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Congrès de Stockholm. T. I, p

GROTTES ARTIFICIELLES

LES TRANCHEES.

Les grottes sont toutes précédées d'une tranchée qui pro-

Fig. 1$.

cure un accès facile et commode. 11 était indispensable, pour

assurer la solidité de la partie supérieure de la grotte, de lui laisser une épaisseur bien calculée. Cette disposition nécessitait

la tranchée. Les tranchées sont plus ou moins creusées selon la profondeuret la situation de la grotte. Il est aisé, en effet, de se bien convaincre qu'une grotte située à la partie inférieure delà colline doit avoir une tranchée beaucoup plus profonde que celle d'une caverne située au sommet. Le premier travail pour commencer l'excavation était celui de la tranchée. Elle était d'un grand secours pour déblayer les matériaux provenant de la grotte. Ensuite, lorsque la caverne était terminée, elle facilitait la fréquentation et donnait un accès favorable à l'air et à la lumière. La vue de l'intérieur d'une grotte de Courjeonnet, station du Trou-Blériot , exprime parfaitement cette situation (flg. 15). Dans certains cas, la profondeur de la tranchée était très-considérable. On peut le voir dans une grotte de la station du Trou-Blériot, où elle descend à plusieurs mètres au-dessous du niveau du sol. Le même fait se rencontre dans les grottes à sculptures de 'ïfa^qui sont situées'aussi à la partie inférieure de la colline. On peut conclure de l'importance de ces travaux que les grottes pour lesquelles ils ont été exécutés jouaient un rôle considérable et une destination exceptionnelle.

Les parois de la tranchée étaient généralement taillées avec soin et leur surface affecte une régularité remarquable. L'examen le moins attentif ne manque pas de reconnaître que les tranchées conduisant aux grottes les plus vastes ont subi des dégradations qui attestent des fréquentations réitérées. Les altérations provenant des influences atmosphériques ne sont pas moins évidentes dans certaines circonstances particulières. Le travail de la tranchée a été exécuté avec beaucoup plus de soin dans les grottes-habitations que dans les grottes sépulcrales. Les habitations étaient fréquentées plusieurs fois dans le courant de la journée. Il importait donc que l'entrée fût disposée de manière à permettre de pénétrer sans difficulté.

La grotte sépulcrale, au contraire, n'était fréquentée qu'à de rares intervalles; quelquefois même pour une sépulture unique, comme on a pu le remarquer dans certains cas.

Des inhumations ont été faites aussi plusieurs fois dans les tranchées. Si l'on en iuge parles objets funéraires, il n'ya point

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à hésiter : ces sépultures sont contemporaines des sépultures pratiquées dans l'intérieur. Peut-être qu'un sentiment de respect empêchait de pénétrer dans les grottes où déjà des corps avaient'été précédemment déposés. Ne pourrait-on pas attribuer les sépultures de la tranchée à la nécessité de procéder avec promptitude? Ou bien déposait-on le corps des personnes d'un rang- inférieur dans la tranchée? Les faits peuvent fort bien s'être répétés sans cependant constituer un usage raisonné et admis dans les mœurs de l'époque,

Les tranchées ont été souvent remplies d'une matière calcaire qui par le temps s'est durcie, elle est maintenant fort compacte et offre une très-grande résistance. La couche formée de cette matière s'opposait aux infiltrations de l'eau et ne permettait pas le moindrement de soupçonner l'existence d'une excavation ou d'un sol remué. 11 est très-probable que cette matière est de la chaux. Tout le monde sait en effet que la chaux, lors même qu'elle n'a pas été éteinte et qu'elle a seulement fusé en absorbant l'humidité atmosphérique, a une tendance irrésistible à descendre à travers les couches du sol pour former dans les parties inférieures une couche solide qui prend une consistance toujours croissante avec le temps. Les populations néolithiques qui entretenaient de nombreux foyers dans le voisinage de leurs cavernes ont dû constater les effets du feu sur la craie et connaître ainsi le rôle de la chaux. Il n'est pas nécessaire de supposer de grandes connaissances pour expliquer chez l'homme de la pierre polie la notion de l'emploi de cette substance.

