‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 68 sur 131 · I. Bul. Soc. d'anthrop. de Paris. 1878, p. îÇÔ · texte numérisé non relu

I. Bul. Soc. d'anthrop. de Paris. 1878, p. îÇÔ

LA TREPANATION PREHISTORIQUE.

présentons donc plus isolément, et il ne s'agit plus maintenant de particularités localisées sur quelques points spéciaux. Nos premières découvertes ont porté leurs fruits.

Pendant que le docteur Prunières découvrait ces pièces crâniennes dont il a été parlé, moi-même, de mon côté, en 1872, jefaisaisdes remarques semblables dans les diverses stations de la vallée du Petit-Morin. Les fouilles pratiquées sur plusieurs points ont permis d'extraire des grottes de nombreux fragments crâniens détachés artificiellement et munis de perforation. Des crânes trépanés ont été également recueillis et conservés.

Cette découverte sur un point géographique si éloigné, dans des stations d'une nuance fort différente, venait augmenter la portée scientifique des observations de M. Prunières. Il importe néanmoins de remarquer que les documents si nombreux accumulés par M. Prunières se rattachent pour plusieurs cas d'une manière certaine à la pierre polie. La question de la trépanation se posait ainsi merveilleusement par des faits simultanés, reconnus à des distances considérables. Ces

Fig. ÎO.

constatations indépendantes se corroboraient par leur action réciproque, qui n'avait été nullement concertée.

Les fragments crânenis trouvés dans les grottes de la Marne sont multipliés et très variés. Une pièce ellipsoïde (fig. 20), trouvée ensevelie dans l'épaisse couche pulvérulente qui recouvrait les ossements des grottes, a été comparée par JV1. Broca à celle communiquée par M. Prunières au Congrès

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de Lyon. Elle offre en effet avec cette dernière des traits frappants de ressemblance. Elle revêt cependant un caractère qui la distingue, car elle est pourvue d'un trou de suspension pratiqué dans la région moyenne. Cette pièce mesure dans sa partie la plus longue 33 millimètres, et son diamètre est de 2 5 millimètres. Les bords, d'une régularité bien visible, sont taillés en biseau. M. Broca, qui a pu étudier les deux pièces, en parle ainsi : « La forme elliptique, les dimensions, la nature du travail, la disposition des bords en un biseau très régulier taillé aux dépens de la face externe, tout est identique sur les deux pièces et j'ai pu le dire à M. de Baye en toute1 assurance, car je connais parfaitement la pièce de M. Prunières, ayant eu l'occasion de l'examiner souvent dans mon laboratoire, où elle a séjourné plusieurs mois avant d'être présentée à Lyon. Il est tout à fait certain que ces deux objets ont été faits de la même manière, et dans un même but qui ressort de la comparaison. Si nous n'avions que. la rondelle percée, nous pourrions croire qu'on la portait comme un simple ornement ou peut-être comme un trophée extrait du crâne d'un ennemi vaincu; mais la rondelle sans trou qui a été déposée dans l'intérieur d'un autre crâne à travers une ouverture artificielle et posthume; prouve qu'on attachait à ces objets une idée religieuse, et que par conséquent ceux que l'on portait sur soi n'étaient pas des ornements, mais des amulettes '. » Le trou de suspension ne modifie pas toutefois d'une manière sensible le caractère de l'amulette provenant des stations néolithiques de la Champagne. La. perforation, en effet, ne la transforme pas en un objet décoratif, comme les os polis ou les coquillages brillants percés de deux trous.

Une autre pièce d'une plus grande dimension (fig. 21) affecte la forme d'un triangle dont les angles sont arrondis. Ce spécimen très caractéristique est tout à fait digne d'attention. La partie inférieure présente un développement de 43 millimètres dans sa plus grande largeur, et de la base au sommet elle mesure 51 millimètres. Ce fragment est très régulier sur tous les points de son pourtour. Le tissu osseux ne présente

1 Bul. Soc.d'anthrop. de Paris, nc série. T. IX, p. 191.

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aucune anomalie, il est sain et son aspect général atteste un état normal. Cette amulette a été l'objet d'un travail attentif, elle a été taillée et polie avec le plus grand soin. Elle ne présente aucun indice qui puisse faire supposer qu'elle était destinée à être portée.

