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Evans, les Âges de la pierre, p

dessins que je dois à l'obligeance de M. le docteur Leemans (fig. 34). Dans quelques-unes, les silex latéraux sont un peu moins saillants, et alors la forme de l'ensemble se reconnaît pour parfaitement identique à celle des flèches avec lesquelles les Égyptiens sont représentés chassant au chien courant, dans des parcs fermés, des animaux de grosse espèce, tels que l'antilope et le bœuf sauvage. L'arc est très fortement bandé, à en juger par la courbure de se deux extrémités, et l'archer, tandis qu'il décoche une flèche, tient entre les doigts deux autres flèches ; l'artiste égyptien a donné à ces armes

Fig- 34-

une forme dans laquelle il est impossible de méconnaître celle des floches de silex par nous décrites, légèrement symétrisées. On la trouve aussi sous la forme plus simple. Cette arme semblerait ne pas avoir une grande force de pénétration, et l'on pourrait s'étonner de la voir employée pour la chasse d'animaux protégés par un cuir épais. Le fait toutefois n'est pas contestable. On aurait pu d'ailleurs faire la même observation à propos des flèches pointues de silex. La pointe de ces flèches n'est pas toujours très aiguë; elles ont toutes la surface rugueuse et semblent devoir glisser difficilement. Nous avons toutefois des preuves positives de la puissance utile des silex aigus : un de ces instruments a été découvert dans la grotte des Eyzies (Périgord), engagé dans une vertèbre de renne, qu'il avait percée de part en part, après avoir traversé tout le corps de l'animal. M. le professeur Nilson en a rencontré aussi sur le squelette d'un aurochs, et d'autres engagées dans des crânes de cerfs. Ce savant a signalé aussi un crâne humain, trouvé dans une sépulture antique à Tygelsjô, qui était transpercé d'un dard fait d'un andouiller d'élan.

Au surplus, ces flèches de pierre à tranchant transversal n'étaient pas spéciales à l'Egypte, et la question de leur puissance de pénétration est pleinement résolue par les découvertes récemment faites dans les cavernes de la Marne, où, entre autres objets de pierre, il a été trouvé plus de quinze cents de ces engins spéciaux, variant d'un centimètre et demi jusqu'à près de 5 centimètres de longueur.

Une de ces flèches était profondément engagée et encore fortement adhérente dans une vertèbre humaine (fi g-. 30). Une autre vertèbre humaine était percée par une pointe de silex d'un autre modèle, consistant en une lame tranchante de l'espèce appelée ordinairement couteau, terminée en pointe aiguë. Telle était la lame de silex trouvée par M. Lartet dans la vertèbre de renne du Périgord.

Un grand nombre des stations à outils de silex supposés préhistoriques contiennent des flèches à tranchant transversal; les découvertes s'en multiplient journellement. Il en est qui semblent faites pour être emmanchées indifféremment par leur extrémité la plus large ou par leur pointe. D'autres, au contraire, ont la pointe mousse ou obtuse et ne peuvent avoir produit d'effet utile que par leur tranchant droit1.

Dans un autre passage, M. Chabas complète ainsi sa démonstration : « L'emploi d'armes en apparence aussi primitives et aussi imparfaites que les flèches de pierre à tranchant transversal semblerait caractériser une époque très reculée, un état d'enfance de l'humanité. Il n'en est rien cependant, car les monuments égyptiens nous apportent ici une de ces irréfragables démonstrations dont ils tiennent encore bon nombre en réserve. Les scènes décoratives nous ont montré les engins dont il s'agit en usage sous l'ancien comme sous le nouvel empire ; mais les découvertes de M. Passalacqua prouvent que cet usage s'est continué jusqu'aux temps des Lagides, et peut-être même jusqu'à celui des Romains.