A peu de distance de l'entrée de la grotte, la tranchée contenait assez souvent une pierre de grande dimension qui était destinée à obstruer la grotte lorsqu'elle était habitée. Mais, à l'entrée proprement dite, des pierres plates disposées avec soin fermaient l'ouverture même de la grotte (fig. 16).

Le travail nécessaire pour creuser la grotte, quoique sérieux, n'obligeait pas à recourir à un outillage compliqué. La craie se laissant facilement entamer, dès que la brèche était commencée, il devenait facile de l'augmenter et d'obtenir l'excavation projetée. Du reste, l'outillage connu qui servait aux tribus

Fig. 16.

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de la pierre polie, l'organisation des grottes, indiquent des hommes d'une intelligence développée, capable de donner une direction utile à leur travail.

Les empreintes si bien conservées qui subsistent toujours sur les parois des cavernes témoignent de l'habitude de travailler avec méthode et de régulariser avec art les surfaces des habitations. Ces sortes de demeures au premier aspect peuvent sembler insuffisantes et fort désagréables. Il n'en est rien cependant, car les grottes ainsi pratiquées dans la craie sont saines dans toutes les saisons. 11 ne faut pas juger de leur salubrité par une simple et rapide visite. Lorsqu'on y pénètre une seule fois, quelques minutes seulement après l'ouverture de la grotte, l'impression est peu favorable. L'air alors manque de pureté . la lumière, interceptée par les terres qui remplissent encore la tranchée, arrive parcimonieusement et l'atmosphère reste humide et malsaine. Il est hors de doute que de meilleures conditions de salubrité se trouvaient réunies lorsque les cavernes étaient constamment habitées- Le mouvement résultant d'une fréquentation quotidienne établissait des courants. Les grottes fournissaient donc en hiver des retraites sûres, solides, où régnait une température douce et invariable. Pendant l'été, au contraire, lorsque le soleil brûlait les blanches collines de la vallée en y répandantles flots d'une éblouissante lumière, on pouvait jouir dans l'intérieur des habitations d'une fraîcheur agréable sans danger et ne recevoir que des rayons atténues par leur parcours à travers les entrées.

algré leurs traits nombreux de ressemblance, les grottes présentent une grande variété. Les unes sont simples, d'autres composées de deux parties. Dans le premier cas, l'entrée donnant accès dans la grotte suit immédiatement la tranchée. Lorsqu'au contraire la grotte est précédée d'une sorte de vestibule, il faut franchir deux entrées pour pénétrer dans la grotte proprement dite. La première partie, beaucoup plus petite, permet néanmoins d'y stationner.

Les entrées forment généralement un carré long plus haut que large (fig. 17). Toutes les surfaces formant le cadre sont taillées régulièrement. Les ouvertures sont pratiquées de manière à conserver le plus de solidité possible au banc de craie. Dans les grottes qui ont été fréquentées, les entrées ont subi une sorte de polissage dû au frottement opéré par le passage des habitants qui entraient ou sortaient. Les entrées revêtent le même caractère lorsque la grotte est simple. L'aire de la première partie est toujours inférieure au niveau de la tranchée, et la grotte proprement dite est elle-même en contre-bas de celle qui la précède.

