‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 45 sur 131 · REPANDUS A LA SURFACE DU SOL · texte numérisé non relu

REPANDUS A LA SURFACE DU SOL

Le séjour de l'homme en Champagne, pendant la période de la pierre polie, est parfaitement démontré par la grande quantité d'objets qui se rencontrent sur la surface du sol dans plusieurs localités. Pendant très-longtemps, les instruments remarqués étaient exclusivement les haches polies. Les autres silex travaillés restaient inaperçus. Souvent, les haches ellesmêmes, après avoir excité un instant la curiosité, étaient abandonnées. Cependant il arrivait, dans d'autres circonstances, qu'elles étaient conservées et utilisées à divers usages. Nous n'entendons point parler ici du prestige dont elles jouissaient, ni de la confiance superstitieuse dont elles étaient l'objet.

Lorsque l'attention s'appliqua à l'étude de l'archéologie préhistorique, les recherches donnèrent d'autres résultats. Toutes les pièces répandues sur la surface du sol sortirent de l'oubli et furent soigneusement recueillies. Pour la région dont nous avons à nous occuper particulièrement, je pus signaler, en 1871, l'existence d'un atelier de la pierre polie1. Les Matériaux pour servir à V histoire de l'homme publièrent, en effet, les observations suivantes : nous les reproduisons , car elles forment le début des découvertes qui ont été successivement faites dans la région.

« Dans le courant de l'année dernière, j'ai eu l'honneur

1. Matériaux pour servir à V histoire de l'homme. Février 1872.

DANS LES STATIONS DE LA MARNE. m

de -vous entretenir, d'une manière sommaire, des vestiges notables de l'âge de la pierre polie que j'avais rencontrés à la Vieille-Andecy, commune de Villevenard (Marne).

« Le plateau où j'ai fait mes observations est situé près des marais de Saint-Gond, à 3 kilomètres de Baye.

« J'ai continué mes recherches dans cette station qui n'avait jamais été constatée ni explorée. Je suis maintenant en mesure de vous signaler les principaux résultats de mes explorations multipliées. Je me bornerai néanmoins à mentionner les objets les mieux caractérisés que j'ai tous recueillis à la surface du sol.

« Le gisement remarquable de la Vieille-Andecy dénotet-il simplement une station préhistorique, ou un atelier, comme plusieurs archéologues paraissent le croire? Je n'ose l'affirmer absolument. La présence des nombreux objets en silex poli ou taillé, et des instruments qui ont évidemment servi à les confectionner, s'explique d'une manière satisfaisante par une station prolongée. Rien, du reste, n'empêche d'admettre la simultanéité de la station et de l'atelier. La réunion d'un grand nombre d'individus en société entraîne naturellement la fabrication, sur une plus ou moins grande échelle, des objets nécessaires aux usages de la vie.

<( Huit polissoirs ou pierres à polir méritent d'abord une mention particulière. Ils portent tous les traces évidentes d'un frottement prolongé et d'un long usage. Ces polissoirs sont formés de grès quartzeux qui paraît étranger à la localité. Par leur forme, ils sont faciles à manier et très-appropriés à leur destination. Enfin, ils attaquent facilement le silex, ainsi que je m'en suis assuré par l'expérience, et ils offrent, en outre, une incontestable analogie avec d'autres polissoirs trouvés dans des ateliers connus et scientifiquement étudiés. Ces polissoirs, il est inutile de le remarquer, n'affectent pas tous une forme identique, mais ils attestent un emploi évident et nous autorisent à considérer les objets trouvés comme ayant été, au moins en partie, confectionnés là où ils ont été recueillis. 11 n'y a que l'inexpérience qui puisse attribuer les surfaces polies qu'ils offrent au frottement d'un instrument en métal;

car leur dureté est telle, qu'ils useraient le métal et détruiraient le tranchant, loin de l'améliorer et sans toutefois prendre le poli que nous constatons.

« J'ai aussi rencontré une seconde catégorie d'outils : ce sont des marteaux ou percuteurs au nombre de sept; les pierres percutrices se rapprochent toutes, d'une manière plus ou moins parfaite, de la forme sphérique. Elles portent des marques innombrables de percussion ; quelques-unes ont dû servir de broyeurs, car les surfaces polies, qu'il est facile d'y constater, l'indiquent surabondamment.

a Le même plateau m'a donné cinq nuclei. Ces silex sont très-caractérisés; bien moins volumineux que ceux du Grand- Pressigny, par exemple , ils n'en sont pas moins parfaitement authentiques. On y trouve les traces évidentes des éclats qui en ont été séparés. Plusieurs revêtent des marques de percussion, et d'autres, on peut l'affirmer sans trop de témérité, semblent avoir subi un premier travail et représentent assez l'ébauche d'un instrument.

« Toujours dans le même rayon et mélangés aux objets dont il vient d'être fait mention, j'ai découvert de nombreux fragments de haches polies. Trois, de moyenne dimension, ont leur tranchant arrondi. Trois autres, plus petites, sont de forme carrée. Un autre fragment considérable accuse une hache de remarquable grandeur. Enfin j'ai recueilli une hache qui n'est, à proprement parler, qu'une ébauche, mais elle porte les traces incontestables d'un commencement de polissage.

« Une flèche à soie de forme triangulaire est, jusqu'à présent, le bijou par excellence que j'ai découvert. Elle est d'une grande délicatesse, parfaitement intacte; elle révèle un travail minutieux et attentif. J'ai de plus rencontré une autre flèche en amande très-soigneusement travaillée.

« Un nombre considérable de couteaux, de grattoirs, de tranchants divers, une multitude d'instruments de différents types, mais tous bien déterminés et portant les retailles les mieux accentuées, ne laissent pas de doute sur la réalité de la station.

