‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 18 sur 112 · LE MIDI · texte numérisé non relu

LE MIDI

§ L —Plan des Eglises, Colonnes, Chapiteaux.

I. Comme nous l'avons déjà fait observer, la plupart des églises construites dans le Midi, pendant le xii°® siècle, appartiennent encore à la phase progressive de la période romano-

byzantine* tandis que dans le Nord elles sont toutes ou à peu près toutes de la phase transitionnelle. Cependant, môme dans le Midi, Togive se montre parfois dans des églises du commencement de ce siècle et même plus tôt; mais elle n'y apparaît qu'accidentellement, isolée, timide et peu prononcée. Ce n'est que vers le xifl°« siècle qu'elle s'y montre bien caractérisée et avec tous les ornements du style de transition. Or, c'est cette ogive accompagnée de tous les accessoires de la phase transitionnelle que nous prenons pour principal caractère de cette seconde phase de l'architecture romano-byzantine ; c'en est, en effet, le caractère le plus constant et le plus saillant. Pour tout le reste , ce que nous allons en dire peut s'entendre des monuments de l'une et de l'autre phase de cette période.

II. Plan des églises, — Au xiP® siècle, le plan des églises est à peu près le même qu'au siècle précédent; seulement, il y arrive plus communément que les bas -côtés des grandes églises se continuent tout autour de l'abside et se garnissent de chapelles rayonnantes, comme on en voyait quelquefois au XI"® siècle.

Sous la phase transitionnelle également, l'exécution matérielle des édifices est plus parfaite; les pierres sont mieux travaillées et mieux ajustées ; les décorations sont plus riches, plus variées et plus multipliées. C'est la plus belle époque de l'art romano-byzantin; les monuments en sont nobles, riches, majestueux, imposants et éminemment religieux.

Toutefois, les églises rurales n'ont, le plus souvent, qu'une seule nef avec des arcades simulées et appliquées le long des murs latéraux. On en rencontre encore quelques-unes qui sont rondes ou rectangulaires, sans abside.

Dans les grandes églises , le triforium continue assez généralement à régner sur les basses nefs; quelquefois, cependant, il n'est que simulé. A l'extérieur, la façade et les grands murs sont souvent divisés en deux ou trois étages, au moyen de retraits ou de corniches supportées par des modillons de l'époque.

III. Colonnes et chapiteaux. Les colonnes ornées, sculptées ou peintes, sont extrêmement communes sous cette phase. On y voit, entre autres, des colonnes on spirale (55), à losange (56), chevronées ou contre - chevronées (57), imbriquées (58), godronées (59), etc., etc. Il y en a aussi qui sont tout unies, mais sveltes, légères et d'une grande hardiesse de jet, et alors

leur fût est souvent divisé par des frettes ou anneaux qui sem • blent les fixer au mur, comme pour les consolider (54). Dès lors aussi, on en rencontre parfois de groupées en faisceaux et d'un très-bel effet.

Les chapiteaux sont également mieux travaillés qu'au xi"»« siècle; la décoration en est généralement plus riche et plus parfaite, les moulures mieux fouillées, les sculptures plus délicates, et les fleurs, les feuillages et les fruits qui y sont souvent représentés ne sont pas sans grâce et sans vérité; ils sont ordinairement pris dans la flore locale; ce qui n'avait pas lieu auparavant, si ce n'€st que très-rarement.

Quelques chapiteaux ne sont ornés que de galons perlés , mais artistement engeances et d'un effet extrêmement gracieux; d'autres, plus riches et plus élégants, ont de magnifiques corbeilles qui imitent quelquefois de la manière la plus heureuse et la plus parfaite les belles corbeilles des chapiteaux corinthiens (41), surtout dans le Midi, comme on peut s'en convaincre, entre autres, par les chapiteaux si remarquables de la façade de l'église de St-Gilles (Gard) et de St-Trophime d'Arles.