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Les vestibules sont peu proportionnés à la grandeur de la grotte; sauf de rares exceptions, ils sont étroits, moins larges que la grotte, formant seulement, à droite et à gauche de la porte, un espace équivalent de chaque coté à la largeur de l'entrée. La seconde ouverture dans les grottes pourvues de vestibule était toujours plus soigneusement fermée et mieux régularisée que la première entrée extérieure. Il est impossible, en examinant les ouvertures qui donnent accès dans les grottes, de ne pas voir que les dispositions étaient prises pour prévenir une invasion subite. Il faut, en effet, se courber et pour ainsi dire ramper pour pénétrer; la situation d'un agresseur était ainsi peu favorable, et il devenait facile de lui résister de l'intérieur. Un massif de craie était habilement ménag'é et conservé de chaque côté de l'entrée afin de donner à la paroi antérieure la force de résistance nécessaire en cas d'attaque. Plusieurs entrées sont ornées d'une feuillure pratiquée sur les bords extérieurs. Il est probable que ce travail était exécuté afin d'obtenir une clôture plus parfaite en facilitant l'application de la porte. Il y a lieu de croire queUe bois était employé comme fermeture, surtout pour la seconde entrée, car nous avons trouvé des restes de bois dans l'intérieur de la grotte, sur des points rapprochés de l'entrée. L'utilité de la feuillure s'explique facilement avec l'emploi du bois, son rôle devient difficile à concevoir avec l'usage d'une pierre brute. Du reste, pendant la période où les grottes étaient habitées, une pièce de bois, que l'on pouvait préparer sans difficulté, s'ajustait beaucoup mieux et se maniait sans obstacle. Plusieurs entrées sont pourvues à gauche et à droite de deux perforations correspondantes pratiquées dans la craie. Elles étaient destinées, selon toutes les apparences, à recevoir une barre transversale pour maintenir la fermeture. Il est important de bien constater que les entrées des grottes-habitations ne laissent plus apercevoir les traces des coups de hache. Ces empreintes subsistent, au contraire, dans les grottes sépulcrales qui ont été beaucoup moins fréquentées.

En franchissant l'entrée intérieure, ainsi que nous l'avons fait déjà pressentir, on ne marche pas de plain-pied dans la

grotte ; il faut descendre, car souvent Taire intérieure de la grotte est à <fO centimètres plus bas que l'entrée. Dans quelques rares circonstances, des degrés avaient été pratiqués pour rendre l'accès facile. Le sol des grottes était dans le principe régulièrement disposé; toutefois, par suite d'une fréquentation longuement prolongée, des excavations se sont produites, et ces dégradations, opérées par le temps, ont rendu le plan inférieur très-inégal. Il n'est plus possible de reconnaître les traces du premier travail dans les grottes qui ont été longtemps fréquentées. Dans les angles, cependant, le niveau primitif se retrouve avec quelques empreintes.

Les parois ont le plus souvent conservé leur aspect primitif. La paroi antérieure coupée par la porte ne se développe point d'une manière uniforme, comme celle du fond et des côtés. Le massif dont nous avons déjà parlé, destiné à consolider l'ouverture formant une saillie considérable, divise la paroi antérieure en deux parties qui s'avancent dans la masse calcaire de chaque côté de l'entrée. Les parois latérales s'étendent parallèlement d'une manière régulière. Elles n'ont subi aucune dégradation importante par la fréquentation. Dans plusieurs cavernes il ne serait pas difficile de compter les coups de hache. Les brèches qui se trouvaient au tranchant de l'instrument sont parfaitement visibles, les traces qu'elles ont imprimées dans la craie se reconnaissent sur des points nombreux. L'œil exercé distingue au premier regard que l'instrument mis en usage pour tailler les parois n'est pas un outil ordinaire, mais la hache en silex.

Lorsque la nature du banc de craie s'y prêtait par son homogénéité, les parois prenaient une grande régularité et ressemblent dans ce cas à un pan de mur habilement dressé avec une surface sans inégalités. La présence des filons de silex rendait fréquemment le travail plus difficile. Dans ce cas, le silex était brisé avec un percuteur. Lorsqu'il y avait de simples rognons, l'ouvrier se bornait àdétacher la masse calcaire adhérente et les laissait en leur site naturel où ils formaient une saillie. La paroi du fond présente aussi les mêmes caractères. Du reste, dans les grottes respectées par le temps, rien

n'est disparate. L'aspect général de la grotte est identique sur tous les points, le travail révèle l'œuvre d'une main unique ; la teinte est uniforme, à l'exception des parties situées à gauche et à droite de l'entrée qui sont moins accessibles à la lumière et à l'influence des agents atmosphériques.