« Si à ces objets plus particulièrement remarquables je joins la quantité d'autres instruments ébauchés, mutilés, et les silex travaillés employés à des usages encore indéterminés, il est impossible de nier l'importance du gisement.

a Parmi les instruments que j'ai signalés, j'ai découvert deux objets en silex travaillé qui n'appartiennent pas certainement à la même fabrication, et qui ont dû être apportés. D'abord une hache quaternaire du type Saint- Acheul. Cette hache offre des retailles évidentes et tous les caractères de la plus irrécusable authenticité.

« Enfin un grattoir ovale échancré aux deux extrémités. Ce grattoir appartient au type du Grand-Pressigny par sa forme ; par la nature du silex, il diffère des autres objets découverts. »

Plus tard, l'étendue des gisements augmenta considérablement et embrassa toute une région. Effectivement, depuis Montmirail (Marne) jusqu'à Colligny, et au delà en suivant la vallée, on put faire une ample moisson d'instruments en silex appartenant à l'industrie de la pierre polie.

Les rives du Petit-Morin possédaient plusieurs centres de fabrication : témoin les polissoirs du chemin des Fortras (Congy) , de Montalard (Oyes) , de Coléard (Saint-Prix) , de Toulon (près Coizard) , de Villevenard, de Saint-Gond (Oyes). Les trois premiers ont été détruits, les autres existent encore, deux ont été transportés à Baye. Les ébauches de haches (fig. 10) contribuent à démontrer le même fait.

L'outillage provenant de la surface du sol se compose de plusieurs instruments qui n'ont pas été jusqu'à présent rencontrés dans les grottes artificielles de la même région.

On le comprendra, c'est à la surface du sol qu'on rencontre les ébauches, les instruments inachevés qui donnent l'idée des procédés employés pour confectionner. On peut aussi, par l'examen des objets abandonnés, apprécier les difficultés que l'ouvrier avait à vaincre dans son travail. Les rebuts indiquent clairement les diverses phases par lesquelles passaient les instruments avant d'arriver à leur dernier état de perfectionnement.

Les haches étaient autrefois assez ahondantes. La nature de l'instrument résistait à toutes les actions destructives; elles se sont donc conservées longtemps. Nous les rencontrons sous

Fig. 10.

des formes nombreuses et dans des états de conservation et d'achèvement très-différents. Enfin la nature de la roche varie considérablement. Le pays a donné de ces instruments en Jadéite, en Chloromélanite, en Saussurite, en Aphanite, en Diorite, en Petrosilex et en Grès quartzeux. La Jadéite est la

matière étrangère la plus abondante, les instruments formés de cette roche sont de petite dimension.

La Chloromélanite occupe le second rang- au point de vue du nombre. Toutes ces roches étrangères au pays, malgré la quantité d'instruments qu'elles ont fournis, sont loin d'être aussi nombreuses que les haches en silex indigène. Ce silex appartient à deux formations distinctes.

La forme des haches affecte des types multipliés et permet ainsi de leur supposer des origines différentes. Il est même certain que toutes celles qui sont en matières étrangères au pays ont été importées, car on ne retrouve aucun éclat, aucune ébauche. Il n'en est pas de même des haches en silex qu'on retrouve fréquemment à l'état d'ébauche. L'instrument est taillé, sa forme est régulière, il n'attend plus que le polissage comme dans la figure dixième.

La présence des haches polies dans presque toutes les situations et sur des points fort éloignés des stations atteste un emploi généralisé de ces instruments. L'usage de la hache devait être fréquent et développé à en juger par le nombre de ces objets que les populations primitives ont laissés sur le sol. Nous n'entreprendrons pas de déterminer les circonstances où elle était employée, car en ces sortes de questions l'imagination peut facilement exagérer le rôle de l'instrument, et l'environner d'un prestige sans rapport avec la réalité des faits. 11 existe, en outre, une grande propension à créer aux tribus néolithiques, des besoins semblables à ceux qui résultent de notre civilisation et à donner aux instruments une destination que les mœurs de l'époque de la pierre polie ne comportaient pas.

La forme primitive dés haches provenant du sol a été souvent modifiée. L'instrument était soumis à un nouveau polissage lorsque le tranchant avait été oblitéré par l'usage. De là certaines irrégularités intentionnelles imposées par la nécessité de réparer les brèches. M. l'abbé Bourgeois, au congrès de Vendôme, détermina dans une sage mesure l'emploi de la hache polie : « Il résulte, dit-il, des expériences faites au musée de Saint-Germain par M. Maître, qu'il est plus

facile de tailler le granit avec une hache de pierre qu'avec une hache de bronze. Elles étaient employées aussi comme arme de guerre ou comme symbole de la puissance1. »

Les grattoirs forment une catégorie très-considérable dans l'outillage de la pierre polie. Ils sont répandus avec abondance dans nos plaines avoisinant les stations. L'instrument était, on peut le supposer par l'usage que les Esquimaux en font encore

de notre temps, affecté à la préparation des peaux. Ils se rencontrent aussi dans des états d'élaboration très-variés, depuis l'ébauche la plus rudimentaire jusqu'à l'état parfait, en passant par tous les degrés. Les formes ne sont pas toujours absolument identiques. Nous donnons ici (flg. n) celle qui est la plus commune. D'autres, en reproduisant toutefois le type ordinaire, sont pourvus d'un prolongement qui était destiné à recevoir le manche lorsque lui-même n'en remplissait pas le rôle. Cette partie prolongée du grattoir a souvent été disposée pour adapter le manche avec solidité. Elle présente des entailles

i. Bourgeois. Mémoire sur l'archéologie préhistorique. Angers, 1873, p. 13.

