ART. 2. PHASE SECONDAIRE ORNEE OU RAYONNANTE
xiv^ sièclt pour le Nord. Dans le Midi , les monuments de ce style sont assez rares.
1 1. Observations, plan des églises, colonnes, portes , fenêtres.
I. Observations. — Le style du xiv« siècle tient , tout à la fois, du style si beau et si pur du xiir siècle et du style si riche, mais aussi parfois trop affecté et môme à la fin entièrement dégénéré du XV®. Il faut avouer , néanmoins , que les artistes du xrv® siècle , quoique très-hardis dans leurs conceptions, surent éviter avec bonheur les graves défauts des artistes du siècle suivant. Aussi beaucoup d'archéologues distingués n'ont pas hésité à regarder cette phase comme la plus belle et la plus parfaite de toutes les phases de la période ogivale. Il est évident, en effet , que , pendant la première partie du xiv« siècle , au moins , le style ogival , sans rien perdre de Timposante grandeur et de la noble majesté qu'il avait au xiii** siècle, s'embellit réellement en devenant tout à la fois plus gracieux, plus riche et plus varié, sans cependant tomber dans l'excès d'une éblouissante et choquante profusion d'ornements , comme il arriva au xv« siècle. Quant aux modifications architectoniques qu'il apporta dans l'ensemble des constructions religieuses , les caractères en sont peu saillants et peu tranchés. Nous allons toutefois signaler ceux qui peuvent le plus facilement faire distinguer les monuments de cette époque.
Mais dans l'appréciation de ces caractères , on ne doit pas oublier ce que nous avons déjà fait observer , à savoir : que dans le Midi ce n'est qu'à regret que le plein cintre se laisse déposséder par l'ogive. Aussi dans plusieurs édifices de cette époque continue-t-il à se montrer, surtout aux portes et autres ouvertures. Mais alors même les décorations qui l'accompal?nent sont presque toujours plus ou moins semblables aux décorations usitées à cette époque dans le Nord. Les colonnettes et
leurs riches chapiteaux du style orné se font également remarquer dans nos monuments de ce siècle. On peut môme affirnner que pendant que la sculpture perd sensiblement de sa première pureté'dans le Nord, elle est cultivée dans le Midi avec le plus grand succès et y acquiert une très-grande perfection.
IL Plan des églises. — La forme des églises de la seconde phase ogivale est à peu près la môme que sous la phase précédente ; seulement on ne se contente plus , comme auparavant , de construire des chapelles absidiales autour du chœur et du sanctuaire ; mais on multiplie les chapelles latérales , le long des basses-nefs. Il y en avait une presque à chaque travée. Dans quelques églises du xm® siècle , il est vrai , Ton rencontre des chapelles latérales, mais certainement elles n'appartiennent pas à la môme époque que le corps du monument et y ont été ajoutées plus tard. Elles n'entraient pas évidemment dans le plan primitif de l'architecte.
Mais au xiv® siècle , ces chapelles entraient positivement dans le plan général de l'édifice et en étaient des parties intégrantes dans l'idée des fondateurs et des architectes. Dès-lors, la cathédrale catholique fut complète , son plan fut parfaitement achevé (178).
Les colonnes (62) sont plus maigres et plus éfilées qu'au XIII® siècle , mais les chapitaux en sont généralement plus riches en feuillages et en fleurs , les dessins en sont plus variés et plus délicats. Ceux des petites colonnes sont souvent ornés de deux rangs de feuilles assez détachés l'un de l'autre pour simuler un double chapiteau. Le tailloir, qui était ordinairement carré sous la période précédente, devient octogone ou rond au XIV® siècle (44-45.)
