‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 14 sur 112 · ART. 1" — PHASE LATINE PRIMAIRE DU V« SIÈCLE AU IX · texte numérisé non relu

ART. 1" — PHASE LATINE PRIMAIRE DU V« SIÈCLE AU IX

§ I. — Plan des Eglises. — Appareil,

I. Plan des églises. — Il ne reste, en France, que fort peu d'églises construites pendant cette première phase de la période latine. Aussi les termes de comparaison se réduisant à quelques édifices plus ou moins ruinés, il est très-difficile de se former une idée complète et bien exacte de Tensemble de Tarchitecture religieuse de cette époque reculée. Toutefois, en comparant ce qui nous reste de ces vieilles églises avec ce que nous en disent les historiens du temps; en étudiant surtout les monuments contemporains qui existent encore en divers lieux de Tltalie et qui sont, après tant de siècles, en assez bon état de conservation, on peut conclure, avec assez de certitude, que le plan général de la basilique latine fut conservé à peu près tel qu'il était sous Constantin. Néanmoins, quelque peu importantes que soient les modifications qu'il subit sous la première phase romane, nous allons les signaler comme moyens assez faciles de caractériser les églises construites du v"® au ix°»« siècle.

II. L'église romane conserva généralement les trois nefs que nous avons remarquées dans la basilique primitive ; mais le transept reçut une modification des plus heureuses, en se prolongeant à ses deux extrémités , de manière à former comme une nouvelle nef transversale , et à donner au plan général de

rédifice , la forme si chrétienne et si symbolique de la croix. Ces deux extrémités ainsi prolongées devinrent bientôt de véritables chapelles qui reçurent plus tard des autels particuliers (168).

Dès lors cependant, il y avait, surtout dans les campagnes, un assez grand nombre d*églises qui n'avaient qu'une seule nef et pas de transept. D'assez grandes églises ^ villes se trouvaient parfois aussi dans ce cas; ce qui était pourtant fort rare , et alors môme, le transept, sans être prolongé de manière à former la croix, avait ses extrémités distinguées à l'extérieur et à l'intérieur par des verrières plus grandes et plus élégantes.

III. Une autre modification qui mérite tout particulièrement Vattention^ de l'archéologue et qui fut apportée, dès le vi">® siècle, au plan général de l'église, c'est son orientation éminemment symbolique. On sait que les premiers chrétiens se tournaient vers l'Orient pour prier, soit parce que le soleil est l'image de Jésus-Christ, véritable soleil de justice; soit plutôt encore parce que c'est de l'Orient que doit venir le souverain juge des vivants et des morts d'après une pieuse croyance; le chevet de l'église fut donc tourné en conséquence vers l'Orient et la principale porte vers l'Occident; et cette disposition , bien que jamais universellement admise , n'en fut pas moins commune pendant tout le moyen-âge (*). Dès lors aussi le chœur s'allongea progressivement, et bientôt les chapelles commencèrent à se multiplier autour de l'abside ; cet usage néanmoins ne fut guère constant et généralement reçu que pendant la seconde période.

Les cryptes aussi subirent quelques changements; elles n'étaient au commencement que de simples caveaux ayant un autel , et destinées à recevoir les reliques des saints et des martyrs. Mais, dès le vi"*® siècle, elles s'agrandirent successivement, au point de s'étendre sous tout le chœur et quelquefois même sous toute l'église, de manière à former de véritables

(*) On a remarqué que souvent le chevet de Téglise, surtout en Angleterre, n'était pas tourné très-exactement vers TOrient, mais bien vers le point de rhorizon où se levait le soleil au jour de la fête du saint patron de réglise.

églises souterraines arec un ou plusieurs autels (*). Parmi les cryptes du moyen-âge, nous signalerons celles de Saint-Gilles (Gard), de Mont-Majour, près d'Arles, d'Apt, etc.,

IV. Appareil. — On appelle ainsi Tensemble des pierres d'une bâtisse quelconque, lorsqu'elles sont taillées d'une égale grosseur. On distingue le petit appareil, dont les pierres carrées ont de 8 à 12 centimètres en tout sens, quelquefois il est plus large que haut; V appareil moyen, dont les pierres ont de 18 à 22 centimètres de surface, et le grand appareil, dont les pierres sont d'une dimension plus considérable.