I II. — Portes, Fenêtres, Arcades,

I. Portes (83, 84). — Les portes des églises du xii"^ siècle sont pour la plupart richement décorées, ornées de colonnes, de statues, de bas-reliefs, etc. Quelques-unes, il est vrai, comme au siècle précédent , n'ont point de colonnes ; mais môme alors elles sont ornées de riches moulures dans tout leur pourtour.

Mais c'est principalement dans les grandes et belles basiliques de cette époque que Jes portes étonnent, par le luxe d'une ornementation vraiment prodigieuse. Elles sont réellement couvertes de sculptures d'une extrême délicatesse : ce sont des rinceaux du meilleur goût, des moulures variées et élégantes, des bas-reliefs, des statues de rois, de prophètes, d'apôtres, etc. , etc. , et une infinité d'autres décorations de l'époque , toutes d'un travail fini et délicat , quelquefois même trop minutieux. Aussi M. Mérimée a pu dire, presque sans exagé-

ration, que des débris de la façade de Saint-Gilles on pourrait décorer dix édifices somptueux.

D2Cns les grandes églises de la phase transitionnelle, Togive (81) est ordinairement employée aux portes, concurremment avec le plein cintre. Lorsqu'il y a trois portes, celle du milieu est souvent en plein cintre , et les deux autres en ogive. Si celle du milieu est ogivale , les deux autres sont habituellement ea plein cintre ; un trumeau , en forme de pilier ou de colonne , sépare presque toujours le grand portail en deux baies, dans les basiliques romano- byzantines ; quelquefois les deux ogives sont enfermées dans un plein cintre ou bien les deux cintres dans une ogive.

Les porches de cette époque sont généralement plus riches et plus décorés que ceux de la phase précédente; ils sont, le plus souvent , formés par le retrait ou renfoncement des portes dans l'épaisseur des façades (84.)

IL Fenêtres et roses. — Les fenêtres du xii"« siècle , surtout celles des extrémités du transept, reçoivent une plus grande dimension ; elles sont souvent géminées et surmontées d'un œil-de-bœuf. Leur archivolte est d'une grande élégance , ornée parfois de figures en relief et de riches moulures (67, 68, 69). Quelques-unes sont ogivales (70) ; d'autres sont carrées et divisées en deux par une colonne ; mais cette forme est rare , surtout dans les édifices religieux.

Les roses s'élargissent et prennent déjà de très-vastes dimensions ; en même temps , elles se garnissent de meneaux ou rayons en forme de petites colonnettes qui, partant du centre des roses comme les rais d'une roue , les divisent en plusieurs compartiments et se réunissent vers la circonférence au moyen de trilobés gracieux ; leur bordure ou archivolte circulaire est également d'une grande richesse d'ornements ; ce qui rend les roses du xii"*® siècle extrêmement remarquables et fait déjà pressentir ce qu'elles seront bientôt sous la période ogivale (76.)

Les vitraux peints, jusqu'alors assez rares, deviennent fort communs sous cette phase, et donnent aux églises qui en possèdent , une nouvelle décoration de la plus grande magnificence et d'un effet vraiment merveilleux.

IIL Arcades, — C'est surtout dans la forme des arcades que le style transitionnel se fait le plus remarquer. L'arc en plein cintre y domine encore , sans doute , mais ce n'est plus exclu-

sivement. Dès la fin du xP® siècle , et peut-être bien plus tôt encore , comme nous l'avons déjà dit , l'ogive commence à se montrer dans quelques édifices , mais elle est à peine sensible ; tandis qu'au xiP® siècle, surtout dans le Nord, elle apparaît très-bien caractérisée, quoique généralement plus lourde qu'aux belles et riches époques du style ogival , dont on la distinguera toujours facilement à ses ornements exclusivement romanobyzantins.

Les arcades en plein cintre sont quelquefois , vers cette époque , trilobées ou quintilobées à leur sommet , mais c'est assez rare. Les arcades simulées , au contraire , sont encore fréquemment employées , comme décoration , à l'extérieur et à l'intérieur des églises.

I III. — Voûtes, Tours, Contreforts, Clochetons, Ornements, etc.

