les dangers et à le garantir contre l'intempérie des saisons. La même époque voit aussi s'élever les cités lacustres, ces étonnantes constructions, où le libre choix et la volonté de l'homme s'affirment avec tant de puissance. Les allées-couvertes, aussi connues sous le nom de chambres de géants, notamment dans les régions Scandinaves, sont pareillement rattachées à cette grande phase archéologique.

Le travail de l'homme s'accentue visiblement, son activité ne se borne plus à préparer des instruments de première nécessité, il s'applique à la construction des demeures, il dispose des sépultures où le respect de ses restes s'exprime dans toute sa grandeur. Sa vie n'est plus pour ainsi dire principalement consacrée à lutter contre les animaux pour se préserver de leurs attaques et pour se procurer dans leurs dépouilles le vêtement et la vie. Avec l'ère de la pierre polie, la domestication des animaux acquiert la valeur d'un fait certain. Ce progrès lui assure non-seulement de précieuses ressources, mais lui impose l'obligation d'avancer encore et d'enrichir son industrie. Le travail se développe dans d'étonnantes proportions, l'outillage se perfectionne et se complète. Une grande évolution s'exécute et proclame de nombreuses conquêtes dans l'art. Des produits nouveaux viennent augmenter le mobilier. La naissance de l'industrie céramique atteste en même temps un progrès industriel et un changement notable dans les mœurs. Ces vases pesants ne conviennent en effet qu'à des populations déjà fixées. Naguère, à l'époque paléolithique, le silex fournissait presque exclusivement la matière première de l'outillage. Il était généralement tiré de la contrée occupée par les peuplades primitives. Désormais nous verrons des roches variées de provenance exotique s'adjoindre au silex indigène et témoigner ainsi en faveur de lointaines relations et d'un progrès incontes-

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table. Ces roches étrangères, représentées par un bon nombre d'instruments et différents objets de parure, ont été regardées par la plupart des archéologues comme appartenant au luxe de l'époque. Nous aurions ainsi une preuve de plus en faveur du progrès accompli, à moins cependant qu'on ne les considère comme des importations faites par les peuples qui émigraient. Ces pièces présentent des types particuliers que l'industrie indigène ne semble pas avoir imité. Les meilleures raisons établissent qu'elles étaient apportées dans leur état de perfection. On n'en rencontre aucune simplement ébauchée. La présence de ces instruments en roches étrangères suppose donc des relations commerciales, ou même des voyages, ce qui serait moins invraisemblable qu'on serait tenté de le supposer au premier aspect.

La civilisation, incomparablement supérieure de l'époque néolithique, ne laisse pas d'avoir néanmoins de nombreux traits de ressemblance avec les habitudes et l'industrie des temps quaternaires. L'évidence d'une sérieuse transformation est incontestable néanmoins, malgré les points de contact. Mais faut-il attribuer ce changement à un développement progressif dû à l'expérience des siècles précédents? Ou bien est-il l'œuvre d'une race nouvelle introduite parmi les populations paléolithiques? Lorsque des archéologues d'une grande célébrité affirment l'influence des importations, l'arrivée d'une nouvelle race, il est difficile d'affirmer que le développement graduel fût la seule cause de la transformation opérée. Il faut bien reconnaître du reste que les traces d'un mouvement progressif ont été peu remarquées jusqu'à présent à l'époque quaternaire. Tout ce que Ton pourrait supposer comme vraisemblable, c'est que la population des époques paléolithiques avait, par le temps, acquis une aptitude réelle pour recevoir l'impulsion imprimée par le courant d'une nouvelle population. Quelle que soit d'ailleurs l'origine du progrès remarqué et de la transformation survenue, la question reste toujours la même. Le fait de l'industrie à l'âge de la pierre polie qui doit nous occuper se présente dans les mêmes conditions.

L'industrie néolithique caractérise une période assez

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considérable. Il fut un temps où l'homme, ne connaissant pas encore l'usage des métaux, demandait au silex et aux autres roches la matière première de son outillage. Ce fait est incontestable, il plane au-dessus de toutes les dénégations. Il faudrait ébranler toutes les bases de la certitude et répudier toutes les règles de la critique pour admettre les théories opposées. Il n'y a pas deux manières de raisonner. Du moment où l'on reconnaît des époques archéologiques déterminées en se basant sur les produits de ces époques, de manière à ne jamais les confondre, il faut admettre aussi les époques de la pierre puisqu'elles s'affirment avec des caractères distinctifs qui les discernent des autres 'phases de l'industrie humaine. Lors même que sur divers points du globe il y aurait contemporanéité entre l'usage des métaux et l'emploi exclusif de la pierre, on n'en pourrait rien conclure contre l'existence de l'âge de la pierre. De même, s'il arrivait qu'il fût bien démontré que des populations employaient l'outillage en pierre à des temps connus dans l'histoire, l'existence archéologique de l'âge de pierre n'en serait pas pour cela compromise. Et lors même enfin qu'il serait établi, ce qui n'est rien moins que probable, que les populations franques travaillaient encore le silex à l'époque mérovingienne, la démonstration serait encore sans portée pour l'époque néolithique placée dans une sphère tout à fait en dehors de ses atteintes. Ne sait-on pas que l'industrie de la pierre s'est prolongée jusqu'aux temps modernes en Scandinavie? Quel est l'archéologue sérieux qui ait songé à y voir un prétexte pour nier l'industrie des temps antéhistoriques ou d'un âge pur de la pierre? Les auteurs les plus connus dans l'antiquité sont remplis d'allusions relatives aux temps où les hommes vivaient dans un état de semi-barbarie. Il faut donc reconnaître la possibilité de ces situations antiques qui n'avaient rien de commun avec les civilisations célébrées par les écrivains grecs et romains.

