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ART. 4" — PHASE PRIMAIRE OU PROGRESSIVE

( XI« siècle pour le nord ; XP siècle et presque tout le Xlle pour le Midi.)

§ I. — Observations préliminaires,

I. Le X® siècle venait de finir , et , avec lui , s'étaient évanouies les craintes chimériques de la fin du monde, qui avaient jeté les populations dans Tapathie et le découragement. Avec le xi® siècle, commence une ère nouvelle pour l'architecture religieuse , une véritable résurrection pour Tart chrétien.

Les communications , plus fréquentes alors , avec l'Orient, occasionnées par les Croisades , imprimèrent naturellement une nouvelle et puissante direction aux idées , aux habitudes et aux mœurs des nations occidentales. L'art lui-même dut se modifier et s'élancer dans les voies inconnues d'un progrès encore problématique , mais vivement pressenti ; il ne pouvait pas rester étranger à cette révolution providentielle qui remuait et renouvelait toute l'organisation sociale de cette époque d'énergique activité, de brillante imagination et d'une foi religieuse non moins vive que puissante. Aussi, est-ce principalement à partir de ce moment fastique que les plus riches traditions byzantines se manifestent en France , avec le plus d'éclat et de puissance, dans les constructions et la décoration des plus belles églises de cette époque.

IL Dès la fin du vi® siècle, il est vrai, l'influence byzantine s'était révélée, comme nous l'avons déjà observé, en certaines contrées de l'Europe, en Italie , entre autres, et sur les bords du Rhin , par des édifices assez remarquables , bâtis dans le style grec de Byzance ; mais il est vrai aussi que jusqu'au xi^ siècle ,

notre patrie resta à-peu-près complètement étrangère à cette architecture hybride et exotique. A partir de l'an ^000 , au contraire , il y eut en France une certaine fusion de Tart latin et de Tart oriental, principalement dans le Midi, où cette architecture romano-byzantine fut accueillie avec une telle faveur et s'acclimata à tel point , qu'elle ne le céda , dans la suite, à Tarchitecture ogivale que fort tard, comme à regret et même peut-être jamais parfaitement.

III. Les emprunts que Tart chrétien de TOCcident fit, à cette époque, aux traditions de l'art grec de Byzance sont assez nombreux. Indépendamment de la coupole (165), des fenêtres géminées , des arcatures etc. , dont nous avons déjà parlé , l'influence orientale se fit puissamment sentir dans les décorations, les sculptures, les incrustations, les mosaïques, les peintures murales et sur bois , la statuaire , etc. , de tous les monuments les plus remarquables de cette période.

Mais un élément nouveau qui apparaît dans l'architecture chrétienne dès la fin', au moins, du xP« siècle, et que nous devons signaler d'une manière toute spéciale à l'attention de l'archéologue chrétien, c'est l'ogive, cet arc générateur et fécond, qui bientôt va doter l'Europe catholique de tout un nouveau système architectural, qui sera aussi profondément religieux et mystique qu'éminemment original , et par là même extrêmement favorable aux conceptions les plus hardies, les plus grandioses et les plus ravissantes du génie chrétien porté à sa plus haute puissance de création.

IV. Mais avant de régner exclusivement dans nos plus magnifiques cathédrales du moyen-âge, l'ogive se montra, concurremment, avec le plein cintre, dans un très -grand nombre d'églises romano-byzantines. C'est même l'absence ou la présence de l'arc ogival , dans les monuments de cette période , qui nous fournira le caractère le plus constant et le plus frappant, qui puisse nous aider à distinguer, au premier coup-d'œil, les églises qui appartiennent à la phase progressive , de celles qu'on doit classer sous la.phase trànsitionnelle.

Les monuments religieux des xi"® et xii"® siècles se ressemblent si fort, en effet, qu'en général les auteurs les plus versés dans l'archéologie chrétienne les confondent ensemble, dans la description qu'ils donnent des caractères propres aux églises lomano-byzantines. Quant à nous, à l'exemple de quelques

auteurs nouveaux , nous croyons pouvoir comprendre sous la phase primaire ou progressive , comme nous venons de Tinsinuer, toutes les églises où l'ogive n'apparaît pas évidemment ; et sous la phase transitionnelle , toutes celles où l'ogive se trouve mêlée au plein cintre et aux ornements da style romanobyzantin pur : faisant remarquer toutefois que les deux phases marchent à peu près parallèlement ensemble pendant presque tout le XII™® siècle.