I. Voûtes. — L'introduction de l'ogive dans l'architecture religieuse facilita extrêmement la construction des voûtes. Dès lors, presque toutes les difficultés qui avaient arrêté jusque-làles ouvriers furent aplanies. Aussi existe-t-il fort peu d'églises du xii"« siècle qui ne soient pas voûtées , si toutefois même il en existe réellement qui ne le soient pas (*). Les voûtes de cette époque sont coupées, comme précédemment, par des arcsdoubleaux qui les divisent , de travée en travée , en compartiments réguliers; mais les espaces qui existent entre les arcs doubleaux sont eux-mêmes coupés en diagonales par deux arceaux qui se croisent au sommet de la voûte et viennent retomber sur les colonnes ou les piliers des arcs doubleaux ; il en est toutefois qui viennent reposer sur de simples consoles ou culs-de-lampe plus ou moins ornés et ménagés dans les encoignures. Le reste est rempli par des parties de voûtes ogivales dont les arêtes viennent reposer sur les arceaux. D'abord ces arceaux consistent en un gros tore ou boudin , simple et cylindrique ; plus

(*) Dès le XI»*® siècle, les coneiles avaient ordonné que les églises fussent voûtées, cameratœ. (y, Labb, t. ix, col. S04.)

tard, le tore est appliqué sur une plate bande. Il y en a même beaucoup, surtout dans les cryptes , qui ne sont qu'en plates bandes plus ou moins ornées.

Le point d'intersection des deux arceaux , au sommet de la voûte , s'appelle clé, et cette clé est ordinairement ornée de figures ou de fleurons variés (135).

Quelques voûtes de cette époque sont encore en plein cintre, en berceau ou en arêtes ; on en voit même qui sont surmontées de la coupole byzantine ; mais le plus souvent la coupole n'apparaît qu'à l'intérieur , étant formée par la base de la tour établie sur le transept.

II. Tours, contreforts, clochetons. — Les tours sont encore assez généralement lourdes et massives , quoique souvent assez bien exécutées ; mais les flèches s'élancent de plus en plus et préludent aux belles flèches du xiii® siècle; elles sont , plus communément qu'au siècle précédent , hexagones ou octogones, et les angles laissés vides à leur base sont ordinairement remplis par des clochetons élégants (89). On montait presque toujours au sommet de ces tours par un magnifique escalier appelé vis de Saint-Gilles , parce que celui qui a servi de modèle aux autres ou qui , du moins , en était le plus beau modèle, se voyait dans l'église de Saint-Gilles (Gard) , où il en existe encore une partie très-intéressante au point de vue de l'art. On en remarque un autre à Saussines (Hérault), etc., etc.

Les tours ne sont pas toujours carrées , mais il y en a d'octogones et même de rondes ; nous devons signaler de nouveau ici celle d'Uzès qui est très-remarquable (87) ; elle est ronde et garnie de fenêtres ou baies géminées d'un très-bel effet ; mais elle est sans flèche. Celle de Saint-Sernin , de Toulouse , est fort élégante et est surmontée de sa flèche. Les clochersarcades pour les petites églises sont comme sous les phases précédentes.

Les contreforts , d'abord semblables à ceux du xi® siècle , deviennent bientôt plus considérables et forment de gros piliers carrés , divisés par des retraits bien ménagés , qui en dissimulent la lourdeur; ils s'élèvent ordinairement jusqu'au haut de l'édifice , ou au moins jusqu'à la hauteur des basses-nefs et sont toujours surmontés d'un petit fronton , ou terminés par un fort larmier (96). Bientôt, de grands arcs-boutants soutenus par les contreforts s'élancent au-dessus des bas-côtés et vont

buter et consolider la nef du milieu; mais ils sont encore lourds et peu gracieux (97).

Les clochetons, tout-à-fait semblables à de petites tours surmontées de leurs pyramides carrées ou octogones , décorent , non-seulement les angles des clochers, mais on en place encore ailleurs , comme ornements ; et ils font un très-bel effet (89).