Il faut ajouter une troisième pièce affectant la forme d'un trapèze irrégulier. Sa conformation ne se rapproche en rien de celle des deux amulettes précédemment citées. Un point de la partie convexe paraît porter une lésion. Les traces de désorganisation sont visibles, cependant la partie concave n'est nullement affectée. La table est parfaitement saine et les sillons vasculaires se décrivent parfaitement. Un examen approfondi porte à douter que le fragment ait été détaché dans un but thérapeutique. Les contours sont en effet exempts

Fig. 21.

de toute altération et on s'expliquerait difficilement pourquoi la portion détachée aurait été si grande lorsqu'on pouvait la circonscrire dans les limites de la partie qui présente une nuance insolite. Les bords sont aussi en biseau. Toutefois la forme en est moins accentuée et manque de la perfection qu'on observe dans les pièces précédentes (fig. 22). Malgré ces différences, il ne serait pas invraisemblable de la ranger dans la même catégorie et de lui attribuer le même rôle. Les échancrures que Ton voit à la partie supérieure semblent avoir été

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primitivement deux trous de suspension, qui ont facilité la chute de la portion qui les fermait au sommet. Les biseaux des bords sont fortement oblitérés dans les parties voisines des échancrures. Il y a lieu de croire que cette modification a été apportée par l'usage et qu'elle est due à des frottements réitérés, qui s'exerçaient particulièrement vers les points de

Fia. 22.

suspension, qui se sont fatigués par le temps, et enfin détachés.

Parmi les rondelles crâniennes trouvées dans les grottes de la Marne, les plus nombreuses sont percées de deux trous. Elles étaient certainement portées. Leur forme se rapproche d'une manière remarquable de celle des boutons blancs en os percés de fabrication commune (fig. 23). L'épaisseur ordinaire n'équivaut pas toujours à la dimension normale de la table crânienne. Elles ont souvent subi un dédoublement et un amincissement dû à un long usage. Le désir de posséder un plus grand nombre d'amulettes a pu suggérer l'idée de les diviser dans leur épaisseur. La manière dont la trépanation s'opérait pouvait aussi amener la séparation de la rondelle crânienne.

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Enfin la division peut aussi s'expliquer par l'usage, et s'être produite spontanément, puisque les cellules diploïques rendent la séparation des deux tables très facile, surtout lorsque le fragment est de petite dimension. Les divers états dans lesquels nous retrouvons ces rondelles circulaires percées peuvent, du reste, trouver leur explication dans les différentes

causes que nous avons indiquées. Leur action commune et simultanée est également admissible. La dimension des diverses rondelles varie, car les plus grandes présentent un diamètre de 28 millimètres et les plus petites mesurent seulement 18 millimètres.

Toutes ces rondelles perforées de dimension réduite ont été certainement portées comme amulettes, ou pour d'autres motifs. Le trou de suspension n'est pas le seul caractère révélateur de l'usage auquel elles étaient affectées. Il est visible qu'elles ont été polies par un frottement prolongé qui ne saurait être attribué qu'à un emploi constant. Nous ne considérons pas toutes les pièces de forme identique comme provenant du crâne, car il s'en trouve plusieurs tellement amincies, usées, qu'elles ont pris un aspect éburné qui ne permet plus de les déterminer sûrement. Cette série nombreuse atteste une coutume généralisée qui ne permet point d'attribuer l'existence des fragments crâniens à des causes fortuites et de les regarder comme des exceptions sans valeur.

Cette première catégorie de pièces qui ont été détachées du crâne humain ne représente pas toutes les preuves qui attestent la coutume de travailler les os crâniens. Les stations

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néolithiques de la Marne renfermaient six crânes dans un parfait état de conservation qui ont subi des pertes de substances. Le caractère intentionnel des perforations est de la plus grande évidence. Tous ces crânes n'ont pas été examinés par M. le D1 Broca, car il avait demandé que cinquante crânes préhisto-

riques de la vallée du Petit-Morin lui fussent envoyés sans choix et pris indistinctement dans notre collection. Il arriva naturellement que plusieurs de ces crânes perforés ne firent point partie de la série envoyée au laboratoire d'anthropologie. Le premier crâne portant une perforation appartient à un jeune sujet (fig. 24). La perte de substance porte sur la branche droite de la suture lambdoïde, s'étendant de chaque côté d'une manière égale. L'ouverture elliptique, taillée en biseau très aigu, mesure 44 millimètres de long et 36 millimètres

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de large. L'individu trépané appartient au type brachycéphale; l'examen de la voûte crânienne constate un état normal sur tous les points. Les cellules diploïques qui bordent la perforation sont béantes. Cette absence de toute action réparatrice démontre que le sujet n'a pas survécu ou que l'ablation a été

Fig. 25.

pratiquée après la mort. Les trépanations posthumes ne sont pas rares, les découvertes des dernières années en produisent plusieurs exemples. M. le Dr Broca a établi la distinction qui existe entre les trépanations posthumes et les trépanations chirurgicales.