V. Au XIII™® siècle , le Nord abandonna le plein cintre et adopta exclusivement le style ogival pur; dans le Midi, au . contraire, comme nous l'avons déjà observé, le style romanobyzantin de la phase transitionnelle, surtout, continua presque exclusivement pendant tout le xuP® siècle et une partie du XIV"® ; les exceptions y sont rares, mais il y en a, comme nous le verrons.

Les divers arcs usités dans l'architecture romano-byzantine sont :

i^ L'arc en plein cintre, formé de la moitié du cercle (18) ;

2*^ L'arc.à fer de cheval, dont les retombées embrassent plus de la moitié du cercle (20) ;

3° L'arc surhaussé , dont les retombées sont prolongées par des verticales au-dessous de la moitié du cercle (21 ) ;

4® L'arc surbaissé, qui a moins de la moitié du cercle (22).

§ IL— Plan y Appareils, Contreforts, Corniches,

L Plan des églises. — La forme des églises de la première phase romano-byzantine rappelle, dans son ensemble, celle des anciennes basiliques; seulement le transept se dessine mieux et, partant, le plan général de l'édifice représente plus sensiblement la figure de la croix latine ; toutefois, dans quelques églises où le chœur est extrêmement prolongé, le plan offre plutôt la forme de la croix grecque.

Vers cette môme époque , apparaissent quelques chapelles absolument rondes, en souvenir sans doute de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, construite sur ce plan.

Dans beaucoup de grandes églises , les basses nefs se prolongent au-delà du transept; quelquefois 'elles s'arrêtent à la

courbure de Tabside, mais d'autres fois elles font entièrement le tour du chevet (178) et se garnissent en même temps de chapelles absidiales qui rayonnent ainsi autour du sanctuaire comme une couronne de gloire , ou peut-être môme comme une couronne d'épines autour de la tête du Sauveur crucifié. C'est môme pour mieux exprimer cette intention symbolique , que les architectes donnèrent dès-lors une certaine inclinaison à Taxe de l'abside , pour représenter ainsi la tête penchée du divin Sauveur sur la croix; ce que les archéologues ne doivent pas négliger d'observer.

La chapelle située au fond de l'abside fut dès-lors universellement consacrée à la sainte mère de Dieu , à moins que tout l'édifice ne lui fût dédié; dès-lors aussi, elle fut toujours, ou presque toujours, ornée avec plus de soins et plus de magnificence que les autres. Le trifori/um, qui régnait déjà sur les bas-côtés de la basilique latine, fut généralement conservé, pendant le moyen-âge, dans les grandes églises au moins.

II. Appareils, — Tous les appareils se rencontrent dans les monuments de cette époque; mais le grand appareil et surtout le moyen sont généralement préférés diU petit, qui devient de plus en plus rare, principalement pour les grandes églises, et plus encore dans les contrées où , comme dans le Midi , les matériaux sont plus communs et plus propres à ce genre de bâtisse.

Les petites églises de campagne, au contraire, sont fort souvent construites en moellons ou en blocage. Cependant, lorsqu'on a pu se procurer des pierres plates, minces et assez larges, on les a placées dans les murs de distance en distance et par assises horizontales, en les inclinant alternativement en sens contraire, de manière à former ce que l'on appelait feuilles de fougères ou arêtes de poisson (opus spicatumj. On a également employé pour ce genre d'appareil des silex ou gros cailloux, comme on le fait encore aujourd'hui dans nos contrées (154).

Dans les monuments plus considérables et plus riches , on imitait, avec des pierres de taille disposées de la même sorte ou autrement, non -seulement les feuilles de fougères, mais encore l'appareil réticulé (opus reticulatumj (155), et une infinité d'autres combinaisons régulières et symétriques , qui formaient une très-grande variété de décorations assez agréa-

— Gables sur le nu des murs. On les obtenait au moyen de pierres diversement taillées et façonnées, qui ressortaient vivement sur des ciments de couleur plus ou moins tranchante et foncée (156, 157, 158).

