‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 81 sur 131 · Lubbock, l'Homme avant l'histoire^ p · texte numérisé non relu

Lubbock, l'Homme avant l'histoire^ p

n ne saurait nier que la hache polie occupe un rang distingué parmi les instruments de la période néolithique. A cette époque où les grandes révolutions du globe sont accomplies, les haches se rencontrent à la surface du sol, avec une grande abondance, dans presque toutes les contrées. Ce n'est plus seulement le silex qui est employé ■ par un progrès qui s'accentue énergiquement, les roches de différentes sortes fournissent la matière première de ces belles haches aux formes variées si soigneusement polies.

L'origine de la hache polie selon d'antiques préjugés, ses propriétés supposées, sont la source des documents historiques les plus intéressants. Une histoire complète de la hache offrirait des exposés riches en détails. Le sujet a déjà été traité sous certains aspects. Nous ne pouvons ici qu'effleurer cette matière si féconde. Nous nous bornerons à l'indication des traits les plus saillants. Pendant longtemps, les haches étaient

désignées sous le nom de celts, et elles n'étaient pas connues autrement dans les collections des antiquaires qui les conservaient. Cette dénomination, exclusivement adoptée, leur valut dans le langage ordinaire, et même parmi les archéologues, le

nom de haches celtiques. La similitude de consonnance avait donné lieu à une erreur. Les haches étaient appelées celts, non par allusion à leur origine, mais à cause de leur usage. Du reste, que le mot celt dérive de cœlo ou de cœllo, le rôle naturel de l'instrument est également indiqué.

L'origine extraordinaire qui leur était attribuée, et le respect superstitieux dont elles étaient l'objet, les avaient fait connaître autrement dans les masses populaires. Les haches étaient appelées pierres de foudre, pierres de l'éclair ou pierres de tonnerre. Récemment, M. Henri Martin signalait ainsi une particularité relative aux haches. Les druides la consacraient par des incantations. Un poème bardique en contient une très curieuse. Dans cette incantation, le grand druide qualifie l'arme en question de pierre de foudre, pierre de l'éclair. Cette qualification et l'idée d'où elle procède étaient donc répandues dans tout le vieil Occident, depuis l'Italie jusqu'en Irlande1. Dans les pays les plus éloignés, au sein de civilisations très-différentes, les noms désignaient toujours une semblable origine. Il est facile, à l'aide de ces données, de comprendre tout le prestige qu'une telle conviction devait communiquer aux objets.

Pour faciliter l'intelligence du rôle de la hache, il nous parait utile de citer ici un passage de l'ouvrage de M. Evans : « Chose assez curieuse, on semble avoir attribué à la hache, chez les Grecs de l'antiquité, une certaine importance sacrée. Selon Plutarque, Jupiter Labrandeus tire ce titre de la hache, et M. de Longpérier a cité un passage d'où il résulte que Bacchus, dans un cas tout au moins, était adoré sous la forme d'une hache ou ra'XeKuç. M. de Longpérier a aussi décrit un cylindre chaldéen, sur lequel on voit un prêtre faisant des offrandes à une hache placée debout sur un trône; il a, en outre, appelé l'attention sur ce fait que l'hiéroglyphe égyptien représentant Nouter, Dieu, est simplement la figure d'une hache.

I. Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, t. II, p. 188, 1879.

« Dans l'Inde, le marteau était l'attribut du Dieu Indra, adoré sous le titre de Vàgrâkarti. Un culte semblable semnle avoir régné dans le Nord. En effet, Saxo Grammaticus mentionne que le prince danois, Magnus Nilsson, après une expédition heureuse contre les Goths, rapporta au nombre de ses trophées quelques marteaux de Thor, malleos joviales, ayant un poids extraordinaire ; ces marteaux étaient adorés dans un temple que le prince avait détruit. En Bretagne, on a remarqué souvent des celts représentés sur les larges pierres des allées couvertes et des dolmens1. »

Ces préjugés ne résistèrent pas toujours à l'examen des savants. Mercati, cité par de Rossi, rompant avec les erreurs relatives à l'origine météorique des haches, affirme que ces instruments faisaient partie de l'outillage d'un peuple ancien, auquel l'usage des métaux était inconnu2. Il résulte des observations qui ont été faites que la hache en pierre a été en usage dans presque tous les pays du monde, et que l'origine oubliée de ces instruments d'un emploi vulgaire leur a fait attribuer une provenance extraordinaire. Les études archéologiques, en ouvrant une nouvelle voie dans les temps modernes, ont fait disparaître la partie légendaire de l'histoire des haches. Des faits examinés avec un soin attentif ont fait rentrer la question dans le domaine de la réalité.

Boucher de Perthes a consacré plusieurs chapitres de ses Antiquités celtiques à l'étude des haches. Le rôle qu'il leur attribue semble pressentir sur plusieurs points ce que les observations des derniers temps ont pu constater. Il ne reconnut qu'un type proprement dit. « La dimension des haches

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