« AQournah, la momie d'un chasseur fournit à M. Passa-

1. Chabas, Études sur V antiquité historique, Paris, 1873, p. 382.

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lacqua douze flèches de roseau, avec extrémités en bois dur armées de silex à tranchant transversal, et de pointes latérales telles que nous les avons décrites plus haut. L'usage de ces sortes de flèches était donc encore vulgaire aux basses époques. Il est curieux de rapprocher de ces instruments primitifs les bijoux et les objets précieux recueillis sur la momie d'une jeune femme dans le même groupe de cercueils : épingles à tête ornée, colliers d'or, de lapis, de cornaline et d'autres pierres fines; boucles d'oreilles d'or, scarabée cerclé d'or, formant chaton de bague, bracelets d'or, ceinture d'or, de lapis, etc., etc. La description donnée par M. Passalacqua confond l'imagination.

a Ainsi donc, pas de doute possible : l'usage de flèches en silex à tranchant droit s'est maintenu dans toute lapériode histori que de l'Egypte et a été contemporain de celui des armes de métal les plus perfectionnées, des plus délicats produits de la joaillerie et du travail des pierres dures. On peut tenir pour démontré qu'il en a été de même de l'emploi des flèches de silex de formes différentes, des outils de pierre polie et des silex éclatés 1 ».

Cet ensemble de preuves, basé sur des faits étudiés par des hommes sérieux, laisse peu d'espace aux contradicteurs. Aussi voyons-nous des hommes dont la compétence est incontestée admettre l'emploi des flèches à tranchant transversal comme projectiles. Nous pouvons citer MM. Montelius, Engelhardt, Valdemar Schmidt, qui, ayant séjourné à Baye, ont étudié ces silex dans les circonstances où nous les avons découverts, comme s'étant prononcés bien nettement pour l'emploi comme projectile. M. de Quatrefages, après avoir également examiné les faits, nous a laissé un témoignage de sa conviction : « Après une étude aussi sérieuse que le permettait la brièveté de mon séjour, je reviens bien convaincu que ce laborieux explorateur a interprété avec beaucoup de justesse deux des points qui ont soulevé le plus de discussions.

I. Chabas, Etudes sur l'antiquité historique. Paris. 1873. P. 388.— Passalacqua Catalogue raisonne', etc., p. 197 à 203.

Je crois avec lui que les grottes doivent être distinguées en caveaux funéraires et en grottes d'habitation plus ou moins temporaires, et je ne puis que voir de véritables pointes de flèche à tranchant transversal dans les silex qu'il a désignés ainsi. »

Enfin, au Congrès de Stockholm, qui fut si brillant, les nombreux savants réunis ont accepté les silex à tranchant transversal comme des flèches. Il n'a pas été prononcé un seul mot d'opposition.

Le nombre considérable de flèches que nous avons trouvées comporte une grande variété de dimensions; mais cette diversité de formes reproduisant exactement le même type, loin de constituer une difficulté à nos yeux, est un moyen d'en expliquer l'usage si étendu et lui-même si varié. Dès l'année 1873, nous avons publié quelques considérations sommaires sur la Balistique préhistorique. Le sujet nous paraît toujours aussi digne d'intérêt et nous lui réservons une place ici :

« Nous avons cherché à constituer une série graduée de ces flèches, depuis le type le plus infime jusqu'au type le plus considérable par son poids et sa longueur. Et nous sommes ainsi parvenu à former une collection de vingt et une flèches, dont la plus petite pèse 4 décigrammes et mesure 4 milligrammes. La plus longue pèse 4 grammes trois décigrammes et mesure 46 millimètres. Entre ces poids et ces longueurs nous avons des intermédiaires qui présentent des progressions régulières. Cependant les plus pesantes n'atteignent pas toutes la longueur extrême que nous avons signalée ; mais elles n'en rentrent pas moins dans l'ensemble d'une balistique raisonnée qui savait tenir compte du poids des projectiles. Tout le monde sait, en effet, que, sous l'impulsion d'une force égale, la vitesse du projectile est proportionnée à son poids, et qu'une légère différence dans la longueur ne saurait modifier la trajectoire, puisque les diverses particules matérielles du projectile sont le point d'application de la pesanteur, et que le poids n'est rien autre chose que la résultante de toutes les forces appliquées à chacun de ses éléments. La forme plus ou moins longue des flèches de même poids ne

saurait donc empêcher de les rattacher à un ensemble régulier et calculé. L'usage spécial auquel elles pourraient être destinées suffirait pour expliquer les dimensions exceptionnelles. Les archers préhistoriques, dont plusieurs savants ont préconisé la force et la dextérité, avaient donc pourvu leur petit arsenal d'une série de flèches proportionnées à la trajectoire qu'ils se proposaient de décrire.