Le deuxième crâne du type mésaticéphale porte sa trépanation sur la suture coronale qui la partage également

(fig. *SJ-

L'ouverture ellipsoïde mesure 3 centimètres de diamètre. Le crâne ne présente aucune particularité révélant un état

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anormal. Le sujet avait atteint son entier développement physique et touchait à la vieillesse. La vie s'est évidemment prolongée longtemps après l'opération. En parlant de cette trépanation, M. le D' Broca a dit : « Autour de l'ouverture le tissu osseux est revenu à l'état normal. En éclairant la cavité du crâne à l'aide du crâniscope, on voit que la table interne est aussi saine que l'externe. Il n'existe à ce niveau aucune déformation de la paroi crânienne; le bord du biseau n'est déjeté ni en dedans ni en dehors, et la courbure de la région n'est nullement modifiée l. »

C'est à l'occasion des trépanations de ce genre, appelées chirurgicales, que les remarques suivantes ont été faites. «Leur forme, sans être géométrique, est assez régulière. Elles ne sont jamais rondes, et se rapprochent toujours plus ou moins de la forme d'une ellipse, dont le grand axe est dirigé dans le sens de la longueur du crâne. » Et plus loin : « Leur bord régulièrement aminci, toujours assez oblique, et ordinairment très oblique, est taillé aux dépens de la face interne de l'os, en un biseau aigu, quelquefois presque tranchant, dont la surface,bien lisse, est formée par une lame de tissu compacte qui, commençant brusquement sur la table interne du crâne, se continue insensiblement avec la table externe. Cette lame, intermédiaire entre les deux tables compactes de l'os, correspond nécessairement au diploé, et cependant on n'aperçoit aucune trace des cellules du tissu spongieux; on peut en conclure avec certitude, que l'état lisse des bords de l'ouverture n'est pas la conséquence d'un travail de polissage. Le polissage n'aurait pu produire rien de semblable; la surface du biseau marginal est recouverte d'une lame compacte, qui est due à un travail de cicatrisation complètement terminée2. »

Le troisième crâne du type brachycéphale a subi une perte de substance à 26 millimètres en arrière de la suture coronale. L'état de l'individu indique un âge avancé; les sutures sont ossifiées complètement, la perte de substance est le ré-

î. Eroca. Comptes rendus du Congrès de Budapest, p. i 18. 2. Loco citato, p. 116 et suivantes.

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sultat d'une trépanation chirurgicale. Le travail de réparation est complet. En effet, les ouvertures diploïques sont obstruées, contrairement à ce qui se voit sur les fragments crâniens qui ont été polis après la mort. L'ouverture de ce crâne offre une grande ressemblance avec celui dont nous venons de parler. Pour cette raison, il n'est pas représenté ici. M. Broca l'a du reste reproduit d'après un moulage, sous le n° 5, dans son travail communiqué au Congrès de Budapest.

Fig. 26.

Le quatrième crâne (fig. 26) porte deux ouvertures dans le pariétal gauche, sur la partie la plus rapprochée de la suture lambdoïde. La plus grande ouverture a 55 millimètres de long sur 44 millimètres de large. L'autre, beaucoup plus petite, placée au-dessus, mesure seulement 2 5 millimètres de longueur sur 1 5 millimètres de largeur. La séparation n'a que 1 5 millimètres de largeur. Les bords de l'ouverture sont cicatrisés. Ces pertes de substance sont donc bien le résultat de trépanations chirurgicales. La contiguïté des deux ouvertures dé-

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montre que l'opération ne paraissait pas aussi redoutable que l'on serait tenté de le croire. Le sujet était âgé, l'ensemble de la configuration du crâne et le tissu osseux ne présentent aucune particularité méritant de fixer l'attention.

Dans un cinquième crâne, la perte de substance affecte une partie sur laquelle on ne connaissait pas de trépanation jusque dans ces derniers temps. Le front proprement dit porte une ouverture au-dessus de l'orbite droit, les bords de la trépanation attestent un travail complet de réparation cicatricielle. Les biseaux sont beaucoup moins accusés que dans les trépanations que nous avons signalées dans les quatre premiers crânes.