III. Ornements, anté fixes, modillons, — Les ornements du XII® siècle sont à peu près conformes à ceux de la phase précédente ; mais ils sont mieux travaillés , plus délicats et plus riches; on commence à rencontrer des fleurons (137) , des trois'feuilles (131), des quatre-feuilles (130), de magnifiques rinceaux etc. , (153).

Les anté fixes sont à peu près les mêmes que sous la phase progressive.

Les modillons des corniches sont généralement surmontés d'arcatures circulaires ou trilobées , qui portent la corniche et lui donnent une grâce particulière (1 07-1 1 1 ).

Quelques modillons sont à dents de scie (1 1 0) ; d'autres ont leurs arcatures en ogives , mais c'est encore assez rare (108).

On rencontre encore des têtes plates et des figures grimaçantes , mais elle disparaissent peu à peu, et, en général, les corniches sont plus élégantes que précédemment.

T&OI8IÈIIIE PÉRIODE.

PËRIODE OGIVALE.

Art. 1«'. Phase primaire, sévère ou a lancette : xiii® siècle POUR LE Nord , a peu près nulle pour le Midi.

1 1. De l'arc en ogive : Observations.

I. La nature de cet ouvrage ne nous permet pas de nous arrêter à discuter les divers systèmes que les antiquaires ont imaginés , avec plus ou moins de probabilité , pour expliquer l'origine mystérieuse de Togive. Peu importe , en effet , que cette forme de Tare , dont la première idée , certes , ne demandait pas un bien grand effort de génie , ait pris naissance en Orient ou en Occident , en Angleterre , en Allemagne ou même en France : c'est là une question plutôt curieuse que réellement utile pour Thistoire de Tart chrétien. Quand on parviendrait, en effet , à démontrer qu'indubitablement Togive , comme accident , comme exception et même , si Ton veut , comme décoration , n'est qu'un emprunt fait primitivement à l'Asie ou ailleurs , on ne pourra pas du moins nier contre l'évidence des faits, que le style ogival, en tant que système complet d'architecture et d'ornementation , avec son idée si profondément religieuse et symbolique, avec sa décoration si originale et si spontanée , avec ses créations si grandioses , si compliquées , si diversifiées, et pourtant toujours si unes et si pleines d'harmonie, avec tous les accessoires , en un mot, si merveilleux et si multipliés qui l'accompagnent essentiellement , n'appartienne réellement au catholicisme , ne soit le produit heureux et fécond du génie chrétien et probablement même , si nous en croyons nos plus habiles archéologues , un fruit spontané du sol de notre belle et catholique patrie.

IL Quoi qu'il en soit donc de l'origine de Togive, les auteurs ont distingué diverses espèces d'arcs aigus , usités pendant toute cette période de l'architecture religieuse. En voici les principaux et les plus communs : l'arc à plein cintre brisé (23) » l'arc équilatéral (24) , l'arc lancéolé (26) , l'arc surhaussé (26), l'arc-aigu (27), l'arc en accolade (28), l'arc à contre-courbe (29), l'arc surbaissé (30) , l'arc aplati ou tudor (31) , l'arc obtus (23), l'arc trilobé (32), l'arc déprimé ou à coussinet (33). On rencontre encore parfois l'arc polylobé, en doucine, coupé en zigzag, en mitre , etc. , etc. , mais ils sont peu usités.

III. En étudiant les caractères respectifs d'une phase architecturale , il ne faut pas oublier que la transition d'un style à un autre ne s'est jamais faite d'une manière brusque, subite, instantanée , mais toujours presque insensiblement, peu à peu et par gradation. Les édifices de la première phase ogivale ont, au commencement du xiii* siècle , une très-grande ressemblance avec ceux du siècle précédent. La physionomie générale des monuments est souvent à-peu-près la même , et ce qui surtout distingue les premières églises ogivales des églises romano-byzantines de la dernière phase, c'est que l'ogive y est seule employée à l'exclusion du plein cintre ; mais les décorations, les moulures et les autres ornements sont souvent les mômes jusque vers le milieu du xiii* siècle : ce n'est qu'alors que le style ogival parvient à se dépouiller de toutes les traditions byzantines et atteint toute sa pureté , sa légèreté , son élégance et ses plus heureuses proportions : ceci, toutefois, doit s'entendre du Nord où la phase à lancette commença à s'établir dès la fin du xii« siècle. Dans le Midi , au contraire , les édifices de ce style, pendant le xiii® siècle, ne sont guères que des exceptions dues à. des circonstances particulières; et généralement, comme nous l'avons déjà dit, nos plus beaux monuments de cette époque appartiennent au style romano-byzantin du xii* siècle.