M. François Lenormant a touché quelques points de cette discussion; nous le citons, car il nous paraît difficile de traiter la question avec plus de clarté et de science :

« Le métal ne s'étant substitué que graduellement et non par une révolution brusque aux instruments de pierre, il y eut un certain temps où les deux matières furent concurremment employées. Nous avons déjà remarqué qu'une partie des dolmens de la France datent de cette époque de transition. Il en est de même de certaines palafittes de la Suisse où le bronze est associé à la pierre, et de quelques « terramares » de l'Emilie, celles de Campeggine et de Castelnovo, par exemple, où les silex et les os taillés se montrent avee des armes et des ustensiles de bronze. Diverses sépultures de l'Italie septentrionale ont offert pareille association. Il s'est même rencontré en Allemagne, à Minsleben, un tumulus où étaient réunies des armes de pierre et des armes de fer, ce qui montre que l'usage de la pierre taillée subsista chez quelques populations par delà l'âge du bronze. On a également trouvé dans le Jura des forges dont les scories accumulées renferment dans leurs monceaux quelques instruments de pierre. Pendant longtemps, comme je l'ai déjà dit plus haut, le grand prix du métal a fait que les plus pauvres se contentaient d'armer leurs flèches et leurs lances de pointes de silex. Sur le champ de bataille de Marathon, l'on ramasse à la fois des bouts de flèche en bronze et en silex noir taillé par éclat; et, en effet, Hérodote signale dans l'armée des Perses qui envahit la Grèce la présence de contingents de certaines tribus africaines qui combattaient avec des flèches à la pointe de pierre. Le même fait a été observé dans plusieurs localités de la France, notamment au camp de César, près de Périgueux.

« Au reste, les exemples de la continuation de l'usage habituel d'instruments de pierre dans les temps d'une métallurgie complète abondent dans les pays les plus différents. Le fait est constant dans les civilisations développées tout à fait isolément du Mexique et du Pérou. Il s'est conservé après la conquête espagnole. Torquemada vit encore les barbiers mexicains se servant de rasoirs d'obsidienne. Même aujourd'hui, les dames de certaines parties de l'Amérique du Sud ont, dans leur corbeille à ouvrage, à côté des ciseaux d'acier

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anglais, une lame tranchante d'obsidienne qui sert à raser la laine dans certaines broderies. Si nous laissons l'Amérique pour l'ancien monde, nous trouvons en Chaldée des instruments de pierre les plus variés dans les mêmes tombeaux et les mêmes ruines, remontant aux plus anciennes époques historiques que les outils de bronze et même que des objets de fer; les collections formées dans les fouilles du colonel Taylor et conservées au Musée Britannique sont là pour le prouver. En Egypte, l'emploi fréquent de certains outils de pierre, souvent extrêmement grossiers, à côté des métaux, pendant les siècles les plus florissants de la civilisation et jusqu'à une date très-rapprochée de nous, est aujourd'hui parfaitement établie. C'est avec des outils de pierre que les Egyptiens exploitaient les mines de cuivre de la péninsule du Sinaï, comme l'ont établi les remarques de M. J. Keast Lord; c'est avec les mêmes outils qu'ils travaillaient dans les carrières de granit de Syène, comme j'ai pu le constater de mes propres yeux ; et M. Mariette a reconnu des amoncellements de débris analogues, rejetés quand ils devenaient impropres au service, auprès de toutes les grandes excavations de l'Egypte qu'ils avaient servi à creuser. Quant aux flèches à têtes en silex, elles se rencontrent fréquemment dans les tombeaux de l'Egypte, et les pointes en abondent dans les anciens cantonnements des troupes égyptiennes au Sinaï. La Syrie a offert aussi de nombreux exemples d'armes et d'outils de pierre, même d'une exécution rudimentaire, appartenant évidemment aux âges pleinement historiques où les métaux étaient d'usage général ; mais il est à remarquer qu'ils rentrent tous dans les types du couteau et de la pointe de flèche.

« Ici nous croyons nécessaire d'insister sur un point que l'on néglige souvent, à tort suivant nous : c'est la distinction à établir entre certains instruments de pierre pour les conclusions à tirer de leur découverte. Toute arme ou tout outil en pierre, ainsi que le prouvent les faits que je viens de rappeler, n'est pas nécessairement de l'âge de pierre.