III. Portes. — Les ornements des portes du xiv® siècle sont semblables à ceux des portes du xiii®. Mais ils sont plus multipliés et plus délicats. Leurs frontons, jusqu'alors triangulaires , s'élancent , deviennent plus aigus et se couvrent de crochets élégants. Quelques-uns des plus riches et des plus somptueux ont leurs voussures ornées de festons trilobés ou d'arcatures croisées du plus bel effet. On les dirait en dentelles de pierre, tant ils sont délicatement travaillés et découpés à jour (144). Le sommet du fronton est surmonté d'un bouquet de feuillages ou de fleurs extrêmement gracieux , et les tympans , au lieu de figures en bas-relief représentant des personnages ,
sont souvent décorés de trèfles , de quatre-feuilles et autres ornements analogues.
Les fenêtres s'élargissent successivement au point d'occuper parfois toute la largeur des travées. Elles ne sont plus géminées ni ternées , mais leur ouverture est partagée par de nombreux meneaux et leur tympan est rempli de trèfles, de quatrefeuilles et de rosaces. Les meneaux en forme de petites colonnettes se réunissent , vers la courbe de Togive , au moyen de trilobés aigus et ne composent pas toujours des lancettes à tympans distincts et enfermés dans le tympan commun, comme au siècle précédent (73.)
Les roses pendant ce siècle atteignent leur plus haut degré de magnificence et de perfection. Elles conservent encore , il est vrai , bien des rapports avec les belles roses de la phase sévère ; mais elles sont plus grandes , plus légères , plus découpées et plus compliquées dans leur dessin , surtout vers la circonférence. Quelques-unes sont encadrées dans des triangles curvilignes (77).
§ IL Arcades, Voûtes , Contreforts , Tours, Triforium, Balustrades, Ornements,
L Arcades. — Les arcades , sous la phase ornée , ne sont plus lancéolées ou surhaussées comme au xiii® siècle; mais elles sont au contraire généralement en ogive surbaissée, obtuse ou en tiers-point. Les tores qui les décorent s'allongent , s'amaigrissent et prennent la forme d'un cœur ou du dos d'une carpe.
Les voûtes sont toujours à peu près ce qu'elles étaient au siècle précédent. Seulement les nervures s'amincissent et prennent aussi la forme d'un cœur ou du dos d'une carpe. Leurs clés sont mieux travaillées , plus élégantes , mieux sculptées , et se couvrent souvent de riches moulures (171).
Les contreforts sont construits de manière à former, comme précédemment, plusieurs étages marqués par des retraits. Mais chaque étage est couronné par un petit fropton orné de crochets (104). Comme au xiii® siècle, on rencontre encore fort souvent des contreforts décorés de niches élégantes destinées à
recevoir des statues de saints (401). En général, les contreforts ne sont plus placés carrément et perpendiculairement au plan des murs, mais obliquement, et de manière à former avec eux un angle obtus.
II. Les tours de cette phase ont leurs baies à sommet ou tympan découpé , comme les fenêtres de la même époque , par des trèfles, des quatre-feuilles et autres dessins rayonnants. Leurs frontons sont ornés de crochets élégants. Les angles de la tour sont surmontés de clochetons ordinairement arrondis et ornés de nombreux crochets. Une balustrade environne la base de la flèche, quand elle existe , ou couronne agréablement le sommet de la tour. Les flèches du xiv® siècle sont très-belles ; elles s'élancent légères et élégantes dans les airs avec une hardiesse merveilleuse. Leurs angles sont couverts de gracieux crochets et leurs faces sont percées d*un grand nombre de petites ouvertures en trèfles , quatre-feuilles et d'autres ornements de répoque (91). Quelques tours de cette phase sont surmontées militairement de créneaux et de mâchicoulis. Les clochers-arcades ont leurs baies ornées comme celles des tours.
Les clochetons de la phase ornée sont parfois parfaitement semblables aux clochetons du xin® siècle , et d'autrefois ils sont élégamment ornés de niches et de statues (1 01 -1 02.)
III. Le triforiurriy qu'il soit en galerie éclairée ou obscure , ou simplement en galerie simulée , a toujours les plus grands rapports avec les belles fenêtres de cette époque. Comme dans celles-ci , les arcades en sont garnies de meneaux gracieux , et leur sommet est souvent surmonté d'un fronton aigu , orné de crochets. Leur tympan est rempli de compartiments en trèfles , en quatre-feuilles et en rosaces.
