Montelius, la Suède préhistorique, p
donné de haches en grès, cependant il en existe dans la région qui ont été trouvées sur le sol.
Les roches étrangères sont représentées dans nos stations par vingt exemplaires dépourvus de leur gaine. Ces haches sont en jadéite, chloromélanite, néphrite, schiste, aphanite, diorite et serpentine magnétique. Cette dernière (fi g. 42) est percée vers le milieu. La perforation a été pratiquée par des procédés très-primitifs, car il est facile de constater combien le travail a été péniblement exécuté. L'ouverture a été faite en opérant sur les deux surfaces opposées. Vraisemblablement, cette
Fig. 42.
hache a dû être portée longtemps, car le tranchant est émoussé d'une manière qui indique un frottement doux et prolongé plutôt que les résultats de percussions réitérées. Les exemples où la hache est employée comme amulette sont assez fréquents pour autoriser à reconnaître ici un de ces talismans dont il a été si souvent parlé dans les travaux archéologiques. Après ces détails sur les éléments composant la hache complète, il nous paraît utile de renvoyer à la planche IVe indiquée à la page 166. Il est facile, par l'inspection de la figure, de se repré-
3i2 LES HACHES POLIES.
senter la hache telle qu'elle était en usage dans les stations néolithiques de la Marne. La fabrication des haches a donné lieu à des opinions très-différentes. Les uns voient un travail sérieux de longue durée, d'autres une opération facile, peu difficultueusè.
Les archéologues qui ont recherché les moyens employés pour fabriquer les haches et travailler le silex en général ont signalé plusieurs procédés qui sont encore en usage chez les sauvages. Les expériences les plus sérieusement faites en Danemark avec les instruments dont l'industrie dispose aujourd'hui démontrent que le travail est difficile et qu'il faut un temps considérable pour obtenir un résultat satisfaisant. Les tribus néolithiques n'ayant pas les ressources que l'industrie donne aujourd'hui devaient nécessairement consacrer un temps considérable malgré l'habileté résultant d'une grande pratique. Le Dr Forel a prétendu, au contraire, que le travail était trèsfacile. C'est ainsi qu'il s'exprime en effet : « J'ai choisi, dans un tas de cailloux d'erratique alpin, un fragment d'euphotide (Gabbro), l'une des roches dures employées par nos ancêtres pour la confection de leurs haches; ce morceau était gros comme les deux poings et de forme assez convenable ; en m'aidant seulement des outils primitifs, j'en ai façonné une hache du poids de 515 grammes. J'ai commencé parla tailler en la martelant, à grands coups d'abord, puis à petits coups, avec un fragment de saussurite (feldspath très-lourd et très-compacte), et j'ai employé, en deux séances, une heure et dix minutes pour lui donner la forme parfaite d'une belle hache du type des hachettes et surpalaflttes. Je l'ai ensuite aiguisée en la frottant sur une meule dormante de molasse, grès à très-petits grains, et, en plusieurs séances, je suis arrivé, au bout de quatre heures et dix minutes, à lui donner un tranchant très-régulier. Cela représente un total de cinq heures et vingt minutes, soit une demi-journée de travail pour la taille et l'aiguisage d'une grosse hache de pierre trèsdure, avec les moyens mécaniques et les procédés antiques. »
a Deuxième expérience. — J'ai choisi un morceau de serpentine, pierre tendre relativement à la pierre précédente, et, sans aspirer à la forme idéale et à la facture finie et bien ter-
minée d'une très-belle hache, j'ai cherché à fabriquer, aussi rapidement que possible, un instrument assez tranchant pour être immédiatement utilisé. En trente-cinq minutes de temps, j'avais, avec mon marteau de saussurite et ma meule dormante, assez bien aiguisé ce morceau de serpentine pour en faire une hache, informe il est vrai, mais cependant capable de couper un morceau de bois et surtout de fendre un crâne1. »
Les roches qui ont servi de matière première pour faire les haches ont été particulièrement étudiées par M. Damour qui en a fait connaître la composition. Les aspects sous lesquels la jadéite se rencontre ont été indiqués dans les plus grands détails, ainsi que les résultats de l'analyse chimique qui en a été faite.
Les nombreuses variétés de jadéite, bien que présentant une grande ressemblance, ne sont pas absolument d'une composition identique. « Du reste, ajoute M. Damour, il est à considérer que la matière des haches est rarement d'une pureté absolue, et que, sur bien des échantillons, elle constitue non une espèce simple, mais plutôt un mélange de divers éléments dans lesquels la jadéite paraît entrer pour une plus ou moins forte proportion. Les matières mélangées peuvent appartenir à des minéraux de la famille des épidotes ou des pyroxènes isomorphes de la jadéite et d'une densité à peu près égale 5 car, dans le cas où il y aurait mélange de minéraux feldspathiques, la densité serait notablement plus faible2.
« Gisement de la jadéite. — C'est de l'Asie centrale et particulièrement de la Chine que sont venus les objets sculptés en cette matière, actuellement répandus dans les collections. La jadéite se trouve sur une montagne nommée Yu-sin (montagne de jade), située sur la province de Tche-Kiang, frontière du Kiang-Sy. Les habitants du pays désignent cette espèce minérale sous le nom de fy-tse. Je tiens ces renseignements d'un négociant chinois établi à Paris.
« J'ai lieu de croire que la jadéite se trouve aussi sur le
1. Forel, Sur la Taille des haches de pierre. Matériaux, p. 521 et 522. 1875.