« On ne peut attribuer avec une confiance absolue, à cette période du développement humain, que les stations qui

présentent tout un ensemble d'outillage et de faits décelant d'une manière positive l'usage exclusif de la pierre. C'est seulement des observations faites dans ces conditions que l'on peut, en bonne critique, déduire des résultats positifs et de nature à s'imposer dans la science. Les trouvailles isolées et les dépôts qui ne renferment que certaines espèces d'armes ou d'instruments réclament, au contraire, une grande réserve dans les appréciations, et c'est ici qu'il faut distinguer entre les objets. Je ne parle pas seulement des outils de mineurs, dont le type est extrêmement particulier et toujours reconnaissante; il est trop évident que si l'on exploite une mine, — n'y employât-on que des outils de pierre par économie ou pour pouvoir mieux attaquer une roche très-dure, sur laquelle le bronze et le fer non aciéré s'émoussent, — c'est que l'on connaît et travaille les métaux. Mais je n'hésite pas à dire que les découvertes exclusives de couteaux, de pointes, de flèches et de lances, en quelques amas considérables qu'on les observe, n'ont aucune valeur décisive, rien qui permette d'en déterminer la date; ces objets peuvent être de toutes les époques, aussi bien d'un temps fort récent que du véritable âge de la pierre, et par conséquent ils ne prouvent rien *. »

L'époque néolithique a été étudiée avec un soin exquis dans des stations multipliées appartenant à des régions diverses. Des archéologues distingués ont constaté et démontré la réalité incontestable de l'industrie de la pierre exempte de mélange. L'existence de l'art néolithique n'est pas plus contestable que l'industrie paléolithique. Mais de même que les temps quaternaires forment une époque complexe, la période néolithique est loin aussi de se résumer, comme on serait tenté de le croire, dans un ensemble présentant un caractère uniforme. Il n'est pas possible d'y voir seulement l'expression d'une civilisation sans nuance et développée d'un seul jet. L'époque néolithique offre un triple aspect. Elle s'affirme par trois expressions distinctes et bien tranchées. Les grottes artificielles affectées à l'habitation de l'homme et aux

1. F. Lenormant, Les Premières Civilisations, t. I, p. 164 et suiv.

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sépultures forment un ensemble d'un caractère particulier. Les cités lacustres, d'un aspect bien différent, constituent une autre partie de la même époque. Enfin les dolmens et les monuments mégalithiques forment la troisième expression archéologique des temps néolithiques.

Les grottes artificielles, les cités lacustres, les dolmens et les autres monuments qui leur sont assimilés sont propres à grouper les produits de l'industrie et à caractériser par ses traits principaux la civilisation de la pierre polie. Les points de contact qui existent entre ces trois groupes si bien accusés qui divisent cette période sont nombreux et très-intimes. Ce sont ces affinités, ces relations qui impriment à l'époque une physionomie si hautement intéressante. Ces mêmes relations, ces traits de frappante ressemblance qui unissent ces diverses nuances de la même civilisation présentent des aspects spéciaux qui relient les générations de la pierre avec celles qui, dans la suite, nous ont livré par l'histoire quelques particularités de leur existence. Déjà, nous l'avons dit, malgré sa teinte propre et sa supériorité si bien reconnue, l'industrie néolithique n'est pas un fait sans rapport avec les temps qui ont précédé son développement le plus parfait. Elle a fait des emprunts dans l'industrie et pris des exemples dans les mœurs, dans les habitudes. Il semble qu'elle émerge des temps paléolithiques pour venir se fondre dans les premières tentatives des civilisations de l'âge du bronze.

Les temps néolithiques sont très- fréquemment désignés sous le nom d'âge de la pierre polie. Malgré cet usage bien vulgarisé, il faut cependant reconnaître que la dénomination est loin de donner une idée juste et qu'elle s'applique d'une manière inexacte. La hache polie motive seule l'appellation, mais elle est loin d'en établir la légitimité. La hache polie (fig. 4) est effectivement un instrument tout à fait inconnu à l'époque quaternaire. Néanmoins la masse générale de l'outillage, assurément contemporain de la hache, n'a rien qui autorise à le désigner sous le nom de pierre polie. Il n'est pas rare du reste de voir une expression d'étonnement mêlée de surprise se manifester chez certaines personnes,

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lorsqu'on rattache à la pierre polie les instruments éclatés ou retaillés qui lui appartiennent.

Beaucoup plus récemment la période néolithique a été désignée sous le nom d'époque robenhausienne. L'industrie néolithique ne paraît pas être ainsi plus heureusement désignée. Robenhausen n'est qu'un point dans l'époque néoli-

Fie. a-

thique; de plus, il revêt une couleur particulière qui s'applique mal à l'industrie des grottes artificielles sans mieux caractériser le travail des dolmens. Quel rapport peut-on établir, par exemple, entre les produits de Robenhausen et ces pièces merveilleuses qui constituent la pierre polie, telle que nous l'admirons dans les splendides développements qu'elle a atteints en Scandinavie ? Les dénominations qui ont

été proposées n'ont pas obtenu assez de succès pour se substituer aux expressions : Époque néolithique (véoç TuGoç), encore généralement employées.

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