§ II. Plans des églises, colonnes, chapiteaux.

I. Plan des églises. — La forme des églises du xni® siècle s'éloigne un peu de celle des églises romano-byzantines de la phase précédente ; le chœur , en effet, s'allonge et s'agrandit à

un tel point , que la croix latine finit par disparaître presque totalement. L'abside est , dès-lors , assez généralement à pans coupés , dans les grandes églises au moins ; mais les bassesnefs continuent à régner autour du chœur , quelquefois môme sur deux rangs , ce qui arrive lorsque l'église est à cinq nefs . Les chapelles absidiales qui les acompagnent ne sont plus en hémicycle , comme auparavant , mais coupées carrément , et celle du chevet, consacrée à la sainte Vierge, est toujours plus richement ornée que les autres.

Dans les campagnes , on rencontre encore des églises sans absides et souvent aussi sans nefs latérales ; et alors même que les bas-côtés existent , ils ne se prolongent pas autour du chœur.

Le petit appareil est généralement abandonné et est remplacé par le grand ou le moyen appareil.

IL Colonnes, — Les colonnes , pendant cette phase , deviennent de plus en plus légères et sveltes; souvent elles sont agréablement groupées en faisceaux , de telle manière, au moins, qu'elles masquent les piliers à peu près entièrement ; d'autrefois, elles sont isolées et espacées le long des murs pour en rompre l'uniformité et leur servir de décoration : mais , dans tous les cas , elles sont peu ou point engagées , et leur fût , quand il est très-élevé , se trouve presque toujours divisé par des frettes ou des anneaux ménagés de distance en distance , comme pour le soutenir et le fixer , ce qui devient très-rare pendant les xiv® et xv® siècles (61).

Dans les grandes églises , il y a quelquefois , comme à Notre-Dame-de-Paris et ailleurs, deux ou trois rangs de colonrites superposées les unes aux autres , d'étage en étage ; les premières sont alors ordinairement assez grosses et cylindriques, les autres ne sont le plus souvent que des colonnettes minces et élancées , groupées ensemble , au nombre de deux ou trois ou môme davantage (*).

IIL Chapiteaux (i^'iS). — Les chapiteaux du xiii® siècle sont d'une grande élégance ; ils imitent très-rarement le chapiteau corinthien ; mais leur corbeille est souvent décorée de

(*) La nef centrale de la nouTcUe église ogivale de Sommières (Gard) rappelle cette disposition.

fleurs et de feuilles indigènes de toute espèce ; ce sont des feuilles de lierre (148) , de vigne-vierge (145) , de vigne cultivée , de potentille ou quinte-feuille , de fraisier , de nénuphar, de chêne , de persil, etc., etc., toutes très-délicatement travaillées et plus ou moins ressemblantes ; quelquefois ce sont des feuilles longues ou galbées , à sommets recourbés en volutes. La rose est employée de préférence à la décoration des chapelles dédiées à la Sainte-Vierge (146).

Quelques chapiteaux sont ornés de fruits connus , tels que raisins , grenades , pommes de pin , etc. ; d'autres, de galons, de perles , de tresses . etc. ; d'autres , enfin , de crochets terminés en volutes , en fleurons , ou en têtes d'hommes et d'animaux.

Les petits chapitaux des colonnettes n'ont , ordinairement , qu'un seul rang de feuilles, terminé aux quatre angles supérieurs de la corbeille par des crochets en volutes (61). Les tailloirs sont presque toujours carrés , et ce n'est guères qu'au xiv« siècle qu'ils prennent la forme octogone.

