ART. 3. — SUITE DU PRÉCÉDENT
I. Les salles ou chapelles des catacombes sont ornées d'antiques peintures en mosaïque ou à l'encaustique; et les tombeaux qu'on y voit sont quelquefois décorés de sculptures plus ou moins riches et plus ou moins curieuses. En général, tout ce qui reste de cet art primitif des catacombes est extrêmement intéressant à étudier, tant sous le rapport de la théologie apologétique que sous le rapport de l'archéologie chrétienne. Le théologien y découvre l'usage des saintes images établi dès les premiers siècles de l'Église; et l'archéologue l'expression
{*) Un grand nombre de peintures des catacombes représentent de ces louchantes agapes. (Yoir Tableau des Catacombes.)
authentique de l'état où se trouvaient alors la peinture et }a sculpture: deux branches de Tart catholique dont les destinées occupent une large part dans l'histoire philosophique de la civilisation chrétienne. Les peintures surtout excitent au plus haut degré l'intérêt de l'artiste chrétien. On y remarque , il est vrai, les inévitables défauts d'un art dans l'enfance, et quelle enfance ! environnée de persécuteurs et de bourreaux ! Mais on y constate aussi les germes féconds d'un brillant avenir et une aspiration incessante vers le beau céleste, déjà bien sensible à son début , et fort remarquable sous plus d'un rapport. M. Peré vient d'y découvrir des peintures du plus grand mérite, des véritables chefs-d'œuvre. (Voir le rapport de M. Vitet à la Chambre des Députés.)
II. Indépendamment de divers portraits ou simples représentations plus ou moins authentiques et hiératiques de N. S. J.-C, de la Sainte-Vierge et des apôtres Pierre et Paul, on trouve, parmi les peintures des catacombes, un grand nombre de faits bibliques tirés de l'Ancien et du nouveau Testament, longuement décrits par les auteurs que nous citerons à la fin de ce chapitre , mais que nous ne pouvons que signaler ici en général. Les sujets allégoriques et symboliques y sont trèscommuns aussi. On y remarque, entre autres, la Colombe, le Phénix, le Paon, le Coq, l'Ancre, le Navire, la Lyre, etc., et surtout le Poisson, dont le nom grec ((x^i)Ç ichthus) offre les cinq lettres initiales des cinq mots grecs suivants : IridovÇ XpiarôÇ Beov \)f6Ç , aoDTvip , c'est-à-dire : Jésus-Christ , Fils de Dieu, Sauveur. On a cru aussi y reconnaître la figure d'Orphée, comme symbole du Rédempteur, etc. (*). (Voir sur tous ces symboles notre IIP® partie.)
III. Parmi les mille objets curieux que l'on a trouvés dans les catacombes, tels que lampes, meubles, armes, instruments de profession ou de supplice, bijoux de femmes, hochets d'enfants, vases, etc., nous nous contenterons de dire un mot des lampes et des vases de sang, comme se rapportant plus directement au culte catholique.
Par suite de leur position au-dessous du sol, les catacombes
C*; Quelques modernes ne voient dans celte figure que N.-S.-J.-C. luimême et non Orphée.
étaient privées, ou à peu près, de la lumière du jour; il fallait donc, pour guider les pas des fidèles et éclairer les cérémonies du culte , y suppléer par des lumières artificielles. De là, cette grande quantité de lampes qu'on y a découvertes et qu'on y trouve encore tous les jours (*). Les unes étaient posées dans de petites niches , ou sur de petites consoles en brique ou en marbre fixées dans les murs des corridors ; d'autres étaient suspendues par des chaînes aux voûtes des chapelles , comme celles de nos jours ; d'autres enfin étaient placées devant des tombeaux ou même déposées dans leur intérieur. Les premières évidemment étaient destinées à guider la marche des chrétiens ; les secondes à éclairer les cérémonies religieuses, et les troisièmes à honorer les dépouilles des morts. Ces lampes sont, pour la plupart, en terre cuite, en argile ; il y en a aussi en bronze, en argent et môme en ambre. Elles sont souvent ornées d'images de N. S. J.-C, des apôtres saint Pierre et saint Paul , ou d'autres figures symboliques (264).
Quant aux vases trouvés près des tombeaux , il a été victorieusement démontré, par les archéologues romains , qu'ils avaient servi à recueillir le sang des martyrs. M. Raoul- Rochette, Tun de nos antiquaires les plus distingués, qui en avait douté, a eu la bonne foi de se rétracter publiquement (Voir à la II"** partie, ch. xxv, ce que nous y disons encore des catacombes.)