Les balustrades du xiv** siècle conservent encore quelquefois la forme de celles de la phase précédente. Seulement leurs petites arcades sont plus aiguës ou trilobées au sommet (113). Mais plus communément les balustrades de cette phase sont composées de quatre-feuilles ou de rosaces à jour (114.)
IV. Ornements, — Au xiv« siècle , les ornements sont plus finis et mieux fouillés qu'au xni®. Mais aussi ils sont souvent plus maigres et plus secs. Les violettes ont disparu et sont remplacées par des feuilles détachées, isolées et en plein relief- Les trèfles et les quatre-feuilles ont ordinairement les angles
rentrants de leurs lobes , garnis de petits feuillages trilobés. Parfois ils sont encadrés dans un cercle.
Les rosaces imitent fort souvent, en petit, les grandes roses de répoque.
Les arcades simulées ressemhleni généralement aux fenêtres et sont très -souvent surmontées , comme elles , d'un fronton aigu et garni de crochets.
Les pinacles se multiplient , s'allongent et se couvrent de crochets et d'élégants ornements de l'époque.
Les dais sont plus riches et plus ornés qu'au siècle précédent. Ils sont communément surmontés de petits pinacles très-gracieux et plus élancés qu'au xiii® siècle (1 05.)
Les crochets sont plus rapprochés et plus multipliés que précédemment. Leur épanouissement est plus large et bien dessiné. Ce sont ordinairement des feuilles recourbées et frisées, à limbe développé comme dans certaines feuilles de chou (U1-142.|
Les inscriptions sont les mêmes qu'au xiii® siècle.
ART. 3. PHASE TERTIAIRE , RICHE OU FLAMBOYANTE. xy^ siècle pour le Nord et le Midi.
I r. Observations, plan des églises , colonnes , portes , fenêtres, roses,
I. Observations, Ce qui distingue au premier coup-d'œil les monuments religieux de la troisième et quatrième phase de la période ogivale , des édifices des phases précédentes , ce sont d'abord les ornements à lignes contournées , sinuées et flamboyantes; puis une somptueuse et exubérante profusion de décorations sculptées. Dans le Nord, surtout, les églises de cette époque en sont réellement couvertes. C'est même à un tel point qu'elles paraissent et sont réellement écrasées sous cette surabondance et ce luxe de végétation , de dais , de niches , de
clochetons , de pinacles , de statues et de mille autres ornements aussi riches qae variés. Mais aussi tous ces ornements sont souvent secs et tourmentés , principalement vers la fin de cette phase où ces défauts deviennent communs.
Dans le Midi, les artistes mieux inspirés sont bien plus sobres de décorations que ceux du Nord. Leurs œuvres, néanmoins, sont souvent fort remarquables par la magnificence de leur ornementation , le fini admirable et la délicatesse du travail.
IL Plan, — La forme habituelle des églises est toujours à-peuprès ce qu'elle avait été aux siècles précédents. Seulement le chœur n'est plus incliné sur Taxe de la nef centrale , comme par le passé. L'esprit symbolique se retire et disparaît à mesure que l'esprit de foi s'afifaiblit. Lorsque les architectes du xv® siècle sont appelés à ajouter à un ancien monument byzantin ou ogival quelques nouvelles constructions, ou des agrandissements réclamés par les exigences du culte ou par l'augmentation de la population, ils manquent ordinairement de goût dans le plan et l'exécution de ces additions. Ils négligent presque toujours d'harmoniser, autant que possible , le style des nouvelles bâtisses avec le style général de l'édifice primitif ; et ce défaut d'unité et d'harmonie dans un monument est toujours d'un effet désagréable et choquant.
On ne creuse plus de cryptes sous l'abside , ou bien on les remplace par de simples charniers. {Voy, ce mot à la deuxième partie.)