Nous mentionnerons simplement un sixième crâne dont la perforation porte sur le pariétal droit dans sa partie la plus voisine de la suture lambdoïde. L'état des bords de l'ouverture sortant des conditions ordinaires nous impose une certaine réserve. La critique a voulu expliquer les pertes de substance par l'action des rongeurs, mais l'hypothèse est pour le moins discutable. En général nous pouvons affirmer que nous n'avons jamais vu dans les grottes d'ossements rongés capables de servir de comparaison. Cependant il est conforme à la vérité de déclarer que quelques grottes avaient été fréquentées par des rongeurs. Du reste, lors même qu'il serait démontré que dans un cas particulier il faudrait reconnaître la dent des rongeurs, il serait toujours impossible de généraliser et d'attribuer toutes les perforations à la même cause.

Enfin, un septième crâne (fig. 27) a aussi subi une importante perte de substance, la plus considérable de toutes celles constatées dans les stations néolithiques de la vallée du Petit- Morin. Presque tout le coronal a été scié. L'ouverture atteint aussi l'occipital. La partie détachée est longue de 1 5 centimètres. Ce crâne provient d'une grotte de la station préhistorique d'Oyes. Un silex tranchant était engagé dans l'arcade zygomatique lorsqu'il a été trouvé. On remarque sur le frontal un long sillon partant de l'arcade sourcilière, qui ne peut être que le résultat d'une blessure. Le sujet a dû survivre à cette blessure, qui présente des traces de réparation cicatri-

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cielle. Le quatrième crâne, dont il a été parlé plus haut, provient de la même grotte. Ces deux faits, réunis sur un même point, affirment énergiquement la coutume de travailler les os du crâne humain et d'en détacher de notables parties après la mort.

Faut-il attribuer ce dernier crâne à la catégorie de ceux qui ont été soumis à la trépanation proprement dite ? Non certainement; bien qu'il y ait lieu de supposer que toutes les trépanations avaient entre elles des relations plus ou moins éloignées. La perte de substance qu'il a éprouvée constitue un fait d'un très grand intérêt, mais l'opération n'appartient pas au même ordre que celles dont il a été fait mention antérieurement, L'ablation a été pratiquée après la mort. On ne voit aucune trace de réparation cicatricielle : les stries, les rainures produites par l'instrument employé pour scier la table, sont encore à

•Bave.

Fi?. 27.

vive arête. Du reste, il est superflu d'en faire la remarque, on ne survit pas à de semblables opérations.

Le nombre important de pièces que nous venons de mentionner suffirait pour établir sérieusement la pratique de la trépanation préhistorique et l'usage de travailler les os du crâne à l'époque de la pierre polie.

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Pour donner une notion exacte, il ne sera pas sans utilité de constater qu'il résulte de l'examen des pièces anatomiques composant la série, que l'opération a été pratiquée dans des circonstances variées et dans des buts différents. L'inspection la plus légère des crânes qui ont subi une perte de substance peut le reconnaître facilement. D'un autre coté, l'aspect seul sous lequel les rondelles se présentent, autorise pleinement les mêmes conclusions.

Les crânes perforés trouvés dans les stations néolithiques delà Marne, conservés au musée de Baye, sont loin de se préconiser sous une forme identique pis apparaissent au contraire dans des conditions particulières à chacun. Quatre de ces crânes ont subi l'opération pendant la vie, les sujets trépanés ont survécu. La plaie osseuse tantôt est complètement cicatrisée, tantôt offre les caractères d'un travail de réparation cicatricielle d'une grande évidence. Les bords de l'ouverture ne portent plus les sillons imprimés par l'instrument de l'opérateur. Enfin les porosités diploïques ne sont plus béantes comme dans les rondelles, ou dans les crânes ayant subi une opération posthume. Les sujets qui ont peu survécu sont assimilables à ceux qui ont été trépanés après la mort.

Un des crânes présente deux ouvertures (fig. 27), une grande et une petite, ainsi que nous l'avons déjà constaté. Les perforations sont situées sur deux points très rapprochés; cependant la séparation qui les circonscrit et les divise est nettement caractérisée, elle n'admet pas la possibilité d'une même et unique opération. Les deux ouvertures n'appartiennent pas à la même catégorie des perforations congénitales et symétriques étudiées par M. le Dr Broca, sur un ancien crâne

canarien1.

Un autre crâne ayant subi une perte de substance appartient à un sujet qui n'a point survécu à la trépanation. On voit parfaitement qu'il a été incisé ; les bords de l'ouverture sont à vive arête, et le tissu spongieux ne présente aucune trace d'occlusion.