La partie supérieure qui sert de voûte ressemble beaucoup à un plafond, la surface est plane, quelquefois cependant il y a une autre sorte de retombée de voûte qui a été ménagée, mais elle est peu prononcée. Il est à remarquer que la voûte a été disposée sans le moindre souci de donner la solidité nécessaire. En effet, les couches naturelles de la craie sont conservées avec leurs points de jonction complètement dénudés, de sorte que certaines sections des lits de craie sont comme suspendues et seulement retenues par les pressions latérales. C'est évidemment à cette disposition qu'il faut attribuer les nombreux éboulements qui eurent lieu dans la suite. Les grottes sont généralement disposées sur un plan régulier, elles n'offrent que des surfaces unies sans ornements. Le travail seul en fait tout l'intérêt. Néanmoins elles forment un ensemble qui se nuance et sont loin de produire partout la même impression. Il en est qui sont divisées par une cloison formée dans la craie vive. Il fallait de grands soins pour conserver ainsi une mince séparation taillée sur place dans un calcaire peu solide. Quelques-uns de ces travaux subsistent encore intégralement, d'autres se reconnaissent par des restes importants. Plusieurs grottes sont munies d'un trou d'aération. L'un de ces trous débouche dans la paroi du fond comme à Coizard; dans un autre cas, il est pratiqué dans la première partie de la grotte comme à Courjeonnet, station de la pierre Michelot. D'autres grottes portent sur leur paroi latérale une forte saillie taillée dans la craie de manière à former une sorte de crochet de suspension. L'une des dernières grottes explorées à Coizard offre une saillie ménagée dans la craie vive formant un récipient en forme de cuvette. Des étagères ont été établies pour y déposer divers objets d'un usage ordinaire. En effet, dans de nombreuses circonstances, on y a retrouvé des poinçons, des couteaux et d'autres menus objets. Enfin on

compte un certain nombre de grottes qui étaient ornées de sculptures. Nous indiquons rapidement ces particularités ; nous traiterons plus longuement de ces premiers essais de l'art, dignes de plus amples détails, à cause de leur intérêt exceptionnel.

Les grottes dont nous venons de parler sont d'une plus grande dimension que les autres. Elles ont été creusées avec un soin spécial. Les dispositions en sont relativement assez commodes, et les caractères distinctifs que nous avons énumérés attestent qu'elles avaient une destination plus élevée. Elles étaient destinées à servir d'habitations. Leur usage est démontré par les traces qui témoignent d'une fréquentation réitérée. Comme nous Favons déjà dit, les entrées sont polies, sillonnées par le frottement opéré en entrant et en sortant. La partie inférieure de l'entrée est usée, irrégulière, et rappelle parfaitement les dalles des édifices très-fréquentés. Les degrés pratiqués à l'intérieur pour faciliter l'accès de la grotte sont euxmêmes fortement dégradés et souvent presque détruits par la fréquentation continue. Les marques des pieds sont encore visibles sur la paroi inférieure à l'entrée. En outre, la surface du sol est partout dans un état qui affirme que des pas nombreux ont laissé leurs empreintes. Ces constatations sont faciles à faire, car les effets produits par des allées et venues multipliées sont encore identiques aujourd'hui, et ce que nous voyons s'accomplir de nos jours nous apprend ce qui s'est opéré autrefois. La comparaison avec les autres grottes destinées aux sépultures met en relief la destination de cette première catégorie de «grottes» dont nous venons d'esquisser les traits principaux.