III. Colonnes. — Les colonnes du xv® siècle se changent en véritables colonnettes; elles sont trop déliées et ne ressemblent presque qu'à de simples tores ou baguettes. Bientôt même elles sont généralement remplacées par de maigres nervures prismatiques qui vont se confondre avec les tores et les nervures des arcades et des arceaux de voûtes , le chapiteau ayant tout-à-fait disparu vers la fin de cette phase.
Entre les nervures des piliers et des arcades , sont souvent sculptées de riches guirlandes de feuilles frisées et déchiquetées , d'un travail admirablement fouillé, extrêmement délicat et même minutieux (149.)
Les pilastres comme les contreforts sont ordinaireiïient ornés de panneaux , de pinacles et d'autres ornements et décorations de l'époque (98-99). Quelques-uns reçoivent des niches ou d'élégantes consoles destinées à porter des statues de saints.
Les chapiteaux sont souvent ornés de deux bouquets de feuilles frisées comme auxiv* siècle (45). Souvent aussi ils sont remplacés par une espèce de guirlande de feuilles , de fleurs , etc. , habilement sculptées (46). Mais vers la fin du xv« siècle , comme nous Tavons dit , ils sont totalement supprimés.
VI. tes portes de ce siècle sont presque toujours ogivales, généralement surmontées d'un immense fronton et souvent flanquées de riches pilastres divisés en panneaux et couronnés d'élégants pinacles. Elles ont presque toujours leur fronton et quelquefois même leurs voussures en ogives à contre-courbe. Régulièrement, les frontons de cette époque sont hérissés de crochets dilatés et couronnés d'un bel épanouissement de feuilles délicatement déchiquetées et frisées , ou d'un joli piédestal surmonté d'une statuette. L'ogive à contre-courbe est peut-être un des caractères les plus saillants de cette phase (86.)
Les fenêtres sont ordinairement très-larges, n'ayant pas souvent en hauteur deux fois leur largeur. Elles sont parfois , mais rarement encore , en arc surbaissé ou à anse de panier. Leur fronton est toujours parfaitement semblable ou à peu près à celui des portes de la même époque. Les meneaux qui partagent leur large ouverture , se réunissent à leur sommet au moyen de trilobés pointus ou allongés. Leur tympan est rempli d'ornements et de dessins flexueux, contournés et flamboyants. Leur encadrement est enrichi de moulures profondément refouillées, et décoré de feuilles et d'animaux très-bien exécutés (74.)
Les roses du xiv® siècle sont admirablement travaillées et d'une dimension étonnante. Leur ensemble présente une multitude de lignes légères et sinuées qui se multiplient , se contournent et se croisent en mille manières , avec un art infini , imitant toujours plus ou moins les ondulations capricieuses de la flamme (78.)
§ IL Arcades, Voûtes , Contreforts , Tours, Triforium, Balustrades , Ornements .
I. Les arcades du xv« siècle sont ordinairement très-larges. D'abord leur arc est tantôt surhaussé et tantôt surbaissé ; mais plus tard , vers la fin de cette phase , il est souvent en accolade
ou même en arc-tudor. Les saillies et les extrados de tous ces arcs sont ornés de feuillages élégamment découpés ou d'animaux soit réels , soit fantastiques , toujours parfaitement exécutés. Les arceaux de voûtes ont généralement leurs nervures prismatiques et très-saillantes. Ils commencent à se ramifier d'une manière ingénieuse et fort agréable, et finissent, vers le XVI® siècle , par s'entrecroiser en tous sens comme un vaste réseau d'un effet fort remarquable. Les points d'intersection de toutes ces ramifications sont en forme de petites clés secondaires ornées d'écussons couverts d'armoiries , d'emblèmes , d'animaux, etc. ,etc. Mais les grandes et principales clés de voûte s'allongent en magnifiques pendentifs très-hardis et couverts de riches ciselures , d'arcatures à trilobés , de figures en relief , etc. , etc.