L'appareil des églises de la première phase latine est assez semblable à celui des constructions romaines dites de petit appareil. Les pierres sont séparées entre elles par une couche de mortier fort épaisse , parfois saillante. Cependant , comme dans le Midi les matériaux ont toujours été et plus abondants et d'un emploi plus facile que dans le Nord, il n'est pas rare d'y rencontrer l'appareil moyen; mais le grand appareil n'apparaît probablement nulle part avant le x"»® siècle.

En certaines contrées, les briques, soit seules, soit alternativement mêlées à des pierres plates, furent employées dans la construction des églises. Tantôt elles étaient disposées par couches horizontales destinées à consolider les murs ou à conserver le niveau et l'alignement; tantôt elles servaient à faire les cintres et les archivoltes des portes, des fenêtres, des arcades, etc.; tantôt, enfin\ on en composait des moulures, des corniches, des cordons ou d'autres ornements variés, incrustés ou en saillie, et dont la couleur rouge tranchait agréablement sur le fond grisâtre des pierres et du mortier (116).

(*) Indépendamment des cryptes ou confessions enUèrement creusées sous le sol , U y en avait d'autres qui étaient quelquefois ménagées sous le sanctuaire de manière à être facilement aperçues des fidèles qui entraient dans l'église. Alors Pautel et le sanctuaire étaient plus élevés et Ton y montait par deux rampes d'escaliers, placées l'une à la droite et l'autre à la gauche de la confession, Rome en possède de cette sorte, et l'on en voit une parfaitement conservée dans l'église de Saint-Honorataux-Aliscamps , à Arles. M. le Curé du Pont-Saint-Esprit vient d'en faire construire une de ce genre dans son égUse paroissiale. Les sœurs Carmélites de Nimes viennent également d'en faire faire une dans leur chapelle; c'est un usage constant dans cet ordre.

§ II. — Colonnes, Piliers, Fenêtres, Portes, Arcades, Entablement , Abside,

I. Colonnes et piliers. — Là où les ouvriers chargés de construire une église purent se procurer des colonnes et des chapiteaux antiques , il les employèrent à leur œuvre (*) , mais ce fut le plus souvent sans goût et sans idée d'ordonnance ou de symétrie. Une colonne antique manquait-elle de chapiteaux ? Un ouvrier mal habile tâchait de lui en faire un d'une forme plus ou moins grecque ou romaine , mais ordinairement fort mal travaillé , sans caractère , sans pureté , sans élégance ; les feuillages en étaient très-mal dessinés et encore plus mal exécutés et les moulures toujours d'un style barbare et grossier.

Là où les colonnes antiques manquaient absolument , les architectes y suppléèrent par des piliers carrés , courts , quelquefois cannelés et rudentés , ordinairement surmontés de simples impostes taillés en biseau, ou de chapiteaux grossiers , trapéziformes , cubiques , etc. , presque toujours sans rapport avec eux (35-36-37-48). Cependant, dans quelques églises, on rencontre parfois des pihers ronds, mais ils n'en sont pas moins lourds , massifs et sans grâce. Dans quelques localités du Midi et ailleurs, on trouve néanmoins des chapiteaux corinthiens, ou d'une forme approchante, d'une si grande élégance et si bien exécutés , qu'on les a pris pendant longtemps pour des chapiteaux antiques; tels sont, entre autres , les chapiteaux du porche de Notre-Dame-des-Doms à Avignon , que l'on croit de l'époque de Charlemagne ; ce qui tient, évidemment, à l'influence qu'ont toujours dû exercer sur les artistes , les beaux modèles antiques si communs dans nos contrées. On doit en dire autant de ceux de Saint-Gabriel , près de Tarascon , etc.

(*) C'est ainsi que Charlemagne fit traniporter des colonnes de Nimei, pour la construction de Tégllse d'Aniane , près de Montpellier.