DANS LES STATIONS DE LA MARNE. n

symétriques visiblement pratiquées dans ce but. Dans quelques autres spécimens l'instrument a été retaillé sur tous ses bords. Il forme alors une sorte de disque.

Les grattoirs entièrement achevés ont été très-employés. Les arêtes en sont arrondies ; les retailles sont effacées partiellement; l'instrument a été, en un mot, comme poli par l'usage. La partie semi-circulaire dans les grattoirs à manche n'est pas la seule qui ait été utilisée pour le travail, l'extrémité opposée a également été usée par un frottement réitéré. Ces remarques, que nous avons pu faire sur les grattoirs de la Marne, ont également été faites dans d'autres contrées. M. l'abbé Bourgeois dit en effet : « Le grattoir connu de tout le monde se rencontre fréquemment à la surface du sol, dans nos contrées il est rarement long comme dans les cavernes; au contraire, il est court et quelquefois discoïdal. Le grattoir double (lame longue arrondie aux deux extrémités), si nombreux dans les grottes, est peu commun sur nos plateaux. Le grattoir de pierre avec un manche en os est encore usité aujourd'hui chez les Esquimaux pour préparer la peau du renne. La multiplicité des instruments de ce genre nous autorise à croire que les hommes de cette époque employaient la peau des animaux pour se vêtir *. »

Le grattoir existait à l'époque paléolithique. Il a seulement subi des modifications pour lui donner un plus grand perfectionnement. M. Piette l'a fait remarquer dans une étude comparative. « Les grattoirs néolithiques sont des imitations des grattoirs quaternaires2. »

Les grattoirs n'apparaissent pas seulement dans quelques contrées particulières ; on les retrouve pour ainsi dire sur tous les points du globe. Ces instruments, si abondamment répandus sur la surface du sol, sont néanmoins fort rares dans les grottes néolithiques. Ils ne paraissent pas avoir eu leur place dans le mobilier funéraire.

1. Bourgeois. Mémoire sur V 'archéologie préhistorique. Angers, 18735 pp. i4etI?«

2. Piette. Les vestiges de la période néolithique comparés à ceux des âges antérieurs. Paris, 1875, P- 15-

Un autre genre de grattoir, pourvu de deux échancrures à ses extrémités, se rencontre aussi à la surface du sol. Sous cette forme le grattoir était également taillé sur les bords du Petit- Morin. 11 en existe des ébauches qui le prouvent. Nous aurons l'occasion de revenir sur cet instrument lorsque nous parlerons du mobilier des grottes.

Les flèches jouent un rôle considérable à l'époque néolithique. Elles ont acquis alors un degré de perfection qu'elles n'avaient pas atteint dans les temps quaternaires. Six variétés

Fig.

de ces armes ont été recueillies à la surface du sol, dans les environs des stations de la Marne. Il est présumable qu'il en existe encore d'autres, car les flèches, par l'exiguïté de leur dimension, échappent facilement aux regards et le temps seul les dévoilera aux persévérantes recherches des observateurs.

Les flèches triangulaires (fig. 12) sont les plus rares dans la localité. Elles ont été préparées avec une recherche visible. Les retailles ont été pratiquées avec soin. L'ouvrier y affirme un art incontestable et une grande habileté. Cette variété de flèches a dû vraisemblablement trouver son modèle dans la flèche à tranchant transversal, que Ton peut considérer comme la plus usitée parmi les tribus néolithiques de la Marne. En effet, les plus beaux types de la flèche à tranchant transversal

se rapprochent sensiblement de la figure du triangle régulier. L'habitude de préparer et de manier ces projectiles a naturellement suggéré l'idée d'une variété nouvelle et d'une application particulière du silex aux formes sagittales. Ces sortes de flèche en si grand nombre dans les grottes sont relativement fort rares sur le sol.

L'existence des flèches triangulaires a été constatée dans plusieurs régions, notamment dans le Loir-et-Cher' et dans la Gironde2. Quant aux flèches à tranchant transversal, elles ont été signalées dans beaucoup de stations 3.

Une autre flèche, dont la base est légèrement évidée, semble être le premier essai de la flèche à ailerons sans pédoncule qu'elle rappelle à son état naissant. Le travail de ces flèches est généralement soigné et poussé jusqu'à un degré de frappante perfection. Cette variété se retrouve dans plusieurs collections de la Gascogne4.

La flèche ovale a deux pointes appartient aussi aux produits recueillis à la surface du sol. Ce type s'éloigne des genres que l'on serait tenté de regarder comme plus primitifs ; cependant l'adoption de la forme ovale aurait pu être inspirée par certaines pointes de Solutré dont elle offre un diminutif. Les deux faces sont également retaillées avec soin dans cette variété de projectiles.

La flèche à pédoncule sans ailerons figure également parmi celles qu'on retrouve dans les contrées fréquentées à l'époque de la pierre polie. Cette forme, d'un travail peu compliqué, n'est pas très- commune. Il y a lieu de croire à la simultanéité de l'emploi de ces flèches, et aucune d'elles n'était exclusivement destinée à fournir aux besoins des peuplades. Chaque genre se suppléait. Cependant la flèche à pédoncule sans ailerons fait partie des armes néolithiques; elle

î. Bourgeois. Mémoire sur Parchéotogie préhistorique^ p. 14.

2. Cartailhac. Pointes de flèches de la. Gironde, fig. 76. Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme, 1876, p. 207.

3. De Maricourt. Les ateliers de l'âge de pierre dans le Vendâmois , fig. 11. La hutte de Pouline, station de la pierre polie, fig. 4 et 5, p. 12. — Bourgeois. Mémoire sur l'archéologie préhistorique, p. 14, etc.

