‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 84 sur 131 · Boucher de Perthes, loco citato, p · texte numérisé non relu

Boucher de Perthes, loco citato, p

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servaient jamais sans être emmanchées. Leur destination primitive leur assignait un rôle dans ces conditions. Dans des circonstances exceptionnelles elles étaient réservées pour d'autres usages qui ne changeaient en rien leur caractère ordinaire.

Les haches polies dans toutes leurs parties ont toujours été en grand honneur et figurent pour un plus grand nombre dans les collections. Cette quantité relativement considérable pourrait parfaitement n'être que le résultat du soin avec lequel les haches de cette catégorie ont été recherchées et conservées. Rigoureusement, on ne peut conclure que l'usage en ait été plus généralisé que pour les précédentes. M. Evans a distingué dans cette dernière classe quatre catégories reliées entre elles par de nombreux intermédiaires. La première catégorie renferme les haches en ovale pointu dont les côtés sont aigus ou peu arrondis. Les facettes que les haches présentent peuvent n'être que le résultat des réparations opérées par suite d'accidents arrivés dans l'emploi. Il est évident en effet que l'usage prolongé devait beaucoup modifier les formes. Les types bien constatés et conservés qui sont en silex se retrouvent également dans les haches en matières étrangères. C'est dans cette première catégorie qu'on retrouve les faces convexes.

La seconde catégorie formant un groupe nombreux se compose des haches dont les côtés sont aplatis. Ces formes communes en France ne sont pas exclusivement en silex. Les haches ovales présentent des variations multipliées. Cette forme en elfet peut avoir été primitivement inspirée par la cassure naturelle produire par le procédé employé pour enlever les éclats. Il est facile de reconnaître que la forme ovale offre des variétés considérables depuis le type le plus parfait jusqu'à ces spécimens qui ne paraissent qu'une incertaine réminiscence du modèle le plus parfait. Une troisième catégorie dont l'utilité n'est pas douteuse réunit indistinctement toutes les formes anormales. Dans cette classe on retrouve naturellement tous ces produits qui sont dus à une inspiration particulière, à une fantaisie de l'ouvrier, à une forme naturelle ou bien enfin à l'existence d'une cassure déterminant elle-même, d'une manière absolue, la forme de l'instrument.

Le progrès des études archéologiques aura pour résultat de fournir les éléments d'une classification plus scientifique. Actuellement, les documents sont incomplets ou isolés 5 avec des connaissances plus étendues, il deviendra possible de classer méthodiquement les haches. Quelle que soit du reste l'importance que l'on voudra attacher à un classement, et quel que soit le système qu'il plaira d'adopter pour grouper les instruments, nous consignons les observations nombreuses particulières aux stations de la vallée du Petit-xMorin. Nous possédons sur ce sujet d'utiles renseignements et plusieurs détails nouveaux et inconnus, qui augmenteront les notions relatives au rôle de la hache.

La hache occupe une place remarquable parmi tous les instruments. Son importance s'affirme puissamment par les sculptures qui la représentent. Déjà il a été parlé de ces sculptures à un autre point de vue. On compte sept grottes dans la vallée du Petit-Morin dont les parois sont ornées de sculptures représentant la hache emmanchée dans différentes positions. Le soin avec lequel la hache était représentée assigne assurément une place distinguée à cet instrument. Le choix dont il a étél'objet, préférablement aux autres instruments qui composaient l'outillage de la pierre polie, n'a pas été fait sans motif. Il a dû mériter le rang qu'il occupe ouïe prendre à la faveur des préjugés existant alors. Quelle est l'idée qui a présidé à sa représentation? 11 est facile sur un tel sujet de se livrer à beaucoup de conjectures. Toutefois, en dehors de toutes les appréciations plus ou moins rationnelles, il reste toujours vrai que la hache jouit d'un honneur presque exclusif. D'autres instruments delà même époque et d'un usage répandu auraient pu également remplir un pareil rôle. Quelques archéologues ont pensé que l'utilité de l'instrument et les services qu'il rendait inspirèrent l'idée d'en faire tout à la fois le symbole et la glorification du travail. Mais la hache était aussi un engin de guerre, et à ce titre elle devait avoir une plus grande célébrité. Il existe en effet une propension bien accusée à entourer les armes d'un prestige spécial. Le même honneur n'a jamais été réservé aux instruments d'un usage quotidien et