« Il nous semble qu'il n'est pas inutile de signaler que si leur emploi comme projectiles est hors de doute, elles n'en étaient pas moins affectées à des usages variés. Elles étaient probablement destinées à la chasse des oiseaux et des animaux, ce qui expliquerait encore, d'une autre manière, les différences de forme, de volume et de poids.

« Il serait à désirer qu'en s'inspirantdes usages des populations qui se servent encore de la pierre, on organisât un arc destiné à lancer les flèches à tranchant transversal, qui seraient montées comme celle trouvée dans les tourbières du Danemark, ou comme les flèches similaires d'origine égyptienne, étudiées par M. Chabas. On pourrait ainsi en expérimenter les effets et constater les résultats obtenus au point de vue des distances par les différents calibres de ces flèches.

« En comparant le nombre de ces flèches à tranchant transversal avec le nombre si restreint des autres flèches en amande, à ailes et à soie, qui sont le plus souvent de véritables objets d'art par la finesse de leur travail, nous nous rallions à l'opinion de ceux qui considèrent la flèche à ailes, très ouvragée, comme un objet de luxe et non comme l'arme ordinaire. Nous serions peu ébranlé si on nous objectait la rareté de nos pointes. En réalité, elles ne sont pas rares; mais souvent la forme de ces silex est si modeste qu'ils ont échappé à l'attention. Ils sont, en outre, si peu vulgarisés qu'il ne nous serait pas difficile de citer des hommes qui s'occupent spécialement de silex qui refusaient naguère de les admettre comme offrant le résultat d'un travail intentionnel. En visitant le musée de Namur, si soigneusement organisé, un savant distingué, M. Steenstrup, remarqua dans un tiroir, et mélangées à des silex sans intérêt, plusieurs flèches à tranchant

transversal qui n'étaient nullement classées et reléguées parmi les objets sans valeur.

« Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient passé presque inaperçus. Comment expliquer la rareté des autres flèches dans des stations de l'importance de celles que nous avons découvertes et si riches en instruments de tout genre ? Si nous rappelons que nous avons trouvé une de ces flèches en losange finement travaillée, placée parallèlement au tibia d'un squelette trouvé dans nos grottes, on sera de plus en plus porté à conclure qu'elles étaient des ornements, des signes de distinction, des objets votifs, mais nullement des armes employées ordinairement \ »

En général, les anthropologues puisent des renseignements dans les comparaisons ethnographiques et trouvent, chez les peuples incivilisés contemporains, l'interprétation des faits appartenant aux époques de la pierre. ^C'est probablement parce que ces détails ethnographiques n'étaient pas assez présents à l'esprit de quelques archéologues qu'ils ont éprouvé tant de difficultés pour admettre les flèches à tranchant transversal. Nous avions fait souvent allusion à l'emploi des flèches dans les temps reculés de l'histoire. 11 eût été préférable de faire entendre la parole des savants chez lesquels nous trouvions si bien exposées les convictions que nous nous étions formées par de laborieuses recherches.

« Aussi longtemps que l'arc et la fronde ont été les seules armes avec lesquelles on pût combattre de loin, l'homme a dû s'ingénier pour donner à ces engins la plus grande portée possible. La découverte de la poudre à canon les a fait négliger et presque oublier. Nous comprenons difficilement aujourd'hui ce qu'on rapporte de l'extrême habileté des frondeurs des Baléares. Le roi David, lançant son silex juste au milieu du front du géant philistin, nous étonne à juste titre, et l'adresse légendaire de Guillaume Tell nous semble à peine croyable. Mais ces faits auraient paru moins surprenants chez un peuple qui exerçait les jeunes enfants à l'usage de ces

1. Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme, 2e série, t. IV, 1873, P* 27#

armes, et qui, si Ton en croit Diodore, ne leur donnait à manger que le pain qu'ils réussissaient à abattre à coups de fronde. Le génie de l'homme, mis en œuvre par une grande force de volonté, ne connaît presque pas d'obstacles, et, il ne faut pas l'oublier, l'homme antique possédait ce génie au même degré que l'homme moderne.