4. Cartailhac. Pointes de flèches de la Gironde^ fig. 88. Matériaux^ 1876, p. 208.

i2o LA PIERRE POLIE

a été signalée sur plusieurs points de la Franee l, en Belgique', en Afrique15 et au Japon môme*.

Enfin les flèches à pédoncule et à ailerons sont assez nombreuses dans les dimensions les plus variées. Elles ont été retaillées avec tant de soin que certains archéologues les ont considérées comme des objets de luxe et d'un emploi peu vulgarisé. 11 y a cependant lieu de croire qu'elles étaient d'un usage assez fréquent ; car, si elles avaient été exclusivement des objets de luxe, on expliquerait difficilement leur présence sur des points si différents et si éloignés. Cette forme plus étudiée a-t-elle été adoptée seulement en vue de l'ajuster à sa monture et pour la rendre plus meurtrière? Il y a lieu de se le demander. Constitue-t-elle un progrès attribuable à l'industrie néolithique ? On peut en douter, car les époques paléolithiques en ont fourmi le spécimen plus ou moins parfait5. Ces flèches accompagnent celles dont il a été parlé précédemment, comme on peut s'en convaincre en consultant les mémoires que nous avons indiqués. M. Nilsson les a mentionnées sur des points multipliés6. M. Evans les signale comme ayant été recueillies dans de nombreuses localités de la Grande- Bretagne7.

L'exploration de la superficie du sol a donné une quantité d'autres flèches aux formes indécises, mais se rapprochant toujours du type ovalaire. Tous ces projectiles, les plus simples comme les plus artistement traités, étaient certainement confectionnés dans la vallée du Petit-Morin. On retrouve des ébauches dans divers états qui se rapprochent plus ou moins de

1. Daflet, Note sur une station de fàgc de pierre à Basseville (Nièvre). Pi. i, fig. 4 et <$. — De Maricourt. Les ateliers de l'âge de pierre dans le Vendômois , fig. 8.

2. Congrès Intern. d'anthrop. et d'archéol. préhistoriques de Bruxelles, Silex d'Hastedon. PI. 68, fig. 4. — Silex de Linciaux (Ciney). Pi. 72, fig. 4 et 5.

3. Thomas. Atelier préhistorique d'Hassi-el-Kaddem. Matériaux, 1876, p. 266.

4. Congrès Intern. d'anthrop. et d'archéol. préhistoriques de Bruxelles. Instruments en silex du Japon. PL 13, fig. 3 et 4

5. Piette. Les vestiges de la période néolithique comparés à ceux des âges antérieurs } p. 4.

6. Nilsson. Les habitants primitifs de la Scandinavie^ p. 63 et suivantes.

7. Evans. The aident stone implements of Great Britain, I.ondon, 1872, p. 341 et suivantes.

la forme parfaite. Toutes ces flèches sont en silex du pays. Les dimensions ne sont pas moins variées que les types eux-mêmes. Vraisemblablement elles étaient appropriées à une destination spéciale et choisies avec ce discernement dont les études ethnographiques nous fournissent des exemples chez des peuples peu civilisés. Les plaines, fréquentées par nos populations néolithiques, donnent des flèches aux proportions les plus réduites, et, si les comparaisons ethnographiques et leurs similaires en Italie ne venaient en attester l'usage, on serait porté à les considérer comme des objets de fantaisie.

La vulgarisation de ces renseignements destinés à se compléter par le temps contribuera à faciliter le classement de nos différentes régions au point de vue de l'archéologie néolithique. Ces types communs avec d'autres stations éloignées posent effectivement les questions d'origine, de relations, puisqu'ils affirment des traditions industrielles identiques. Nous avons traité ici des flèches que nous trouvons exclusivement sur le sol, car elles sont, par leur provenance, logiquement comparables à celles qui ont été observées dans les mêmes conditions sur d'autres points. Lorsque nous décrirons le mobilier des grottes nous aurons d'autres formes à faire connaître.

Les contrées fréquentées par les populations de la pierre polie ont donné plusieurs pointes de lances d'un remarquable travail. Rien ne démontre d'une manière absolue que ces magnifiques pointes fussent réellement des lances. Ce sont, du reste, de superbes pièces de grande dimension, généralement enlevées sur un nucléus et retaillées seulement sur un côté ; elles affectent une forme demi-cylindrique. Elles sont pointues à une seule extrémité. Dans certains cas l'extrémité opposée à la pointe est soigneusement arrondie et semble avoir été préparée pour être tenue à la main. La plus longue que nous eussions trouvée mesure .213 millimètres. D'autres sont moins grandes, mais aussi très-artistement retaillées. Une de ces pointes, provenant de Toulon, commune fort rapprochée de la station de Coizard, est en silex du Grand-Pressigny. Une autre de la même provenance, en silex du pays, offre une particula-

rite digne d'attention. La ligne médiane est soigneusement polie sur la moitié environ de la pointe. La partie opposée, légèrement plus étroite, paraît avoir été disposée pour recevoir le manche. MM. Lartet et Chapelin Duparc ont découvert des pièces semblables dans la grotte Duruthy. Les fragments de ces belles pièces, qui ont été trouvées dans la Marne, prouvent que ces pointes étaient employées assez fréquemment. Il est important de bien remarquer que ces pointes, d'une dimension

tf£&t

J.iLîjjyr-.olel.

et d'un travail qui sortent des conditions ordinaires, ne ressemblent nullement aux belles pointes de la Scandinavie qui sont retaillées sur les deux faces. Elles ont un caractère propre et constituent une des œuvres les plus dignes d'attention de la pierre polie dans nos contrées.