III. Contreforts. — Les contreforts , au commencement de cette période, ont ordinairement un peu plus de saillie que sous la période latine. Leur épaisseur, néanmoins, n'excède guère 4 décimètres; beaucoup môme sont plus minces, et ceux qui sont les plus épais ont fort souvent leur épaisseur dissimulée , et sont comme divisés par des retraits qui diminuent leur grosseur de distance en distance en montant (96).

Dans quelques églises de cette époque, le contrefort n'est quelquefois qu'une simple colonne élancée et sans chapiteau , à demi-engagée dans le mur (95) ; mais à mesure que l'on avance vers le xii*"® siècle , il devient de plus en plus épais et solide , et c'est alors surtout que son épaisseur est dissimulée par les retraits.

IV. Modulons et corniches, — On rencontre encore quelques modillons simples et sans moulures, en biseau ou carrés; mais, en général, ils sont plus ou moins sculptés et représentent, selon le caprice des ouvriers, ou des têtes plates et grimaçantes , ou des monstres , des volutes , des étoiles , etc. (84, 106, 109).

La corniche, au commencement du xP® siècle, repose immédiatement sur des modillons; mais bientôt elle est supportée par de petites arcatures en plein cintre (107).

Ces corniches couronnent ordinairement et décorent tout à la fois les frontons et les pignons des façades, en suivant leurs pentes , et continuent tout autour de l'église.

fin. — Colonnes, Bases, Chapiteaux , Arcades , Voûtes, etc.

I, Colonnes, — Dans les églises du commencement du XI"® siècle, on rencontre encore quelquefois des piliers lourds et massifs, ronds ou carrés, destinés à supporter les arcades des bas-côtés et de la grande nef; mais plus généralement ce sont des colonnes qui , sans avoir toute la grâce et la pureté de

forme qu'elles eurent au xii"® siècle, ne manquent pas cependant d'une certaine élégance et d'un certain mérite artistique.

Les ouvriers de ce temps-là, plus habiles que leurs devanciers, s'appliquent, en effet, à donner à leurs colonnes les formes les plus variées et parfois même les plus compliquées ; il y en a de simples (49), de croisées (50), d'entrelacées (52), de brisées (51), de nouées (53), d'annelées (54), etc., etc. Cependant, il faut avouer que, souvent encore, elles laissent à désirer pour la grâce et la légèreté. Mais à mesure que Ton avance vers le xii"® siècle, elles deviennent et plus sveltes et plus ornées ; nous en donnerons des exemples à l'article suivant.

Dès le XI"® siècle, quelques piliers carrés ont leurs faces dissimulées par des pilastres cannelés ou des demi-colonnes parfois assez élancées; ce qui leur donne une grâce toute particulière , qui fait déjà pressentir les beaux faisceaux de colonnes des siècles suivants. Il n'est pas rare même de rencontrer, dans les monuments de cette période, des colonnes remplacées par des espèces de caryatides plus ou moins bien exécutées (60).

n. Bases des colonnes, — Au commencement duxP* siècle, les bases des colonnes consistaient, le plus souvent, en de simples socles taillés en chanfrein ; mais vers la fin du même siècle ou même plus tôt elles sont ornées de moulures assez heureusement combinées qui rappellent, dans leur ensemble, les bases antiques un peu dégénérées, il est vrai; quelquefois elles sont décorées de feuilles sculptées , de pattes d'animaux ou de griffes qui sortent de la moulure inférieure et semblent attacher les colonnes à leurs socles (63). Il en est d'autres, surtout au xii"® siècle, qui sont supportées immédiatement par des hommes accroupis, des singes, des lions, etc., etc. (64,84).

III. Chapiteaux, — Les chapiteaux de cette période sont encore plus variés , dans leur forme générale et leurs détails d'ornementation, que les colonnes ; il y en a de fort simples, et ce sont les plus anciens (36, 37); il y en a d'autres, et ceux-ci sont plus récents , d'extrêmement curieux , tout couverts de sculptures , tantôt élégantes, tantôt bizarres; mais fort souvent d'un travail délicat et agréable. On en distingue d'historiés.

représentant des figures humaines , des scènes , etc. (38) ; (ï animés, représentant des animaux réels ou fantastiques (39) ; de fleuris, ornés de feuillages, de fleurs, de fruits, etc. (40, 41 ) . Leurs tailloirs ne sont pas moins remarquables; on en voit souvent qui sont gracieusement ornés d*entre-lacs perlés , de galons brodés , de fleurs , de fruits , de feuilles , d'enroulements, etc. Ce qui les distingue ordinairement des chapiteaux de répoque ogivale, ce sont des denticules ou billettes qui ornent le dessous des abaques , et aussi leur forme particulière et leur système d'ornementation , comme nous le verrons plus tard.

