Bul. Soc. d\inthrop. de Paris, IIe série. T. IX, p
3. Bul. Soc. d'anthrop. d? Paris, IIe série. T. IX, p. \<)<),passim.
Ce serait donc sans raison que la trépanation serait regardée comme un moyen thérapeutique nécessité par une lésion. Cette explication ne peut être avantageusement préconisée que dans le cas où le traumatisme s'affirme lui-même par, des traces évidentes. A moins, toutefois, qu'on ne regarde toutes les trépanations comme des moyens thérapeutiques employés dans le traitement de l'épilepsie ou de toute affection qui n'intéresse pas le tissu osseux et qui néanmoins comporte des troubles capables d'inspirer l'idée d'ouvrir le crâne. Cette explication est loin d'être applicable à tous les cas de trépanation indistinctement. Ces nombreuses rondelles crâniennes formées d'un os parfaitement sain, d'une texture normale, qui ont été portées pendant un temps considérable, imposent l'obligation de reconnaître que les opérations étaient fréquemment pratiquées dans un but absolument étranger à la thérapeutique. De savants anthropologues ont discerné des perforations traumatiques, chirurgicales et congénitales; ces distinctions sont trop légitimes pour refuser de les admetre.Mais il n'est pas moins nécessaire de reconnaître que la trépanation a été pratiquée sous l'influence d'une inspiration morale, religieuse, superstitieuse, comme il plaira de le déclarer, bien que ces expressions évoquent des idées très différentes.
Le rapprochement des crânes et des rondelles qui en proviennent serait un excellent moyen de conclure avec certitude, mais il est impossible, ou à peu près, d'opérer ce rapprochement. Cette comparaison offre les plus grandes difficultés, elle est impraticable même, car les éléments font défaut, ou bien ils ont été singulièrement modifiés. L'étude isolée des crânes et des rondelles autorise du reste les mêmes conclusions. Un crâne malade ne peut donner une rondelle normale offrant des contours solides, bien dessinés. D'un autre côté, un fragment régulier d'un tissu sain et sans lésion ne saurait provenir d'un crâne brisé par un coup violent, ou désorganisé par une affection pathologique.
Ces aperçus, autorisés par l'observation des faits, ne sont pas d'une portée absolue dans toutes les circonstances. M. Broca,dontla science fait autorité, entrevoit des trépanations
236 LA TREPANATION PREHISTORIQUE.
thérapeutiques lors même que le tissu osseux est parfaitement sain. En effet, c'est ainsi qu'il s'exprime dans une communication relative aux trépanations préhistoriques: « Voici, dit-il, d'abord deux crânes perforés des grottes de Baye. Vous pouvez voir sur chacun d'eux une grande ouverture elliptique, régulière, à bords complètement cicatrisés et tout à fait semblables à celles qui ont déjà passé sous vos yeux. L'un de ces crânes, très grand et relativement léger, présente une voussure considérable et évidemment pathologique de la région frontale. La voussure occipitale très-prononcée, la saillie du bord antérieur des écailles temporales indique que le sujet a été atteint dans son enfance d'un léger degré d'hydrocéphalie; il est assez probable que les symptômes qu'on a cherché à combattre au moyen de la trépanation étaient la conséquence de cette maladie l. »
Il existe plusieurs variétés dans les rondelles crâniennes et dans les fragments crâniens, il est facile de s'en convaincre en les examinant. Ces différents spécimens peuvent, on le comprend facilement, admettre des causes multiples et motivent ainsi la trépanation sous divers points de vue. Il n'est pas, du reste, difficile, en présence de la multiplicité des os crâniens et des ouvertures d'admettre que la trépanation était opérée dans un but qui n'était pas toujours le même.
Le premier fragment (fig. 20), le moins considérable comme étendue, dont les dimensions ont été données précédemment, est parfaitement sain dans son tissu; sa conformation n'offre rien d'anormal. La suture transversale qu'il contient n'est pas encore ossifiée. Il est peu probable que cette rondelle ait été enlevée dans un but thérapeutique. Le trou de suspension dont elle est pourvue lui assigne une destination qui a dû être une des causes déterminantes de la trépanation. Les bords sont taillés en biseau; ils rappellent d'une manière frappante le fragment présenté au Congrès de Lyon par M. Prunières. M. le Dr Broca, qui a pu examiner les deux pièces et les comparer, le déclare expressément. Voilà donc deux faits