Les con^re/br^5 se hérissent, dans leurs parties supérieures, de crosses végétales , de feuilles roulées , de fleurons et autres décorations de l'époque. Dans leurs parties basses , ils se garnissent de dais , de pinacles , de frontons , de niches et de statuettes (98-99). Les clochetons qui les surmontent sont octogones et ornés sur leurs faces de frontons aigus et couverts de crochets ou d'autres sculptures délicates (iOO). Ils sont parfois remplacés par des statues (99.)
Les arcs'boutants sont toujours extrêmement légers et hardis , ornés parfois de festons trilobés et de découpures fort élégantes (100.)
II. Les tours sont ordinairement carrées , quelquefois flanquées de contreforts et toujours richement ornées des décorations de l'époque. On en rencontre , toutefois , quelques-unes de formes polygonales. La plupart n'ont pas de flèches et sont simplement surmontées d'une plate-forme ornée de pinacles ou de magnifiques couronnes découpées à jour (92). Leurs baies sont évasées et surbaissées , quelquefois à contre-courbe ou en accolade , rarement à plein cintre ; souvent elles sont ornées de pinacles, de feuilles , d'animaux , etc., etc. Les baies des clochers-arcades sont semblables à celles des tours.
Les flèches de cette époque sont assez rares dans le Nord ; dans le Midi , elles étaient fort communes avant la Révolution, il y en existe encore un grand nombre de fort remarquables. Dans le Nord , il y en a quelques-unes qui sont réellement d'une richesse et d'une hardiesse surprenantes. Leurs faces et leurs
angles sont entièrement recouverts et hérissés de crochets , de feuillages et d'autres merveilleuses décorations de Tépoque. Elles sont si bien travaillées et tellement percées à jour, qu'on est efifrayé de leur excessive légèreté et qu'on ne comprend pas comment elles ont pu résister , pendant des siècles , pendant même un seul jour , au moindre effort des vents (93).
On en voit quelques-unes de cette époque qui sont entièrement en charpente solide et légère tout à la fois , couvertes d'ardoise ou de plomb.
Les clochetons sont souvent octogones et sans ouvertures sur leurs faces ; mais ils sont ordinairement ornés de panneaux , de pinacles , etc. , et leurs petites pyramides ou aiguilles sont garnies de crochets de l'époque (100.)
Le triforium, quand il existe, offre déjà parfois quelques arcades en plein cintre , mais c'est rare. Le plus souvent ses baies ressemblent assez aux fenêtres de cette phase, et alors même qu'elles sont en plein cintre, elles ont assez souvent leur sommet orné de trilobés, de rosaces et autres décorations analogues.
Les balustrades sont toutes à compartiments contournés et flamboyants (415.)
IIL Ornements. Les moulures du xv® siècle sont généralement anguleuses et prismatiques. Les feuilles les plus usitées aux décorations sont les feuilles de mauves frisées, de choux , de chardons , de houx , de chicorées , etc. Elles sont toutes fortement incisées , lyrées , frisées (147-149). Parmi les autres ornements de cette époque, on remarque les trèfles et les quatre-feuilles à lobes lancéolés et aigus (134); les crosses végétales, en feuilles de choux, de chardons, etc., fortement frisées et enroulées (1 43) , quelquefois en forme de têtes de dauphins ; les arcades simulées surmontées d'un fronton à contre-courbe , ornées quelquefois de trilobés comme les fenêtres de l'époque et disposées , assez souvent , les unes audessus des autres en forme de panneaux; les pinacles simulés, garnis de crochets forts communs au xv« siècle (105) ; les consoles supportant des statues d'un bel effet ; les dais couronnés d'une suite de petits pinacles élancés et disposés les uns audessus des autres (105) ; les festons trilobés extrêmement communs alors (1 44) , etc. Les consoles du xv** siècle consistent souvent en personnages accroupis d'un travail fini et bizarre.
Au XVI® siècle , les personnages sont ordinairement remplacés par des animaux et des figures grotesques et fantastiques ( 1 50- 45M52.)
Les inscriptions sont toujours les mêmes. On en rencontre sur les tombeaux et ailleurs de très-belles en relief sur cuivre.