Les grottes sépulcrales, en effet, présentent un aspect bien différent, d'une dimension beaucoup plus réduite; elles ne sont, à proprement parler, que des ébauches de grottes destinées à recevoir les morts. Il en est cependant qui sont dans leur genre parfaitement terminées, et ce sont, à notre avis, les sépultures qui servaient dans les conditions ordinaires. Mais d'autres cavernes qui ont été préparées dans les circonstances imprévues laissent apercevoir un frappant caractère de préci-

pitation. Les corps ont tous été placés simultanément dans ces grottesl? Ils sont comme empilés; il y a lieu de remarquer une certaine habileté dans les dispositions prises afin d'économiser l'espace. Un examen attentif des squelettes démontre surabondamment qu'il aurait été impossible de ranger les corps dans la position qu'ils occupent s'il avait fallu placer un corps récemment frappé par la mort sur des squelettes ou sur des cadavres en décomposition. Ce ne sont pas là des sépultures de famille où les âges et les sexes se confondent. Toujours ces sépultures renferment des sujets jeunes du sexe masculin qui ont dû succomber dans une lutte et dans un laps de temps peu considérable. Comme nous venons de le dire, non-seulement l'âge et le sexe indiquent des guerriers qui ont trouvé la mort dans les combats, mais les instruments funéraires aussi ne sont pas semblables à ceux qu'on rencontre dans les sépultures faites dans les temps ordinaires.

La différence si considérable qui existe entre ces grottes et les cavernes beaucoup plus soignées dont nous avons parlé naguère suffirait à elle seule pour établir d'une certaine manière l'existence des grottes-habitations. Pourquoi, en effet, ces différences si radicales, si toutes les grottes étaient destinées au même usage? N'est-il pas évident que si toutes les grottes avaient été purement des lieux de sépulture, elles auraient conservé un même aspect, tout en conservant néanmoins ces nuances variées qui existent entre les diverses grottes sépulcrales elles-mêmes? Des usages bien connus dans l'ethnographie expliquent avec facilité les variétés qui existent dans nos hypogées de la vallée du Petit-Morin. Un petit nombre de grottes ont pu être préparées, du reste, avec un soin plus recherché dans les loisirs de la paix, il faut le reconnaître. Les morts étaient généralement l'objet d'une délicate attention. Les soins qui leur ont été prodigués ne sauraient être mis en doute, ils s'affirment dans de nombreuses occasions.

Il reste donc bien démontré que nous sommes en possession de deux catégories de grottes nettement caractérisées. Les traits distinctifs sont fort saillants et ne permettent pas

de se méprendre. Néanmoins il y a lieu, en outre, de distinguer une troisième catégorie dont le travail, bien supérieur à celui des grottes sépulcrales, s'identifie avec celui des grottes-habitations. Toutefois cette catégorie ne présente pas des cavernes aussi étendues que les grottes-habitations et ne semblent pas avoir été destinées aux mêmes usages. Elles n'étaient probablement que des magasins destinés à recevoir et à conserver les provisions alimentaires. Cette catégorie pourrait aussi s'expliquer par des circonstances spéciales qui auraient laissé ces grottes sans emploi.

Le mélange des grottes ne saurait s'opposer à la distinction que nous venons d'établir; la proximité des grottes sépulcrales ne pouvait constituer un voisinage*dangereux pour les habitants. De plus, les études ethnographiques nous apprennent que de nombreuses peuplades attachent une grande importance à la conservation de leurs morts , qui forment pour ainsi dire leur plus précieux patrimoine. C'est souvent aussi pour déférer à ce sentiment d'affection pour les restes de leurs ancêtres, que des familles quittent volontairement leur grotte afin d'y déposer les dépouilles mortelles d'un parent regretté. Il est probable que c'est à de semblables circonstances que nous devons, dans de grandes grottes qui étaient bien certainement des habitations, la présence d'un ou deux sujets seulement.