Les ciseaux (fig. 13), qui ne sont à proprement parler que des haches triangulaires non polies, ont été souvent recueillis parmi les silex ouvrés dont nous avons déjà parlé. Leur nombre indique un instrument qui occupait une place sérieuse dans l'outillage des temps néolithiques. 11 y a tout lieu de penser que le ciseau était emmanché. On ne voit pas effecti-

vement comment le biseau tranchant aurait pu être utilisé sans un manche 5 n'y eût-il que la disposition particulière à la partie opposée au tranchant, qu'on serait autorisé à considérer l'instrument comme devant être pourvu d'un manche. La forme de ces ciseaux présente une grande analogie avec les haches triangulaires des Kjokkenmoddings. La remarque en a été faite plusieurs fois.

Les percuteurs font nécessairement partie de l'outillage. Le plus grand nombre a été grossièrement retaillé pour les rendre maniables. Ils sont généralement déforme sphéroïdale. Les marques de percussion attestent un usage prolongé. Les dimensions en sont très-variables, c'est là le résultat de la variété des emplois auxquels ils étaient affectés.

Une catégorie d'instruments assez répandus, les broyeurs, se rapproche beaucoup des percuteurs. Nous en faisons simplement la mention, car ils révèlent très-peu d'art. La matière n'est pas la même, ils sont généralement en grès.

Une série d'instruments mérite d'être mentionnée, ce sont les pilons. Sans aucun doute ils ont été intentionnellement taillés. Ils portent même les preuves d'un usage incontestable. Ils étaient d'une grande utilité et probablement, à ce titre, ils étaient moins soignés que beaucoup d'autres objets d'un emploi moins fréquent. Mais s'ils intéressent peu l'archéologue ait point de vue du travail, ils ont un intérêt réel comme indiquant les mœurs et les habitudes de l'homme de la pierre polie.

Est-il nécessaire de constater que les lames vulgairement appelées couteaux abondent dans les endroits qui environnent les stations? On en trouve des fragments qui indiquent des instruments d'une grande puissance et susceptibles d'un trèsbon service. Le couteau est dans la vallée du Petit-Morin, comme dans les autres contrées. Sa notion si répandue nous dispense de nous étendre plus longuement.

Il a été aussi recueilli à la surface du sol des objets en schiste. Ils représentent généralement une section plus ou moins importante d'un cercle. Ces objets sont percés à leurs extrémités d'un trou destiné à les suspendre. Il arrivait que les

extrémités étant brisées , on pratiquait les trous sur un autre point, ce qui semble indiquer qu'on attachait une certaine importance à leur conservation. Plusieurs archéologues considèrent ces pièces comme des pendeloques; peut-être avaientelles une destination plus utile. Nous aurons l'occasion d'en parler.

«J ài~¥>s>ye. ciel

Fig. i+.

Le temps viendra où une foule de silex ouvrés qui gisent à la surface du sol, étant mieux connus, seront classés, décrits et nommés. Il importe aujourd'hui de les recueillir et de les conserver.

11 nous reste à mentionner les témoins les plus irrécusables qui déposent en faveur de notre fabrication indigène. Ce sont les nucléus et les polissoirs. Les nucléus (fig. 14) sont abondants dans la vallée du Petit-Morin. La plupart sont de petite dimension. Les champs ayant été épierrés pour faciliter la

culture, des voies de communication ayant été créées dans la contrée, toutes ces pierres, d'un volume considérable, ont été ramassées et utilisées. Cependant il en reste assez pour affirmer le travail local.

Plusieurs grands polissoirs de la contrée ont échappé à la destruction. On en voit encore un sur le territoire de Villevenard. Bien qu'il soit de grande dimension, il ne présente qu'une seule cuvette. La roche est d'une dureté remarquable, c'est un énorme grès faisant saillie à la surface du sol. C'est probablement à cette disposition qu'il doit d'avoir été employé pour polir. Son existence est menacée, car les propriétaires, pour rendre plus facile la culture de leurs champs, enfouissent les blocs qui les gênent dans de profondes excavations qu'ils pratiquent à proximité des roches mêmes.

Le polissoir de Saint-Gond, placé dans le marais, présente une large cuvette et une encoche. Les fouilles pratiquées sous ce polissoir m'ont donné plusieurs fragments de silex et des ossements d'animaux qui avaient été brisés longitudinalement. La présence de ces vases aux formes primitives, des silex ouvrés et.des os brisés, démontre que le polissoir était un lieu de rendez-vous.

Le plus beau polissoir, situé dans le voisinage de l'atelier de la Vieille-Andecy et de plusieurs groupes de grottes sur le territoire de Villevenard, a pu être transporté et sa conservation est désormais assurée. C'est une roche qui mesure im,yo de longueur. Sa largeur, dans la partie qui a été utilisée, est de 50 centimètres. Cinq grandes encoches profondes attestent un emploi prolongé. A une petite distance de ces sillons énergiquement creusés, on voit une autre petite encoche peu profonde. Trois cuvettes àvoisinent les encoches. L'une d'elles a 50 centimètres de longueur. La densité de la roche est exceptionnelle. La profondeur des encoches et des cuvettes autorise à croire que les populations néolithiques sont venues pendant un temps considérable y préparer leurs instruments. Un témoin oculaire a affirmé que dans sa jeunesse il avait remarqué plusieurs fragments de haches et des haches entières auprès de ce polissoir. A 1 mètre de distance de ce polissoir,

i26 LA PIERRE POLIE

se trouvait un autre bloc de grès portant aussi une cuvette bien caractérisée qui mesure 60 centimètres. Vraisemblablement, lorsque l'ouvrier qui devait nécessairement se placer entre les deux polissoirs avait opéré, pour varier ses mouvements et pour éviter la fatigue, il se retournait en sens opposé et continuait son travail.