1. Bulletin Soc. d'anthrop, de Varis, IIe série. T. X, p. 193.

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Le crâne, dont le sommet a été détaché en entamant le frontal et une partie de l'occipital, ne permet aucune comparaison avec ceux dont nous venons de parler ci-dessus. La dimension de la perte de substance, malgré sa grandeur, n'est pas le résultat d'opérations successives. La perte de substance est incomparablement plus étendue. Le tissu cellulaire est béant, toutes les marques imprimées par l'instrument sont restées apparentes. L'intérêt principal de cette pièce se résume dans le fait unique de l'ablation de presque toute la partie supérieure du crâne qui a été sciée et enlevée. La grotte de la station d'Oyes qui contenait ce crâne n'a donné aucun fragment crânien; il est donc parfaitement logique de conclure que l'opération pratiquée avait pour but de tirer des rondelles crâniennes en quantité, des amulettes, ou bien de se procurer un trophée. Ce crâne prenait certainement un caractère d'intérêt à cause de la blessure qu'il portait.

Peut-on attribuer ces pertes de substance à des coups portés par un ennemi ? Ces crânes perforés ne peuvent provenir d'un guerrier frappé à mort dans une lutte. La configuration des pertes de substance répugne à cette supposition. Nous sommes ici en présence de faits qui ne auraient s'expliquer d'une manière satisfaisante par des blessures reçues dans les combats. Cette question, du reste, a été traitée avec soin par M. le Dr Broca : « Si l'on n'étudiait qu'une seule de ces pièces, dit-il, ou seulement un petit nombre à la fois, on croirait aisément qu'il s'agit simplement de lésions accidentelles. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai eu à décrire des crânes de la caverne de l'Homme-Mort. Ainsi j'ai attribué à un coup de hache la grande ouverture du vertex du crâne n° 5. La forme bien arrondie de la perte de substance, disais-je alors, prouve qu'elle a été faite par une arme au tranchant régulier qui ne peut être qu'une hache polie. « Nos sabres de cavalerie produisent quelquefois de pareilles lésions; mais avant d'avoir étudié ce crâne je n'aurais pas supposé qu'une hache pût ainsi détacher d'un seul coup, et d'un coup très obliquement dirigé, une pièce d'os aussi large et aussi épaisse. 11 fallait que l'arme fût maniée par un bras athlétique, et je cherche en vain parmi les humérus

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de la caverne de l'Homme-Mort l'indice de cette force herculéenne '. » La répugnance que M. le D1' Broca éprouve lorsqu'il s'agit d'attribuer les pertes de substance qu'il constate à Faction d'une arme, se reconnaît facilement. Il fait ensuite ressortir encore mieux la difficulté : « En prenant maintenant une à une les autres pièces que je vous présente, et qui toutes sont relatives à des pertes de substance du crâne, on pourrait pour chacune d'elles remonter à l'hypothèse d'une blessure de guerre lorsque la perforation est complète, ou d'une blessure accidentelle, lorsque la perte de substance n'est pas pénétrante. Mais ce coup de hache obliquement appliqué sur le dessus de la tète, ce coup prodigieux, capable d'enlever sans fracture une grande rondelle <bi erâne et une rondelle bien régulière, ne peut évidemment pas être invoqué chaque fois. Je l'avais admis à grand'peine, faute de mieux, comme une de ces singularités que le hasard peut produire, mais il ne faut plus songer au hasard lorsqu'on voit la même lésion, toujours de même dimension, quel qu'en soit le siège, se répéter sur plusieurs crânes de provenances diverses. Il faut bien reconnaître alors l'intervention d'un procédé régulier, appliqué par un opérateur méthodique et non par un ennemi furieux2. »

Le mode d'opération employé pour détacher les rondelles crâniennes a été discuté par M. Broca. « Les pertes de substance non pénétrantes, expose-t-il, peuvent avoir été produites soit par le raclage des couches superficielles de l'os, soit par le simple décollement du péricrâne. Quant aux perforations complètes, il est plus difficile de dire comment on les obtenait. Etait-ce en sciant, en coupant ou en raclant? Je l'ignore3. » Les études ethnographiques font connaître quelques procédés de trépanation. Il serait peut-être possible de trouver quelques documents dans les comparaisons.

Dans quel but la trépanation a-t-elle été pratiquée sur ces crânes parfaitement sains? Il est impossible de constater le moindre désordre dans les parties voisines des ouvertures.

i. Revue d'anthropologie. T. II, 1873.

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