Le classement des grottes n'est pas arbitraire. Il est basé sur des faits nombreux, sérieusement étudiés et longuement discutés. Les opinions contraires à l'existence des grottes-habitations ne sauraient être admises, car elles ont été exprimées en dehors de tout examen et sans avoir vu les hypogées. M. de Quatrefages, dont le nom est environné d'un prestige si mérité, après une visite attentive n'a pas hésité à prendre la distinction qui avait été faite sous son savant patronage. Nous citons les lignes suivantes qu'il a écrites en 1876 : « Après une étude aussi sérieuse que le permettait la brièveté de mon séjour, je reviens bien convaincu que M. de Baye a interprété avec beaucoup de justesse deux des points qui ont soulevé le plus de discussions. Je crois avec lui que les grottes doivent

être distinguées en caveaux funéraires et en grottes d'habitation plus ou moins temporaires, et je ne puis que voir de véritables pointes de flèche à tranchant transversal dans les silex qu'il a désignés ainsi. »

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lusieurs grottes sont remarquables par des sculptures dignes sous beaucoup de rapports de fixer l'attention des archéologues. Ces premiers essais de l'art constituent un fait rare et d'un très-grand intérêt. Ces antiques sculptures ne sont pas connues, ou bien l'idée qu'on s'en forme n'est pas en harmonie avec la réalité. M. le D' Broca qui les a étudiées en parlait ainsi dans sa communication sur les amulettes crâniennes au congrès de Budapest : « L'existence de semblables sculptures à l'époque néolithique était alors et est encore, je pense, un fait unique dans la science. Cette découverte importante et inattendue avait donc été accueillie, dans le congrès de Bruxelles, avec un étonnement voisin de la méfiance, et M. de Baye, avant d'en saisir la Société d'anthropologie de Paris, désirait en faire constater la réalité sur les lieux mêmes par quelques-uns d'entre nous. Je fis le voyage avec MM. de Mortillet et La-

gneau. Après avoir visité un certain nombre de grottes, nous avons reconnu la parfaite exactitude des faits.1 »

Les sculptures découvertes dans les stations de la pierre polie appartiennent à sept grottes différentes situées dans plusieurs groupes détachés et séparés par des distances considérables. Ces sculptures sont non-seulement uniques, au moment où nous écrivons, mais elles résument tout l'art à cette époque, car les temps néolithiques ne donnent point ces nombreux spécimens de l'art particulier à l'époque paléolithique et spécialement à l'époque du renne. Du reste ces sculptures néolithiques n'ont rien de commun avec les objets gravés ou sculptés à l'âge précédent. Elles n'offrent pas même la plus vague réminiscence de l'art des gisements quaternaires; elles constituent un art distinct, isolé, indépendant. Les sujets choisis ne sont plus les mêmes, ils diffèrent essentiellement, on ne voit plus de représentation des animaux. Pendant la période quaternaire la nature fournissait les sujets et tous les efforts tendaient à reproduire les traits et les poses des êtres appartenant aux diverses faunes. Telle n'est point, d'après les faits, la pensée qui dominait à l'époque de la pierre polie. Le seul être vivant emprunté pour la sculpture au règne animal est l'homme; toutefois il n'est point représenté dans son état naturel, sa forme a été idéalisée. C'est un être d'imagination. Il faut voir dans les figures non pas une représentation de l'homme, mais une expression symbolique dont ses traits fournissent les éléments principaux. La hache et quelques autres instruments ont aussi inspiré les artistes de ces temps primitifs.

La première sculpture découverte a été trouvée dans une grotte du groupe principal de Courjeonnet. Elle représente une figure fort incomplète. Le nez est l'organe le plus énergiquement accusé et sans proportion avec le reste de la figure qui est ébauchée de la façon la plus naïve. Au bas de la figure et comme pour en déterminer le contour on voit un collier qui

(i). Congrès Intern. d'anthrop. et d'archéol. préhistoriques de Budapest. J876 pag. 105.