IV. Arcades, — Les arcades sont généralement en plein cintre ,* on en rencontre cependant quelques-unes en arc surbaissé ou à fer de cheval; mais ce n*est guère que vers le XII™® siècle , qu'on en trouve à arc surhaussé ; elles sont communément portées sur de grosses colonnes ou sur des piliers carrés, dont les faces, comme nous l'avons déjà fait observer, sont souvent flanquées de demi-colonnes ou de pilastres qui en dissimulent la lourdeur. Cette dernière combinaison se fait remarquer surtout dans les grandes églises.

Ordinairement les arcades des xP® et xn"*® siècles sont décorées de diverses moulures et d'autres ornements propres à cette époque, et que nous ferons conn^dtre plus loin.

L'arc triomphal surtout est quelquefois décoré avec la plus grande magnificence, comme dans les basiliques latines.

Dès cette phase, on remarque aussi, comme ornement, des arcades et des arcatures simulées, supportées par des colonnes engagées dans le mur ou par des pilastres peu saillants. Elles servent à décorer surtout les grandes surfaces unies, les façades, le nu des murs et le fond des absides.

V. Voûtes et coupoles. — Il est reconnu aujourd'hui que toutes les églises du xi™® siècle ne furent pas voûtées lors de leur construction et que plusieurs ne le furent évidemment que plus tard; mais il n'en est pas moins vrai aussi que dès-lors un très-grand nombre d'édifices religieux de cette époque furent achevés et reçurent leurs voûtes en même temps.

Des ouvriers moins timides et plus habiles parvinrent à en construire de très-hardies et de très-solides à la fois ; on les vit même réussir à élever, à l'exemple des Grecs de Byzance ,

— Gode fort belles coupoles sur pendentifs. Les arts étaient évidemment alors en progrès.

Les voûtes de cette époque sont communément en berceau, divisées , de travée en travée, par desarcs doubleaux. Il s'en rencontre cependant quelques-unes qui sont construites en arêtes, avec ou sans nervures croisées.

I IV. — Portes, Fenêtres, Roses, Tours, Clochetons,

I. Portes, — Au commencement du xi"® siècle, les portes des églises conservent encore une grande simplicité. L'archivolte, ornée de quelques moulures de l'époque, repose le plus souvent sur de simples pieds-droits ou sur des pilastres peu décorés , rarement sur des colonnes. Mais à mesure que l'on avance vers le xii"*® siècle, elles s'enrichissent d'un grand nombre de moulures et d'ornements extrêmement variés. On multiplie les colonnes et les archivoltes ou voussures , et on les couvre de sculptures fort riches (83). Il y a des portes de cette époque qui, sans être ornées de colonnes, n'en sont pas moins remarquables , par les riches et magnifiques moulures qui les couvrent presque entièrement.

Les tympans surtout reçoivent de nombreux et élégants basreliefs, représentant N. S. J.-C. assis et entouré des quatre Évangélistes ou de leurs symboles; la grande et terrible scène du Jugement dernier; la nativité du Sauveur; l'adoration des Mages; la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus, etc. , etc. Les linteaux se couvrent souvent de personnages représentant les Apôtres ou les Prophètes (83, 84.)

II. Fenêtres et œils-de-bœuf, — Les fenêtres de cette phase sont toujours de grandeur moyenne et subissent les mômes transformations que les portes. Elles sont d'abord fort simples, mais elle reçoivent successivement une décoration plus soignée et plus variée , et vers le xiP® siècle , elles sont richement ornées de moulures de l'époque; leurs archivoltes sont ordinairement portées sur des colonnettes , ou au moins sur des pieds droits d'une certaine élégance (67, 68, 69.)