— SS- II. Fenêtres, — Les fenêtres sont fort simples , sans ornements et généralement sans grâce. Quelquefois elles ont en hauteur deux fois leur largeur, et d'autres fois elles sont tellement étroites qu'elles ressemblent à de véritables meurtrières de remparts. Le plus souvent elles sont cintrées à leur sommet ; il est fort rare d'en rencontrer de carrées. Leur cintre qui repose presque toujours sur des pilastres grossiers ou sur des pieds-droits larges et écrasés, et quelquefois sur des colonnettes lourdes et disgracieuses, est de la plus grande simplicité, sans ornements et sans moulures sculptées. Il se compose le plus souvent d'un simple rang de briques rouges ou de pierres symétriquement arrangées, quelquefois disposées alternativement avec les briques , de manière à donner à l'archivolte un aspect assez agréable. Cette archivolte est assez souvent encadrée dans une bordure circulaire , simple ou double, formée de briques ou de pierres saillantes en cordon. Lorsque la bordure est double , l'intervalle compris entre les deux cordons est rempli de pierres rectangulaires ou carrées de petit appareil (65-66).

Les fenêtres , à cette époque , étaient fermées tantôt par des pierres minces et transparentes, ou percées à jour; tantôt par des treillis en pierres ou en bois dont les vides étaient remplis quelquefois , par des verres déjà usités dans les basiliques (65).

III. Portes et arcades, — Les portes sont ordinairement carrées et surmontées d'un arc en plein cintre , formant tympan (79-80). Celui-ci est rempli ou par des pierres de petit appareil ou par une croix grossière , ou par tout autre bas-relief peu gracieux. Quelques portes de cette époque sont cependant cintrées et enfermées dans un encadrement carré (82).

Lorsque , pendant le jour , elles étaient ouvertes pour les offices ou pour la seule dévotion des fidèles , elles étaient garnies de grands et riches rideaux , comme c'est encore l'usage en Italie (79).

Les arcades qui mettent en communication la grande nef avec les bas-côtés , sont en plein cintre , sans autre décoration que la symétrie des pierres ou des briques. Mais la grande arcade qui sépare la nef du chœur , et qui porte le nom d'arc triomphal , était alors beaucoup plus ornée que les autres ; elle était ordinairement couverte de peintures , de mosaïques,

— Sade moulures, d'incrustations et de médaillons , qui représentaient des apôtres , des martyrs , d'autres saints , etc. ; mais le médaillon du milieu était constamment réservé à la représentation de Notre-Seigneur^Jésus-Christ.

IV. Entablement, abside. — L'entablement, comme dans les basiliques primitives , avait entièrement disparu , et n'était le plus souvent remplacé que par un cordon grossier supporté par des modillons simples ou grossièrement ornés.

Uabside n'avait pas de fenêtres ouvertes et proprementdites , mais seulement des fenêtres et des arcatures simulées. Elle était, d'ailleurs, et surtout en Italie, entièrement couverte d'ornements et décorée de magnifiques mosaïques à fond d'or ou noir. Le Sauveur du monde revêtu d'une longue toge et d'un riche manteau en occupait le centre. Le reste de l'église était généralement lambrissé de marbre et couvert de peintures à la fresque ou à l'encaustique, etc. Toutefois , ce ne fut guères que plus tard que ces embellissements eurent lieu dans les églises de France.

I IIL — Voûtes, Tours, Ornements, Inscriptions.

I. Voûtes, — Ordinairement les églises de la première phase romane n'étaient pas voûtées. Le plus grand nombre montraient à nu leurs charpentes souvent décorées avec magnificence. L'or, l'argent, les couleurs les plus vives y brillaient à la fois. Quelques églises, néanmoins, avaient des plafonds riches , à caissons dorés et peints , comme on en voit encore en Italie. S'il en existait de voûtées ( ce qui n'est guères probable ) , leurs voûtes devaient être en moellons noyés dans le mortier, telles qu'il s'en construisit positivement sous la seconde phase. Les églises , en général , n'étant pas voûtées, les contreforts destinés à neutraliser la poussée des voûtes , devenaient à-peu-près inutiles ; aussi, n'étaientils à cette époque que de simples pilastres assez minces, n'ayant au plus que trois ou quatre décimètres d'épaisseur , et souvent même ils n'étaient que simulés , servant plutôt à la décoration qu'à la solidité de l'église (95).

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