§ IIL Portes, fenêtres, roses, arcades.

ï. Portes. — Dans les plus pauvres églises du xni® siècle , les portes ont toujours leurs voussures garnies au moins de tores bien dessinés , plus ou moins nombreux et toujours d'un effet gracieux; leurs parois latérales n'ont guères aussi pour toute décoration que quelques colonnes sur un ou deux rangs, presque sans ornements, et cependant Tensemble de cette simple décoration est toujours d'une noble et pure élégance qui plaît infiniment et qu'on préfère, pour une église , à toutes les richesses de l'art païen. Toutefois , dans les grandes et belles églises de cette époque , les portes sont généralement décorées avec une magnificence extraordinaire; elles sont communément au nombre de trois, quelquefois au nombre de cinq, selon qu'il y a plus ou moins de nefs ; leurs voussures et leurs tympans sont couverts d'une prodigieuse quantité de sculptures , de petites figures , de bas-reliefs extrêmement variés , de statuettes , de dais , etc. , etc. , et leurs parois latérales sont garnies de riches colonnes et de grandes statues habituellement

placées sur des tronçons de colonnes en forme de piédestaux (85) • Quelques voussures de portes appartenant à cette phase sont ornées de festons trilobés à jour ; mais c'est rare.

Les porches, quand il en existe, sont généralement surmontés d*un fronton ou pignon triangulaire et richement décoré, ainsi que leurs parois (85.)

Le trumeau , qui partage souvent le grand portail en deux baies, est ordinairement décoré d'une statue de Notre-Seigneur, de la Sainte-Vierge, ou de quelque saint ou sainte (86.)

IL Fenêtres et roses. — Les fenêtres sont communément étroites et élancées, ce qui les a fait appeler fenêtres à lancette. On en rencontre quelques-unes toutefois qui sont basses et assez larges. D'abord, elles furent extrêmement simples et à peu près sans ornements ; toute leur décoration consistait au plus en un cordon ou tore, garni de dents de scie ou d'un léger zigzag ; mais à partir du commencement du xiii™« siècle , leurs voussures sont souvent décorées de tores élégants , portés sur des colonnettes délicates , appliquées contre les parois de leur ouverture (70 , 71 . )

Dans les petites églises, les fenêtres sont ordinairement isolées ; mais dans les grandes cathédrales , elles sont presque toujours géminées , enfermées dans une ogive commune et surmontées d'une ouverture en forme de rosace , de trèfle ou de quatre-feuilles , ce qui leur donne une grâce toute particulière.

A mesure qu'on avance vers le milieu ou la fin du xiii°® siècle , les fenêtres s'élargissent successivement et sont parfois divisées par deux ou trois meneaux réunis, vers la naissance de l'ogive, par des ogives secondaires à arcatures trilobées ; le sommet ou tympan de la fenêtre se remplit de compartiments en rosaces, trèfles , etc. Souvent aussi il est accompagné d'un fronton orné de crochets (72.)

Les fenêtres des façades sont quelquefois ternées , et alors la lancette du milieu est plus élevée que les deux autres.

Les roses ressemblent encore beaucoup à celles de la phase précédente ; seulement elles prennent une plus grande dimension ; les dessins formés par les meneaux se compliquent davantage, et les circonférences se garnissent agi éablement de trilobés en ogive, entremêlés de roses, de trèfles, de quatrefeuilles, etc. (76.)

IIL Arcades. — Les arcades des nefs reposent sur des co-

lonnes simples ou groupées en faisceaux, en forme de piliers élancés et gracieux ; elles ne reçoivent encore aucun ornement particulier , si ce n*est des tores séparés par des gorges et des filets d'un effet très-agréable et sévère tout à la fois. Leur ogive forme tantôt un arc équilatéral et tantôt un arc à lancette.

§ IV. — Voûtes, Contreforts, Tours, Clochetons.