Les monuments égyptiens et assyriens nous mettent sous les yeux un très grand nombre de scènes de chasse, où. l'on voit bœufs, chevaux, lions, antilopes, etc., percés quelquefois d'outre en outre par des flèches. Aménophis III, grand amateur de la chasse des animaux féroces, tua de ses flèches 102 lions dans les dix premières années de son règne, et transmit ce haut fait à la postérité sur de petits monuments qu'il fit reproduire à un grand nombre d'exemplaires. Que les flèches aient été armées de silex ou de métal, l'arme ne nous semble guère en rapport avec la puissance de l'animal à attaquer, et Ton comprend difficilement qu'elle ait pu avoir la force de pénétration que nous représentent tant de monuments. Cependant le fait ne saurait être révoqué en doute. Lors même qu'il y aurait un peu d'exagération dans les tableaux, il n'en est pas moins certain que c'est à coups de flèches que les anciens tuaient les bêtes féroces. Les Romains, qui n'avaient pas d'archers dans leur armée régulière, se servaient cependant de l'arc pour les luttes d'adresse et pour la chasse. L'empereur Gratien tua un lion d'une seule flèche ; mais Ausone trouve le cas surprenant :

Qiiod leo tam tenui patitur sub arundine letum, Non vires ferri, sedferientis agunt.

On sait que certains arcs, qui prenaient une forme presque ronde lorsqu'ils étaient détendus, devaient par la tension se replier en arrière dans le sens opposé à la courbure; ils acquéraient ainsi une grande force de projection. Les héros de l'antiquité prouvaient leur vigueur exceptionnelle en faisant usage d'arcs que le vulgaire ne pouvait courber. Tel fut le cas de l'arc d'Ulysse, que les prétendants essayèrent vaine-

A TRAISXHANT TRANSVERSAL. 275

ment d'assouplir avec de la graisse chauffée et qu'aucun d'entre eux ne réussit à tendre. De même, l'arc d'Aménophis II n'aurait pu être bandé par aucun des guerriers de son armée non plus que par les rois des nations étrangères, ni par les généraux des Ruten (Assyriens). Strabon parle d'arcs au moyen desquels les éléphantophages de Duraba tuaient les éléphants; pour tirer la flèche, il fallait trois hommes, deux desquels, s'arcboutant fortement sur leurs pieds, courbaient l'arc, tandis que le troisième plaçait la flèche sur le nerf1. »

M. Evans a aussi rappelé fort utilement certains usages particuliers empruntés aux temps modernes et aux époques les plus reculées : « Chez les sauvages, dit-il, la pointe en pierre est parfois fixée à la tige au moyen de fibres végétales et de gomme résineuse, ou au moyen de nerfs d'animaux. La Société des antiquaires d'Ecosse possède une pointe de flèche provenant, dit-on, d'une des îles du Pacifique; je serais plutôt disposé à croire qu'elle provient de la Californie; la pointe est attachée à une tige en roseau au moyen de tendons. Les Indiens de la Californie emploient presque toujours ce procédé pour fixer leurs pointes de flèche à la tige; mais ordinairement ils pratiquent une encoche de chaque côté de la base pour recevoir le nerf qui fixe cette base à la tige. La ligature s'étend environ sur 25 millimètres de la tige, et elle est toujours exécutée avec le plus grand soin. Sir John Lubbock et le révérend J.-.G. Wood ont gravé des flèches américaines, disposées de cette façon. Une petite encoche est pratiquée dans l'extrémité de la tige pour recevoir le silex, qui est cimenté dans cette encoche avant d'être fixé par les ligatures.

« Les Cafres fixent ordinairement à la tige les pointes en fer de leur sagaie au moyen de lanières de cuir humides qui se contractent et se durcissent en séchant.

« Souvent les tiges sont en roseau, auquel cas on attache souvent au roseau un morceau plus ou moins long de bois plus résistant, pour y fixer la pointe. Tel est le cas chez les anciennes flèches égyptiennes. Il en est de même pour les

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