Un autre polissoir, dont les proportions sont plus modestes, a été trouvé dans les bois de Toulon. Il a im,io de longsur 60 centimètres de largeur. Deux hommes pouvaient facilement le mouvoir et le retourner. Il doit à cette particularité d'avoir été utilisé sur ses deux faces. Il est formé d'un bloc de grès friable. D'un côté, presque toute la surface est occupée par une cuvette. L'autre face présente deux longues encoches s'étendant longitudinalement. Une troisième se dirige dans le sens transversal. Cette dernière sépare deux cuvettes assez profondes. Cinq haches ont été trouvées dans le voisinage de ce polissoir.

Les mêmes régions ont donné plusieurs autres petits polissoirs portatifs sur lesquels on voit les indices d'un sérieux emploi.

Nous ne pouvons omettre de signaler comme ayant été trouvées dans les mêmes localités des haches-marteaux en aphanite. Cette roche est étrangère au pays. Ces instruments sont percés d'un trou destiné à recevoir un manche. La perforation a été pratiquée avec une grande régularité et ressemble à celle des instruments de la Scandinavie et des habitations lacustres delà Suisse. L'existence de ces marteauxhaches en France a été signalée au Congrès de Budapest pour répondre à une demande de M. Worsaœ1. Il n'est pas démontré que ces instruments appartiennent à l'époque de la pierre. Ils n'ont, du reste, jamais été trouvés dans des conditions qui permettent de les dater d'une manière sûre. Leur mode d'emmanchement est beaucoup plus simplifié que celui des haches provenant des grottes artificielles et de celui que l'artiste de l'âge de la pierre polie a lui-même représenté.

1. Joseph de Baye. Congrès Intern. d'anthrop. et d'archéol. préhistoriques de Budapest. Bulletin monumental, 1876.

Les marteaux -haches dont il a été fait mention précédemment proviennent des territoires de Bannay et de Baye qui sont limitrophes. Dans les environs de Sézanne, un exemplaire de ces mêmes instruments a été aussi découvert. J'ai pu en faire l'examen attentif et le comparer avec les précédents de manière aie rattacher avec certitude à la même provenance que les deux objets similaires. Cependant il est orné d'une nervure qui ne se rencontre pas dans les premiers marteauxhaches.

Un instrument bien différent provenant d'Oyes, situé à quelques kilomètres seulement des localités qui ont donné les marteaux-haches, paraît appartenir à la même industrie. La perforation centrale destinée à recevoir le manche a été pratiquée par le procédé mis en usage pour percer les marteaux dont l'existence a été signalée. De sorte que si les instruments diffèrent essentiellement parla forme, les procédés industriels employés pour les confectionner les rapprochent singulièrement. Le dernier représente un ovale allongé susceptible d'être affecté au même usage dans ses deux extrémités. C'est en quelque sorte une bipenne.

Les carrières exploitées dans les bois de Toulon, près Coizard, ont donné une pièce en aphanite traitée avec un soin remarquable. Il est à regretter que l'instrument ait été brisé. Cependant les fragments qui se réunissent permettent de bien apprécier la perfection du travail. Le type de l'instrument se retrouve fréquemment dans les collections delà Scandinavie.

Ces quelques objets faisaient très-probablement partie d'un ensemble d'outillage provenant d'une même origine. Ils ont été recueillis dans des localités fréquentées à l'époque de la pierre polie. Toutefois leur présence parmi des objets bien datés n'autorise point à les placer au même rang que les instruments avec lesquels ils étaient mêlés. Les silex ouvrés qu'ils accompagnaient sont certainement plus anciens. Il est donc difficile de classer ces produits d'une manière sûre. Ils présentent de si notables différences avec les instruments qui caractérisent l'industrie néolithique du pays, qu'il est impossible de leur assigner une commune origine. Nous pensons

ne pas trop nous écarter de la réserve commandée, en les considérant comme étrangers à notre fabrication locale. Nous avons affaire à un outillage importé qui pourrait bien être contemporain de l'âge du bronze. Les pièces recueillies jusqu'à ce jour sont, du reste, assez peu communes pour que Ton puisse les tenir comme des exceptions et les rares témoins d'un art peu répandu. Il importe néanmoins de noter que depuis le moment où une constante attention s'applique à rechercher et à recueillir les objets appartenant aux époques préhistoriques, des types inconnus jusqu'alors, apparaissent très-fréquemment et viennent ainsi témoigner en faveur des relations qui existaient entre les diverses tribus néolithiques.

GROTTES ARTIFICIELLES

qjj^

GROTTES ARTIFICIELLES

es centres considérables de fabrication, des instruments en silex abondants à la surface du sol, l'existence de ces grands et nombreux polissoirs fréquentés et employés par des générations successives, attestaient non-seu- SJ lement le passage temporaire, mais la permanence des tribus néolithiques dans la contrée. Il y avait donc lieu de s'appliquer à la recherche de traces plus expressives, car il devait exister des monuments plus affirmatifs encore, du séjour des peuplades qui avaient laissé tant d'autres témoins de leur présence. Il fallait, pour suivre les leçons de l'expérience acquise, interroger le sol, le contraindre pour ainsi dire à se révéler en lui demandant la connaissance des foyers, des sépultures, des demeures qu'il recelait dans son sein.

Les recherches commencées en 1872 et suivies avec persévérance eurent pour résultat de livrer les secrets des contrées voisines des ateliers naguère explorés. Bientôt plusieurs foyers

I3a GROTTES ARTIFICIELLES

des cavernes sépulcrales, des grottes-habitations s'ouvrirent à la lumière. De longs siècles s'étaient écoulés, les laissant dans l'oubli; elles étaient complètement ignorées. Les traditions locales étaient silencieuses, rien ne pouvait faire soupçonner leur existence.