Les fenêtres des étages supérieurs sont souvent géminées (69);

il y en a aussi quelques-unes de ternées, mais alors la baie du milieu est plus élevée que les deux autres (68) ; celles qui sont géminées et surmontées d'un œil -de-bœuf appartiennent au xii"»^ siècle (69.)

L'œil-de-bœuf qui, au commencement du xi"® siècle, orne communément la façade des églises ou les transepts , s'élargit de plus en plus , se décore de riches ornements et prélude déjà aux magnifiques roses des siècles suivants (75.)

III. Tours ou clochers, — Les clochers de cette époque offrent une assez grande variété de formes. Ce sont généralement des tours carrées , composées de deux étages d'arcades ou de grandes baies , en plein cintre , ouvertes ou seulement simulées. Quelques-unes de ces ouvertures sont cependant en mitre, c'est-à-dire en arc aigu au sommet et triangulaire (90 b). La tour se termine tantôt en plate-forme ou en terrasse , tantôt en toit pyramidal à quatre pentes, ou en cône obtus. Dès le XI"*® siècle , néanmoins , et surtout pendant le xu"®, commencent à paraître des flèches plus ou moins élancées et élégantes , à quatre pans , hexagones ou octogones. Elles sont ordinairement construites en pierres de petit appareil. D'abord, il est vrai, elles sont assez basses et lourdes ; mais, dès le xu™® siècle, il en existe d'une grande élévation et d'une légèreté fort remarquable. Celles qui sont octogones ou hexagones sont communément entourées à leur base de petits clochetons en forme de tourelles, de pyramides ou de frontons destinés à remplir, d'une manière élégante, les vides qui restent aux angles des tours (89.)

Le XI"*® siècle , surtout au commencement , offre quelques clochers peu élégants , disgracieux môme ; ce sont de grosses tours carrées, terminées par un simple toit à deux égoûts, ou par quatre pignons surmontés de leurs toits pointus (90).

Le XII"*® offre quelques tours rondes, percées d'un grand nombre de baies géminées , enfermées dans une arcade commune et disposées en plusieurs étages réguliers , ce qui leur donne une grâce toute particulière; tel est celui d'Uzès (Gard) (87.)

Le nombre des clochers varie , dans les basiliques de cette époque, depuis un jusqu'à sept, selon que ces églises sont plus ou moins grandes ou riches. Les clochers-arcades sont toujours assez communs pour les petites églises.

IV. Clochetons, — Les clochetons sont assez rares pendant le xi"»« siècle. Cependant, il s'en rencontre d'assez élégants, surtout vers la fin du môme siècle; mais au xii°®, ils deviennent très-communs. On les place ordinairement aux angles des façades et des transepts, au-dessus des contreforts et surtout aux angles des tours , à la base même des flèches hexagones ou octogones , comme nous l'avons fait remarquer en parlant des clochers (89 6.)

§ 5. — Porches, Cryptes, Fortifications, Anté fixes. Ornements et Inscriptions.

I. Porches, — Quelques églises de cette phase sont précédées d'un porche, espèce de vestibule plus ou moins grand, simple ou très-orné , formé tantôt par l'épaisseur ou la saillie des deux clochers latéraux de la façade; tantôt par le retrait des voussures des portes enfoncées dans l'épaisseur du mur; tantôt aussi dans l'intention bien évidente , soit de ménager un abri aux fidèles avant et après les ofiices , ou un asile aux pèlerins et aux pauvres surpris par la nuit ou l'orage; soit encore dans le but extrêmement important alors de procurer à toute la paroisse un lieu convenable pour traiter les affaires publiques , rendre la justice, etc. On n'ignore pas, en effet, qu'au moyen-âge les assemblées communales se tenaient le plus souvent dans l'église, seul rendez- vous universel de tous les paroissiens. C'est môme sous le porche du lieu saint et entre deux lions de pierre, qu'on ne manquait presque jamais de faire sculpter aux côtés de la porte principale de la basilique, que siégeaient les juges, les magistrats, les abbés, les évoques môme, pour rendre la justice, terminer les différends, etc., etc.; d'où la formule si usitée dans les chartes de ce temps-là : Inter leones; du milieu des lions (*). (Voir l'article porche à la II"® partie et les fig. 79, 84, 285.)