CD

FQ

J. de Baye del

PI. Il

dessine une ligne sur laquelle sont très-imparfaitement indiqués des grains de formes irrégulières et variées; la partie médiane se compose d'un grain d'une plus grande dimension jouant en quelque sorte le rôle d'un médaillon. Sur la partie centrale du sujet une hache emmanchée a été taillée en relief. Elle s'étend jusqu'à l'extrémité inférieure de la sculpture. Le sujet est représenté dans la craie vive; toutes les autres sculptures dont nous aurons à parler ont été exécutées dans les mêmes conditions. Elle occupe dans Fanti-grotte la partie située à gauche de la seconde entrée de la grotte proprement dite. Toutes les sculptures connues de nos stations reproduisant la figure humaine ont été trouvées dans les anti-grottes.

La seconde sculpture appartient à une grotte de l'important hypogée de Razet près de Coizart. (PL II.) La station est située à plus de 3 kilomètres de celle qui renferme la première sculpture dont il vient d'être fait mention. Le bas-relief qui nous occupe en ce moment a été sculpté dans la paroi latérale gauche de Panti-grotte. Le sujet affecte ici de plus grandes dimensions et il a été exécuté avec toutes les recherches d'un soin attentif. En un mot, c'est un travail d'une plus haute importance. La tête est circonscrite par une courbe considérable dessinant la région frontale et les deux côtés de la face. Le nez, dont la proéminence est frappante, joue un rôle démesurément exagéré dans cette figure. La glabelle n'a pas été indiquée. Il prend sa naissance au centre de la ligne courbe qui donne les contours du front et des arcades sourcilières, puis descend à une petite distance du collier qui limite la figure dans sa région inférieure. De chaque côté, à la partie supérieure du nez, les yeux sont figurés par deux points noirs et fort réduits et mal proportionnés avec la grandeur de la figure. Ils ont été formés par l'introduction d'un corps noir dans deux trous pratiqués dans la craie vive.

Le collier qui orne ce sujet est en saillie sous la forme d'un trait arrondi dont le milieu est occupé par un grain de collier plus développé de forme allongée et coloré en jaune. Cette matière colorante a dû être empruntée à des dépôts de limonite qui existent en grande quantité à l'état naturel dans le

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banc de craie de l'anti-grotte. Au-dessous du collier et sans aucune proportion gardée naissent deux seins d'une proéminence marquée formant un relief dont les saillies sont trèsprononcées. Ils reposent sur une surface plane et semblent jaillir verticalement et sans la moindre gradation. Sur ce point comme pour la figure, les formes naturelles sont peu fidèlement rendues.

Cette sculpture offre des dimensions assez étendues; elle occupe presque toute la paroi latérale de l'anti-grotte. Elle a en effet 0,43 cent, de hauteur et 0,23 cent, de largeur. Audessus de la tête et sur toute l'étendue de la paroi de l'antigrotte règne une étagère large de 80 centimètres, profonde de 13, et laissant un vide de 10 centimètres entre le sommet de la tête et la voûte de l'anti-grotte. D'autres grottes renferment aussi des étagères semblables ; le groupe d'Oyes en possède une établie absolument dans les mêmes conditions.

Un examen, même superficiel, de cette sculpture porte généralement à reconnaître les traits d'un être d'imagination tenant de l'oiseau et de la femme. Ces conceptions fabuleuses sont en effet très-connues dans la mythologie. Faut-il attribuer cette altération de la figure humaine à l'incapacité de l'artiste, ou bien avait-il réellement l'intention de représenter une divinité connue et honorée sous ces traits? Les meilleures raisons existent pour admettre la seconde hypothèse.

M. le D1' Broca, dans une remarquable communication, laisse parfaitement entrevoir qu'il a éprouvé la même impression : « Ces sculptures grossières, dit-il, mais toujours les mêmes, qui représentent une divinité féminine sur les parois des anti-grottes de Baye que nous avons vues en place prouvent que le culte des temps néolithiques s1était déjà élevé jusqu'à l'anthropomorphisme1. » Il ne s'agit pas ici d'une idée fugitive exprimée en passant, car l'importance qu'il attache à l'existence de cette divinité ressort de l'usage qu'il en fait. Dans une de ses savantes argumentations, il ]a prend pour base d'un raisonnement destiné à expliquer la trépanation

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