‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 70 sur 131 · I. Bul. Soc. d'antkrop. de Paris, IIL' série. T. IX, p. 5J · texte numérisé non relu

I. Bul. Soc. d'antkrop. de Paris, IIL' série. T. IX, p. 5J

identiques, constatés sur des points très éloignés. Le fragment n'a pas été trouvé dans un crâne, mais on ne peut conclure rigoureusement qu'il n'avait pas été introduit dans le principe. Il existait effectivement une quantité de crânes brisés d'où il pouvait vraisemblablement sortir. Cette particularité aurait pu parfaitement exister, car les grottes de la vallée du Petit-Morin renfermaient des crânes nombreux, dans lesquels des ossements variés avaient été introduits. Cette agglomération ne peut être considérée comme fortuite. Il faut y voir l'expression d'une intention bien arrêtée. Ce premier fragment peut donc être placé dans la catégorie des objets consacrés par une idée religieuse ou affectés à une destination superstitieuse.

Le second, de forme triangulaire (fig. 21), est pareillement sain dans sa texture ; il est aussi taillé en biseau, mais sa dimension est beaucoup plus grande. Il n'existe point de trou de suspension, les bords conservent encore les traces très visibles de l'instrument employé pour scier la table. Les sillons vasculaires tracés sur la surface interne ne sont nullement oblitérés. Malgré l'absence du trou de suspension, il est certainement susceptible d'être considéré comme appartenant à la même catégorie que le fragment précédent.

Le troisième (fig. 22) présente un aspect qui diffère beaucoup; les contours offrent moins de régularité, la table externe, bien que portant quelques aspérités, n'accuse pas une altération profonde, car la face interne est dans son état normal le plus parfait. Ainsi que nous l'avons déjà dit, on peut distinguer à la partie supérieure les restes de deux trous parallèles qui ont dû servir pour le suspendre.

Les autres rondelles crâniennes (fig. 23) forment une catégorie spéciale. Elles ont été évidemment préparées par un travail soigné, leurs bords sont très régularisés, arrondis et polis. Les deux ouvertures dont elles sont percées attestent ellesmêmes qu'elles ont été portées.

Ces pièces, de petite dimension, ont été portées longtemps, elles ont subi l'action d'un frottement prolongé. Plusieurs spécimens ont acquis un degré de poli tel qu'il devient presque impossible de les juger. Ce sont des fragments d'os frustes qui

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n'ont d'intérêt que par la comparaison avec leurs similaires. Ces pièces sont très défigurées par l'usage et tellement amincies qu'il devient impossible de retrouver les formes naturelles. Il y aurait une certaine témérité à les donner toutes comme provenant du crâne humain. La réserve est aujourd'hui plus puissamment imposée, puisque dans les derniers temps on a trouvé des rondelles formées d'ossements d'animaux, qui étaient portées aussi à l'époque de la pierre polie. Les dernières découvertes de M. Prunières fournissent des témoignages bien constatés de cette coutume1. Il ne serait donc pas extraordinaire qu'il se trouvât aussi dans les stations de la Champagne des imitations des rondelles crâniennes authentiques.

Sous des formes variées, il est facile de compter un nombre important de trépanations dans les stations de la vallée du Petit-Morin. Une coutume qui prend des proportions si considérables mérite une sérieuse attention et offre un incontestable intérêt. La trépanation se présente donc comme un fait escorté d'un cortège de preuves nombreuses et variées.

Considérée à un point de vue plus étendu que celui où nous nous placions naguère, la trépanation admet d'autres prétextes, ou, mieux, elle suppose des causes d'une plus haute portée.

Il semble impossible d'élever des doutes sur ce sujet, il y avait des trépanations purement chirurgicales. Un état de civilisation peu avancé ne constitue pas un motif suffisant pour conclure que ces opérations étaient impossibles. De nos jours il existe encore des exemples de ces trépanations chez des peuplades qui sont certainement dans un degré de civilisation très-inférieur à celui de nos tribus préhistoriques. Les sauvages insulaires des mers du Sud pratiquent la trépanation à l'aide d'instruments aussi insuffisants, aussi imparfaits que les lames de silex. La trépanation chirurgicale est donc un fait acquis, attesté par la présence des crânes et des fragments crâniens. M. le Dr Broca avait, il est vrai, primitivement ainsi formulé son opinion : « Il me paraît difficile de supposer qu'il

i. Bul. Soc. d'anthrop. de Paris. 1878, p. 212.

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existât dans les temps néolithiques une chirurgie régulière, et que les pertes de substance que nous trouvons sur les crânes de cette époque eussent été faites en vue de la thérapeutique *. »

Mais dans la suite, des faits plus nombreux fournissant la matière de nouvelles études, son opinion subit des modifications : « Je ne pouvais m'imaginer qu'il y eût à l'époque de la pierre polie une médecine assez avancée pour localiser certaines maladies dans le cerveau, et une chirurgie assez hardie pour traiter ces maladies par la trépanation. Mais les renseignements fournis par M. Sanson prouvent que ces conceptions théoriques et ces opérations peuvent exister chez des peuples incivilisés, et les analogies si nombreuses que Ton constate chaque jour de plus en plus entre les sauvages modernes et nos peuplades préhistoriques sous le rapport de l'industrie, des usages et des mœurs, permettent de considérer comme fort probable que nos ancêtres de l'époque de la pierre polie pratiquaient, eux aussi, la trépanation dans un but thérapeutique '-. » Les suites d'une chute, d'un coup ayant produit de grands désordres dans la tête pouvaient parfaitement inspirer l'idée d'appliquer à des douleurs qui n'avaient pas la même cause les moyens employés pour soigner les blessures accidentelles.

« L'art de la trépanation, dit encore M. Broca, s'adressait exclusivement à des maladies spontanées, à celles que nous appelons médicales. Il est probable, dès lors, que les indications de l'opération se rapportaient à l'idée que l'on se faisait alors de certaines affections de la tête et de certains troubles nerveux, tels que Pépilepsie, l'idiotie, les convulsions, l'aliénation mentale, etc..

« Ces affections, que la science considère comme naturelles, ont toujours vivement frappé l'imagination du vulgaire, et ont été attribuées à des causes divines, à des démons, à des possessions 3. »

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