Dans l'intérêt des études archéologiques, il nous paraît important de faire ressortir l'absence de tout indice révélateur. L'état du sol à sa surface ne fournissait aucun renseignement relativement à l'existence des grottes artificielles. La couche de terrain qui les recouvrait était d'une régularité parfaite. Les pentes des collines où ces antiques retraites avaient été pratiquées se développaient naturellement sans laisser apercevoir le moindre pli. La teinte même du sol était absolument identique avec celle des parties voisines qui n'avaient jamais été ni creusées ni remaniées. Les indications provenant de rétat des plantes cultivées sur les orifices des grottes n'ont été utilisées qu'au moment où l'expérience, un examen réitéré plus approfondi résultant de la pratique, les eurent fait remarquer et prendre pour guides.

Les grottes de la vallée du Petit-Morin sont réunies par groupes qui constituent des stations plus ou moins importantes. Toutes les stations qui ont été successivement découvertes, à l'exception d'une seule, sont situées dans des contrées très-bien cultivées, de sorte que c'était toujours au milieu des cultures qu'il fallait aller rechercher ces grottes absolument dérobées aux regards de l'explorateur.

Le premier groupe de cavernes connu sur les bords de la vallée du Petit-Morin est situé à l'extrémité du territoire de Vilîevenard. Cette contrée est désignée sous le nom de la pierre Michelot. Elle est peu distante du village de Courjeonnet, et le plateau où se trouve l'atelier de la Vieille -Andecy la domine au nord. La station néolithique de la pierre Michelot est située sur un petit monticule de peu d'étendue qui offre une pente légèrement inclinée au midi, vers le marais de Saint- Gond. Ces marais, qui jouissent d'une certaine célébrité historique, sont traversés par le Petit-Morin. Cette contrée marécageuse a été plusieurs fois l'objet de tentatives de desséche-

ment depuis le règne de Louis XIV. C'est surtout en 1840 que des travaux considérables ont apporté de puissantes modifications à l'aspect de la vallée et diminué d'une manière fort appréciable l'étendue de l'espace baigné par les eaux. Cependant on rencontre encore dans les -parages du marais des personnes âgées qui se souviennent parfaitement d'avoir vu les eaux monter jusqu'au pied des collines où sont situés, en différentes localités, certains groupes de grottes récemment découvertes.

Le voisinage des marais qui formaient un grand lac a dû influer sur le choix de la région dans l'esprit des tribus de la pierre polie. Les habitants des grottes rencontraient avec facilité les moyens de s'alimenter par la chasse et la pêche. La vallée jouissait encore, il y a cent ans, d'une grande célébrité par son abondance de poissons et de gibier d'eau. Les bois de cerfs si nombreux que les ouvriers exhument en se livrant à l'extraction de la tourbe démontrent les ressources offertes par le grand gibier dans lé pays. Ces cervidés de grande taille, qui ont disparu complètement, fournissaient tout à la fois un excellent aliment et des matières industrielles précieusement utilisées. Les gaines des haches, beaucoup d'autres emmanchements et une quantité énorme d'objets sont en effet formés de cornes de cerf. Les ceintures composées de dents de cochon, que l'on trouve dans les grottes, autorisent à supposer que ce pachyderme, à l'état sauvage, fréquentait aussi la vallée.

Peu de temps après la découverte de ce premier groupe, la colline du Trou-lBlériot, sur le territoire de Courjeonnet, donnait onze nouvelles grottes d'un grand intérêt. En opérant des rapprochements entre les grottes de la pierre Michelot et du Trou-Tilériot , avec un souterrain béant connu dans les environs, on ne tarda pas à croire à la possibilité d'une autre station. En effet, la pente de cI^a\et, sur le territoire de Coizard, ayant été examinée avec soin, les nombreux hypogées du groupe de l^a^et furent découverts. Cette magnifique station, qui domine tous les groupes des alentours par sa position, donna successivement cinquante grottes appartenant à différentes catégories. C'était là un centre perfectionné où l'homme des tribus néolithiques avait réuni tout ce que les besoins de son

i34 GROTTES ARTIFICIELLES.

existence comportait. Les hommes de la pierre polie séjournèrent longtemps sur la pente de cRjx\et, les nombreuses galeries où le silex était tiré pour fabriquer les instruments le démontrent d'une manière évidente. Ces galeries sont peu distantes des grottes, dans le lieu appelé la Haie-Jeanneton. Il est vraisemblable que la tribu de ^I^a^et se livrait à la fabrication des instruments en silex qui étaient cédés par des échanges à d'autres populations auxquelles le silex faisait défaut. L'étendue des galeries accessibles par plusieurs puits est sans proportion avec les besoins du nombre d'habitants que l'importance de la station suppose. En outre, de semblables galeries existent aussi du côté opposé de la montagne. Enfin les éclats répandus dans les galeries accusent une ressemblance avec la manière de procéder qui a été signalée à Spiennes, qui fut, comme on le sait, un centre de fabrication. Cette station est la plus considérable ; elle fournit en abondance les moyens d'étudier sous ses différents aspects l'âge de la pierre polie. Elle offre, on peut l'affirmer, un ensemble typique qui pourra un jour servir de guide dans les études archéologiques.