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d'une utilité cependant incontestable. N'étaient-elles pas aussi une marque, un symbole de l'autorité et de la prééminence? L'antique légende de la hache est assez riche en détails pour donner de la vraisemblance à cette interprétation. Ce ne serait peut-être pas s'éloigner de la vérité que de regarder la hache sculptée sur les parois des grottes néolithiques comme le commencement de l'histoire de la hache qui arrive enfin à l'apogée des honneurs par la place qu'elle occupe dans les faisceaux consulaires. En parcourant la chaîne des siècles, on rencontre des motifs d'ornementation adoptés par différents peuples et conservés avec une constante persévérance. Ces objets offrent une grande importance au point de vue de l'art et sont caractéristiques. Par analogie, ne peut-on pas considérer la hache comme un attribut propre aux populations de la pierre polie? Elles lui ont effectivement accordé une place d'honneur et l'ont associée étroitement à la représentation des divinités dontla sculpture a reproduit l'image dans leurs grottes. Si l'interprétation des haches sculptées dans les grottes offre de grandes difficultés, l'importance du fait en lui-même n'en conserve pas moins toute sa signification. Il reste toujours un instrument jugé digne d'être représenté exceptionnellement et noblement, occupant une place dans l'esprit des populations néolithiques. La hache était traitée avec une distinction recherchée et destinée à imprimer un caractère spécial aux grottes de la période néolithique, voilà un fait avéré.

Les tribus néolithiques affirmaient leur respect pour la hache, non seulement en la représentant, mais encore par la destination funéraire à laquelle elle était affectée. Elle se retrouve dans les grottes sépulcrales, mais alors elle n'est pas jetée indifféremment çà et là comme un objet abandonné qui occupe fortuitement toutes les positions possibles. Elle avait sa place marquée dans les sépultures. Dans les grottes de la vallée du Petit-Morin, elle était dressée contre la paroi de la grotte entre les corps qui avaient été déposés. Debout comme une garde, la crosse de la gaine reposait sur le sol et le tranchant regardait la partie supérieure de la grotte (fig. 6). Dans ces conditions, l'instrument n'était pas isolé, il formait

dans certains cas une série assez considérable. Le plus grand nombre de haches étaient munies de leur gaine, mais malheureusement la plupart de ces emmanchements étaient profondément altérés parle temps. Souvent il ne restait plus que des débris désagrégés parmi lesquels quelques fragments de corne permettaient de discerner le genre et de déterminer les dimensions. Néanmoins beaucoup de ces gaines ont résisté à l'action destructive des siècles, et nous avons pu en conserver de nombreux spécimens. La collection se compose aujourd'hui de dix-huit haches pourvues de leurs gaines, et de vingt-six gaines dont les haches sont enlevées. De plus, il existe un grand nombre de fragments suffisamment conservés pour donner une idée de la gaine. Lorsqu'on pénétrait pour la première fois dans une grotte, ces instruments dressés contre la paroi, en contact avec les squelettes et rangés avec ordre, produisaient un grand effet. Dans une circonstance unique , la hache emmanchée occupait une position différente, elle avait été déposée à la tète du squelette à une très-petite distance du sommet du crâne. Il est impossible de ne pas voir un fait intentionnel dans le choix de cette situation. La disposition des lieux était telle qu'elle ne permettait pas de supposer que la hache fût tombée accidentellement dans la position qu'elle occupait. Effectivement le squelette unique étendu dans la grotte touchait par la partie supérieure à une sorte de gradin sur lequel la hache avait été posée horizontalement, le tranchant tourné vers le côté se rapprochant de l'ouverture de la grotte. Dans cette position, il était impossible qu'elle fût tombée accidentellement, puisque le gradin dominait tous les points qui environnaient le squelette. Une autre sépulture contenait une hache pourvue de sa gaine et du manche, elle avait été placée à droite du squelette à la hauteur de l'épaule. Il est à remarquer que ces deux exceptions se rencontrent dans des grottes occupées par un squelette seul. Ce rang privilégié accordé à la hache révèle incontestablement une pensée. Le rôle exceptionnel de la hache s'affirme d'une manière positive. Ce n'est pas simplement un instrument funéraire, mais bien un objet votif consacré, traité sous l'inspiration d'un sentiment religieux.

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L'instrument apparaît donc revêtu d'un caractère moral, religieux, il faut le reconnaître avec les archéologues qui ont écrit sur ce sujet. Les emmanchements soigneusement traités, de plusieurs nuances, attestent de leur côté que tout était mis en œuvre lorsqu'il s'agissait de rehausser l'instrument privilégié. La préparation de la gaine de la hache nécessitait un travail considérable et attentif. Ce travail, toujours exécuté avec une habileté visible affecte très souvent une grande recherche et se présente avec des contours élégants et des formes très-variées. La matière destinée à servir de gaine était recherchée et choisie avec une attention spéciale. Ce n'est point sans des efforts prolongés qu'on est parvenu à donner aux gaines la perfection qu'elles ont acquise. Avec un outillage si primitif il y avait une certaine difficulté à les tailler, les scier et les polir.