ï. Voûtes. — Les voûtes du xiii*« siècle, dans leur noble et belle simplicité, sont les plus hardies et les plus élégantes de toute la période ogivale ; elles sont divisées par des arcs doubleaux et des arceaux croisés, comme sous la phase précédente; mais tous ces arceaux sont en ogive et ordinairement garnis de tores bien dessinés; Rarement, Uls sont plats ou à pans coupés; quelques-uns sont ornés de violettes (436) ou de guirlandes de fleurs, et leurs clés sont presque toujours décorées de fleurons riches «t variés.

IL Contreforts et arcs-boutants. — Les contreforts sont encore carrés à leur base; mais ils se rétrécissent en montant, au moyen de retraits ménagés avec art de distance en distance et ornés de corniches ou d'imbrications ; leur sommet est toujours surmonté ou d'un fronton aigu , ou d'un clocheton carré ou octogone avec sa pyramide (97, 402.)

De grands et légers arcs-boutants partent du sommet des contreforts et s'élancent gracieusement au-dessus des bas-côtés pour aller soutenir les grands murs de la nef centrale ; ils viennent tous aboutir aux massifs de bâtisses qui séparent les fenêtres et neutralisent ainsi évidemment la poussée des voûtes , dont les arceaux portent précisément sur les mêmes points.

Dans les plus belles et les plus riches églises de cette époque, on voit déjà quelquefois de ces arcs-boutants jetés les uns au-dessus des autres avec une grande hardiesse de conception, ce qui est toujours d'un effet grandiose et pittoresque dans son ensemble (iOO.)

Les arcs-boutants ne sont pas seulement destinés à orner et consolider les églises , mais ils servent encore d'aqueducs pour l'écoulement des eaux pluviales; celles-ci, en effet, sont

reçues dans des chenaux ou canaux en pierre , ménagés dans l'épaisseur des arcs-boutants, et de là, elles sont jetées loin des murs de l'édifice, au moyen de gouttières saillantes, appelées gargouilles y et dont les formes sont souvent aussi variées que bizarres et grotesques (100.)

III. Tours. Clochetons. — C'est au xiiP« siècle surtout que s'élèvent ces belles et riches tours en pierres , et ces élégantes flèches si étonnantes de hardiesse et de légèreté, qui s'élancent, avec une grâce infinie, jusque dans les nues, et semblent encore, après six cents ans d'existence, défier autant l'impuissance des siècles à les détruire que l'impuissance des hommes actuels à les imiter. Leurs baies s'allongent en lancettes d'abord assez simples , puis décorées de colonnettes sveltes et d'archivoltes en retraits, ornées de tores délicats. Les flèches sont généralement octogones ; des espèces de lucarnes ogivales sont ménagées sur toutes leurs faces, et à leur base s'élèvent quatre clochetons élégants, placés aux quatre angles de la tour. (Voir fig. 91, moins la balustrade.)

Quelques tours cependant n'ont point de pyramide et se terminent simplement par une plate-forme. Les clochers-arcades, qui continuent d'être usités pour les petites églises pendant toute la période ogivale, ont Igurs ouvertures en ogive et sont souvent ornés de crochets, etc.

Dans les grandes églises , il y a le plus souvent deux tours sur la façade et une troisième sur le transept ; celle-ci est ordinairement ouverte en dessous , de manière à laisser apercevoir sa charpente et à verser des flots de lumière au milieu des nefs. Quelquefois les extrémités des transepts sont également flanquées de deux petites tours ou plus généralement de deux clochetons plus grands que les autres.

Les clochetons du xnP® siècle sont de petites tours ordinairement surmontées d'une petite flèche. Ces tours sont ouvertes sur leurs faces par des baies à lancettes simples ou géminées et sont ornées de moulures de l'époque. Leur effet, sur les monuments religieux , est des plus agréables et des plus pittoresques (102.)

Les clochetons qui couronnent les contreforts sont quelquefois évidés en niches ornées de colonnettes , avec une statue de saint ou de sainte au milieu (101 .)

I V. — Cryptes, Sacristies, Triforium, Balustrades , Ornements, etc.