Nous ne saurions trop insister sur l'importance de la station au point de vue archéologique. Le nombre et la variété des instruments procurent des types sûrs pour la comparaison de l'étude. M. Evans constate ainsi la nécessité des gisements bien caractérisés : « A quelques exceptions près, dit-il, il est donc presque impossible de dire avec une certitude absolue si un objet antique en pierre remonte oui ou non à l'âge de la pierre. Cela dépend beaucoup des circonstances de la trouvaille et, dans quelques cas, la forme de l'objet peut servir de guide K » Les grottes étant bien intactes, pures de tout remaniement, revêtues enfin de ces circonstances qui donnent la certitude, sont tout à fait propres à dater les objets. Elles sont donc à ce titre une précieuse ressource.

Les travaux de recherches entrepris dans la suite eurent un heureux résultat qui amena la découverte de la station des

i. Les Ages de la pierre. Instruments, armes et ornements de la Grande-Bretagne. Paris, 1878, p. 13,

DE LA. PIERRE POLIE. i3)-

^onces à Villevenard. Ce groupe est situé sur la pente méridionale de la montagne du Chênaie, couronnée d'un bois de chênes au milieu desquels on voyait autrefois un dolmen dont les débris existent encore. Un très-beau polissoir de grande dimension existait aussi au nord du Chênaie, qui fut, on le voit, très-fréquenté à l'époque de la pierre polie. La station des cI{onces offre des particularités dignes d'attention ; l'industrie y est très-développée ; une des grottes qui la composent renfermait un outillage en os d'un travail remarquable et des pièces uniques jusqu'à ce moment.

Dans le voisinage de cette station, à deux cents mètres environ, se trouve le groupe de la Vigne- Basse, qui paraît être le plus rapproché de la civilisation qui succéda à la pierre polie. Cette station est située aussi à la naissance du Chênaie en inclinant vers l'ouest.

A l'est de ces deux stations, à cinq cents mètres environ, une colline d'une altitude inférieure, exposée vers l'ouest, donna aussi quelques grottes. Il y a lieu de croire que cette station ne fut point longtemps habitée, car les cavernes y sont peu nombreuses. Leur petit nombre s'explique du reste facilement par la nature du banc crétacé, qui est peu solide et infiltré d'un limon rougeâtre qui ôte beaucoup de solidité à la couche de craie. Le point n'était pas favorable à la construction des grottes.

Ces divers groupes ayant été examinés, des explorations subséquentes ne tardèrent pas à mettre sur la voie d'un nouveau groupe appartenant au territoire de Courjeonnet. Sur une colline située au nord du village, dans la partie du territoire désignée aussi sous le nom de la Vigne-basse, une intéressante station fut reconnue également. Toutes les grottes de cette station étaient effondrées, la partie supérieure s'était affaissée, ensevelissant tout ce qui avait été déposé dans les grottes. Il est évident que ce groupe avait dû être créé à une époque plus rapprochée que ceux de la pierre Michelot et du Trou-cBlériot7 situés à une petite distance de la Vigne-basse. Après un long séjour des tribus primitives, l'accroissement de la population imposa, sans aucun doute, la nécessité de creuser de nouvelles cavernes.

136 GROTTES ARTIFICIELLES

Le cercle de la contrée préhistorique connue s'étendit d'une manière notable 5 dans la suite, on découvrit un groupe remarquable dans le bois de Vert-la-Gravelle. L'exposition des grottes dans cette localité constitue une exception. Elles sont les seules dont les ouvertures soient pratiquées dans la direction de l'est. Il est probable que les collines les mieux exposées étant déjà occupées, la solidité du banc de craie des bois de Vert-la-Gravelle attira l'attention et qu'il fut adopté. Les grottes y sont saines et solides. Elles sont certainement les plus récentes de toutes celles situées sur la rive droite du Petit-Morin. Il importe de le remarquer, tous les groupes dont il a été fait mention précédemment sont situés sur la rive droite des marais de Saint-Gond.

Le territoire d'Oyes (canton de Sézanne), jonché sur plusieurs points de traces sérieuses de l'âge de la pierre polie, se présentait comme un champ digne d'être exploré. Deux groupes bien distincts, d'une importance réelle, ne tardèrent pas à être trouvés. Jusqu'alors aucune grotte n'avait été découverte de ce côté de la vallée. Les situations étaient cependant trop convenables pour permettre la supposition qu'elles avaient pu échapper à l'attention des peuplades primitives fixées dans la région. Les collines qui dominent le marais de Saint-Gond au midi étaient couvertes, du reste, des témoignages nombreux du séjour des populations delà pierre polie. On reconnaît aussi de ce côté plusieurs centres de fabrication sur les plateaux qui s'étendent aussi au midi. Un outillage varié, recueilli sur la surface du sol, atteste la durée et l'importance du séjour des populations néolithiques.

Plus tard une autre station fut encore découverte du côté opposé de la vallée, en face des stations d'Oyes, sur le territoire de Villevenard, au lieu dit la Cratère. Cette station n'avait plus toutes ses grottes, car l'exploitation de la craie pour l'utilité communale en avait fait disparaître plusieurs.

La station dont nous parlons, très-rapprochéë du marais, est la plus \ oisine de la vallée. Il est à croire que c'est à l'élévation de la colline que l'on doit le choix de cette situation particulière. Jamais les eaux du marais ne pouvaient s'élever

DE LA PIERRE POLIE. i37

assez haut pour gêner les habitants des grottes. Enfin une station fut encore retrouvée à l'extrémité ouest du village d'Oyes.

Ces stations si nombreuses, situées sur les deux rives du marais, appartiennent certainement à l'époque de la pierre polie. Néanmoins elles se présentent sous des aspects nuancés. Elles se distinguent par certaines particularités dans le travail des grottes elles-mêmes. Elles contiennent des objets propres à chacune d'elles. Les groupes de Coizard et de Courjeonnet sont ceux qui apparaissent comme les plus purs et les plus exempts de l'influence de la civilisation qui suit l'âge de la pierre polie.

Page 1