ART. 4. — PHASE RÉTROGRADE. Fin du iY™« siècle et première moitié du xvi"»».
PARAGRAPHE uiNiQUE. — Caractères essentiels de cette phase,
I. A mesure qu'on avance dans le xvi™« siècle , le goût se déprave de plus en plus. L'art chrétien , frappé de stérilité dans sa source par la réforme et Taffaiblissement de la foi qui en fut la suite , arrive rapidement au dernier degré de la décadence. Il fait de vains efforts pour créer quelque chose de beau , de noble et de grandiose, en dehors de ce qui s'était fait jusqu'alors, mais il n'enfante que le puéril et le maniéré, et tombe dans une pitoyable exagération de décorations dont les détails sont réellement parfois admirables par leur fini et leur délicatesse d'exécution, mais dont l'ensemble ne peut que déplaire aux hommes d'un goût pur et éclairé.
Toutefois, malgré les graves défauts des monuments de cette époque, il n'est pas toujours aisé de les distinguer, au premier coup-d'œil, des monuments de la phase précédente, par la raison toute naturelle que nous avons déjà donnée ailleurs , à savoir que la transition d'un style à un autre s'est toujours faite peu à peu et insensiblement. Ce n'est guère que par l'ensemble des caractères que nous allons signaler qu'on peut y arriver. Toutefois , l'on peut assurer généralement que si la salamandre , emblème, comme on le sait, de François P% se trouve sur un monument, comme décoration, cet édifice appartient, au moins en partie , au règne de ce prince.
II. Les portes et les fenêtres sont alors plus que jamais à arc en accolade.
Les colonnes sont à peu près constamment réduites à de simples nervures ou filets , qui vont se perdre et se confondre avec les nervures de la voûte.
Les chapiteaux y lorsqu'ils existent, ce qui est fort rare, sont ornés d'animaux, de chimères, de salamandres, etc.
Les voûtes sont encore remarquables par leurs clés à grands écussons , d'un beau et puissant relief ; et les pendentifs , alors extrêmement multipliés , sont d'une légèreté , d'une hardiesse et d'une richesse de décoration vraiment merveilleuses. Ils sont ornés de festons, de trilobés, d'arcatures du plus bel effet ; mais les voûtes n'en sont pas moins lourdes et écrasées , en comparaison des voûtes si élancées et si gracieuses des siècles précédents.
III. Les tours ne sont surmontées, le plus souvent, que par des pyramides tronquées, carrées ou octogones, ou même quelquefois par des coupoles hémisphériques. Quelques-unes cependant , surtout dans le Midi , sont encore ornées de belles couronnes ou même de magnifiques flèches, d'un travail somptueux et d'une légèreté merveilleuse. Il en existe en bois, de la plus grande beauté ; d'autres sont exécutées en briques ou en tuf, dans le nord surtout.
Les ornements sont à peu près ce qu'ils étaient sous la phase précédente ; mais ils sont employés , comme nous l'avons déjà dit, avec une profusion éblouissante, sans goût et sans mesure, principalement dans le Nord; car dans le Midi les artistes semblent avoir lutté avec plus de succès contre l'envahissement de ce genre affecté et prétentieux.
Les quatre-feuilles de cette phase ont généralement leurs lobes inégaux, allongés et pointus (134). Tous les autres ornements sont ordinairement secs, maigres et maniérés. On commence à employer assez généralement à la décoration même des édifices religieux, les entre-lacs y les devises j les rébus , les légendes, les chiffres et les monogrammes profanes , etc. Tout cela annonce évidemment que la décadence de l'art chrétien est arrivée à son comble, que les beaux siècles de l'architecture religieuse sont passés, que le moyen-âge avec sa foi, sa poésie et son esthétique est fini, et que nous touchons au moment fatal d'une réaction malheureuse contre l'art catholique et d'une réhabilitation rétrograde de l'art païen. Nous sommes arrivés à ce que l'on est convenu d'appeler la renaissance et qu'on aurait mieux fait de nommer la décadence.