(*^ On tenait tellsraent à cet usage, que lorsqu'on n'avait pas le moyen d'avoir des lions entiers, on tâchait au moins de placer à droite et à gauche du portail des tètes de ces animaux plus ou moins bien exécutées ou enlevées même à des monuments païens.

II. Cryptes et fortifications. — Les cryptes de cette époque ^ comme celles de la phase précédente, s'étendent sous tout le sanctuaire, souvent sous tout le chœur, et quelquefois môme sous presque toute Téglise. Leur voûte est généralement supportée par deux ou quatre rangs de colonnes, grosses, cylindriques et basses, ou par de lourds piliers carrés, cannelés ou non.

Aux XI"* et xii*« siècles, Ton construisit encore assez souvent des églises fortifiées militairement, comme de véritables forteresses. Ces fortifications consistaient quelquefois en des machicoulis (174), semblables à ceux des châteaux - forts de l'époque; ils faisaient souvent tout le tour de l'édifice et étaient parfois accompagnés de créneaux et de meurtrières, comme des remparts (173). D'autres fois ce n'étaient que de simples assommoirs ou moucharabys placés au-dessus des portes pour en défendre l'entrée (174) ; ils étaient avec ou sans meurtrières. Nous avons déjà signalé comme églises fortifiées» de la phase précédente celles des Saintes-Mariés et celle de Maguelone, situées sur les bords de la mer et partant exposées aux incursions des pirates. Nous pouvons en signaler d'autres qui , sans être dans la même position, étaient également fortifiées. Par exemple , l'église de Saint-Laurent-des-Arbres , dans le Gard, celle de Saint-Ruf, près d'Avignon, etc., etc. Mais elles étaient exposées aux attaques des brigands de la terre, non moins redoutables alors que les pirates de la mer. Il est vrai que le concile de Latran de 1122 et celui d'Avignon de 1209 avaient défendu de fortifier les églises, mais ils exceptaient les cas de nécessité.

III. Ornements et antéfixes. — Les principales moulures et les ornements les plus usités dans le style romano-byzantin de cette phase sont : Les étoiles (117); les zigzags, autrement dits chevrons - brisés (118); les zigzags opposés (119); les méandres ou frettes crénelées rectangulaires (120) ; les frottes crénelées triangulaires; les labyrinthes (124); les losanges enchaînés (122) ; les billettes cylindriques (123) ; il y en a aussi de carrées; les nébules (121); les moulures prismatiques; les besans semblables aux pièces de monnaie de ce nom (125) ; les têtes de clous et de diamants (126, 127) ; les cables (138 bis) et les torsades (129); les damiers; les têtes plates (109); les têtes saillantes, grimaçantes (128), et un grand nombre d'ara-

besques extrêmement variées en rinceaux, postes, etc., etc. (83, 153.)

Vanté fixé, appelé aussi angularium, est une pierre ou une brique ornée de décorations en reliefs, placée aux angles des monuments pour masquer les arêtes des toits; on en voit aussi aux coins des tombeaux, de certaines chapelles funéraires, etc.

Ici nous entendons par antéfixe, une espèce de croix sculptée et fleurie, placée au sommet des pignons de^ façades et des transepts des églises. JiCs antéfixes furent en usage pendant les deux périodes romano-bizantine et ogivale (91.)

IV. Inscriptions, — Les lettres capitales des inscriptions de cette époque continuent à rappeler, par leur forme, le type des majuscules romaines dégénérées ; seulement elles deviennent de plus en plus barbares et grossières dans leur exécution et se mêlent souvent à des caractères grecs. Les lettres onciales ou arrondies so.nt encore assez communes , employées seules ou entremêlées de capitales. Les abréviations, jusqu'alors assez rares, se multiplient excessivement, et une ou deux lettres signifient souvent plusieurs mots et plusieurs choses. Aussi les inscriptions deviennent-elles de plus en plus diflSciles à lire et à déchiflfrer. Dans le Midi, cependant, on s'éloigne beaucoup moins de la beauté et de la pureté des inscriptions romaines que dans le Nord. Les lettres onciales s'y conservent également dans toute leur pureté pendant tout le moyen-âgè et jusque sous la période de la Renaissance.

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