Lorsque la corne des cervidés, destinée à former la gaine, conservait son extrémité naturelle, cette partie très dure et d'une grande solidité donnait à l'instrument des conditions précieuses de durée. Les ouvriers qui confectionnaient les gaines semblent en effet avoir cherché à éviter de mettre à jour les parties renfermant les cellules médullaires. Cependant, dans les bois offrant une grande dimension ou lorsque le besoin exigeait une gaine courte, il fallait nécessairement opérer la section et mettre à découvert la partie interne. Dans ces circonstances, le manche perdait considérablement de sa solidité; pour obvier à cet inconvénient, la substance spongieuse était remplacée par un andouiller introduit avec force qui empêchait ainsi l'action de tout©s les causes qui auraient pu altérer la force de la gaine. Cet obturateur se retrouve encore fréquemment dans un état de solide adhérence. Toutes les gaines n'étaient pas polies ou retaillées. Les aspérités naturelles de la corne étaient conservées dans certains cas, alors elles formaient une ornementation d'un très-bon effet. La préparation des gaines constituait donc une œuvre matérielle sérieuse, qui donne la mesure de l'importance attachée à la hache. Nous trouvons la preuve de la valeur qui était attachée à la gaine, dans la réparation qui a été faite de ces emmanchements

(fig. 41 ). Deux trous ont été pratiqués sur les côtés opposés de la fente longitudinale, afin de rapprocher les bords et de les consolider à l'aide d'un lien quelconque. Les dimensions des haches emmanchées sont très-variées. Il y a lieu de croire que ces formes diverses répondaient à une destination spéciale.

Les gaines que nous avons pu conserver sont au nombre de vingt-quatre. Les dimensions, sous le rapport de la grosseur et de la longueur, sont excessivement variables. La multiplicité de ces proportions produit nécessairement une grande variété dans le diamètre des orifices destinés à recevoir l'instrument

lui-même. La longueur des gaines compte depuis 13 centimètres jusqu'à 24. La direction du tranchant n'est pas toujours la même; généralement le tranchant est perpendiculaire au trou du manche, mais il se présente des cas exceptionnels où il est placé horizontalement. La perforation qui permettait d'introduire le manche dans la gaine n'occupait pas toujours le centre. Une des sculptures de Coisard représentant une hache complète porte son manche vers l'extrémité de la gaine. Ce procédé permettait d'employer utilement la hache dans un espace étroit et dans les situations resserrées.

Parmi les gaines provenant des grottes, une est particulièrement digne d'attention, la partie destinée à recevoir la hache n'est pas évidée. Sa forme est si parfaitement semblable à celle des gaines, qu'il semble difficile de lui prêter une desti-

nation différente. Ce n'est point un instrument complet, car il n'existe aucune trace de l'usage auquel il aurait été employé. Il est donc probable que c'est là une gaine inachevée qui a été déposée dans la sépulture pour un motif que nous ignorons.

Les haches restées adhérentes à la gaine ou au moins ayant conservé leur position sont au nombre de dix-huit. La plus courte mesure 17 centimètres et la plus longue 29. Entre ces deux dimensions extrêmes, il existe de nombreux intermédiaires qui forment une gradation régulière. L'instrument, dans ces conditions, revêt des aspects très nuancés. La série des haches emmanchées présente des différences très marquées ; car, indépendamment des dimensions qui varient beaucoup, comme nous l'avons déjà dit, les unes sont droites, d'autres légèrement courbées et plusieurs fortement arquées. En présence de ces dispositions matérielles, il est difficile de ne pas entrevoir que la hache devait avoir un rôle et des usages multipliés. Naguère, M. Boucher de Perthes disait : « Les haches étant employées dans les combats corps à corps, elles n'auraient pu ni percer, ni couper assez profondément pour tuer d'un coup, ni même blesser bien dangereusement. Elles servaient donc comme massue. Mais ici encore leur forme ovale et polie était superflue et même nuisible; car une pierre brute eût été plus redoutable par ses aspérités mêmes, et plus ferme dans la main1. » L'expérience nous démontre aujourd'hui que, sans exclusion pour son rôle symbolique, la hache était certainement un outil. Les haches qui ont conservé leur emmanchement portent en grand nombre les marques certaines de l'emploi qui en a été fait. De plus, les grottes artificielles de nos stations de la Champagne conservent les empreintes innombrables des coups de hache qui ont incontestablement servi à régulariser les parois. On peut même juger de la perfection de l'instrument par les traces qu'il a laissées dans la craie. Souvent les brèches qui existaient sur le tranchant impriment un caractère spécial aux coups qui ont été portés. Les haches en matière étrangère trouvées

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