IV. Les cryptes les plus anciennes n'étaient quelquefois que des catacombes de petite dimension, et le plus souvent môme de simples souvenirs des catacombes primitives: comme celles que l'on construisit en grand nombre pendant le moyen-âge et dont nous parlerons plus tard.
Quelques-unes de ces cryptes étaient fort petites et ne s'étendaient que sous le sanctuaire , ou môme seulement sous l'autel ; d'autres, au contraire, étaient fort grandes et régnaient sous toute l'église. Elles servaient à conserver précieusement les corps des martyrs, des confesseurs de la foi et autres saints, et en général toutes les reliques. On les appelait et on
(*) Les premiers chrétieDS se servaient aussi, dans les cérémonies r6ll« gieuses, de cierges en cire jaune, tels que ceux dont PÉglise se sert en* core aujourd'hui pendant la semaine sainte ; précieux souvenir des temps anciens \ Les cierges en cire blanche sont d'une date assez récente.
— ailes appelle encore martyrium ou confession. Souvent , il y avait un autel pour le saint Sacrifice qu'on y offrait quelquefois. Ceux qui désireraient de plus longs développements sur les catacombes, consulteront avec fruit et intérêt Y Esquisse de Rome chrétienne, par M. Vabbé Gerbet; les Trois Borne, par M. Tabbé Gaume; le Tableau des Catacombes, par M, Raoul-Rochette, le grand travail de M. Peré, etc. Parmi les cryptes primitives, nous signalerons celles de Saint -Irénée et de Saint-Potin, à Lyon; celles de Sainte-Madeleine et de Saint- Victor, à Marseille, etc.
j^j^T, 4. — DES PREMIÈRES ÉGLISES APRÈS LA CONVERSION DE CONSTANTIN.
I. Lorsque Tempereur Constantin eut embrassé le christianisme, il autorisa le saint pape Sylvestre à choisir, pour en faire des églises, les édifices publics qui conviendraient le mieux aux exigences du nouveau culte. Mais les temples païens ne pouvaient évidemment convenir à un aussi saint et aussi noble usage , d'abord parce qu'ils étaient souillés par toutes les superstitions et les abominations de l'idolâtrie, et partant en horreur aux chrétiens; et ensuite parce que généralement ils étaient trop petits pour un culte qui appelait tous les fidèles dans l'intérieur des églises, contrairement au paganisme qui excluait de ses temples la masse du peuple et n'y admettait que les pontifes, les sacrificateurs et quelques citoyens privilégiés.
IL Des temples païens, il est vrai, furent quelquefois purifiés et consacrés au culte du vrai Dieu ; mais ce ne fut que plus tard, alors que le souvenir des abominations idolâtriques était à peu près effacé de la mémoire des nouvelles générations, ou n'excitait plus , dans l'âme des fidèles, que le mépris ou l'indifférence. Et même alors, ces temples ainsi purifiés ne satisfaisaient que très-rarement , ou même jamais, aux besoins du culte catholique: toujours il fallait les modifier plus on
moins pour les y approprier. Aussi se demandc-t-on , arec étonnement, comment aux xvii»« et xviii«« siècles, et même encore de nos jours , on a pu avoir la pensée de les prendre pour modèles de nos églises modernes , alors qu'on avait sous les yeux les belles et majestueuses églises du moyen-âge si bien appropriées aux cérémonies du culte catholique.
III. Les temples furent donc sagement répudiés alors ; mais à défaut des temples , il existait à Rome et dans un grand nombre d'autres villes de Tempire , de vastes édifices destinés aux affaires civiles et commerciales: et ces édifices qui, par leur forme comme par leur étendue, pouvaient être très-facilement adaptés à toutes les exigences de la liturgie catholique, étaient les basiliques, maisons royales. Elles étaient fort simples à Textérieur, mais plus ou moins richement ornées à Tintérieur. Leur forme ordinaire était un parallélogramme divisé généralement en trois parties ou nefs longitudinales par une double colonnade. La nef du milieu était plus large et plus haute que les deux autres , dont l'une était destinée aux hommes et l'autre aux femmes. Au fond était un espace en hémicycle, appelé abside (*). C'est là que siégeait le président du tribunal environné de ses assesseurs ; un peu plus bas et en avant était le transept séparé de l'abside par une balustrade appelée cancel; et c'est dans cette enceinte que se tenaient les avocats et les plaideurs. On voit par là combien il était facile de transformer une basilique en église chrétienne, telle que nous allons la décrire.