I. Les cryptes du xiii"« siècle sont à peu près ce qu'elles étaient sous la phase précédente. Elles sont encore généralement creusées sous le chœur et le sanctuaire , et sont parfois assez vastes.

C'est vers cette époque, ou même plutôt, que Ton commença à construire des sacristies proprement dites, pour remplacer le diaconicum et la prothèse des anciennes basiliques supprimés par le prolongement des nefs latérales. Le triforium n'est le plus souvent que simulé sur les murs d'un grand nombre d'églises de ce temps. Lorsqu'il existe réellement, ses ouvertures présentent les mêmes formes et les mêmes combinaisons de lancettes que les fenêtres de l'époque. Elles sont donc simples , géminées , ternées , et quelquefois même quaternées et enfermées dans de grandes arcades ogivales. Comme ces galeries sonthabituellementplacées au-dessus ou au-dessous des grandes fenêtres, elles sont, par là-même, très-obscures, ne recevant du jour que de l'intérieur de l'église. Le triforium est extrêmement rare dans les églises de nos contrées. Celui de Vignogoul, près de Montpellier, est de ce siècle et mérite par là d'être signalé tout spécialement.

II, Balustrades. — L'entablement subit, à cette époque, un changement très-notable. Il reçoit une balustrade fort gracieuse, qui accompagne ordinairement la corniche. Elle forme une espèce de galerie découverte, qui règne tout autour de l'église à l'extérieur. Dans certaines églises des plus riches et des mieux décorées, il y en a jusqu'à trois. La première est placée au-dessus des chapelles latérales; la seconde au-dessus des bas-côtés, et la troisième couronne le grand comble de la nef centrale.

A l'intérieur, la balustrade est placée sur la corniche qui règne au-dessus des grandes arcades du premier ordre des colonnes. Toutes ces balustrades sont composées de petits arcs en ogive ou trilobés, avec ou sans colonnettes. Quelques-unes sont ornées de trèfles ; d'autres , mais rarement , de quatrefeuilles(i12, 113.)

III. Ornements, — Indépendamment des fleurs et des feuillages pris dans la flore locale et que nous avons fait connaître en parlant des chapiteaux, les ornements les plus usités pendant le xiiP® siècle sont : les trèfles à lobes généralement arrondis , quelquefois lancéolés ou aigus (133) ; les quatre feuilles (132) ; les violettes, ou plutôt les fleurons qu'on est convenu d'appeler ainsi (436) ; les fleurons , qui ont au moins cinq lobes ou pétales autour d'un réceptacle presque toujours en saillie (i 37) ; les rosaces plus grandes que les fleurons, en saillie ou non (135) ; les feuilles entablées (138) ; les guirlandes de fleurs ou de feuilles (146, 149); les crochets ou crosses encore maigres , allongés et terminés par des fleurons ou des têtes d'hommes et d'animaux (1 40) ; les arcades simulées , qui présentent dans leurs formes toutes les combinaisons qu'offrent les fenêtres de l'époque ; les pinacles , espèces de frontons élancés ou de pyramides basses, ornés constamment de feuillages ou de crochets (1 04) ; les dais , ornements en saillie surmontant les niches des saints et ordinairement très-multipliés aux voussures des portes, etc. (139); les dents de scie encore usitées à cette époque , quoique plus rarement qu'au siècle précédent ; les modillons en consoles, à dents de scie ou en feuilles entablées , etc. , etc.

IV. Inscriptions, — Les caractères des inscriptions du xiiP® siècle présentent une forme nouvelle et particulière. On abandonne les lettres capitales latines des siècles précédents pour prendre les lettres dites gothiques , dont les jambages ou hastes ainsi que les panses sont brisés et anguleux. Cependant, les lettres onciales et même les lettres majuscules romaines continuent à être usitées, surtout dans le Midi où l'on ne les abandonna jamais entièrement. Les abréviations deviennent tellement multipliées et compliquées , qu'il est souvent presque impossible de les déchiffrer {Voy. à l'appendice de cette premiers partie, l'alphabet gothique que nous y donnons. )

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