CHAPITRE III
kUTELS, (suite.)
I. Sous la période romano-byzantine , la forme des autels varie peu; cependant la forme carrée est la plus usitée; mais les décorations deviennent plus riches et plus élégantes que sous la période précédente. Les panneaux se couvrent, principalement sur le devant, d'arcades simulées et quelquefois à jour, ayant leurs archivoltes ornées des moulures de l'époque. Parfois ces arcades renferment des personnages en relief d'une gi-ande beauté. Tous les ornements romano-byzantins , dont nous avons parlé dans la première partie , se retrouvent sur les plus beaux autels de cette époque (182) ; il y en a même quelques-uns qui sont ornés de magnifiques mosaïques, ou couverts de brillantes couleurs à fresque ou à l'encaustique.
II. Les autels des xni® et xiv® siècles se distinguent facilement des autels romans , par la forme ogivale de leurs petites arcades vides ou simulées , et par les moulures généralement différentes des moulures romano-byzantines. Ils sont ordinairement plus longs , moins carrés : la face de devant surtout se fait souvent remarquer par la richesse de ses sculptures ; les
petites arcades se changent en niches ogivales , garnies de leurs statuettes parfaitement exécutées (184). Plusieurs autels, néanmoins, sont fort simples, et quelques-uns conservent Tantique forme de table , et sont supportés par des colonnettes élégantes ou de gracieuses arcatures trilobées et à jour.
Dans le Midi , les autels suivent dans leur forme la marche même de Tarchitecture ; et comme dans nos contrées Ton conserva presque généralement le style romano-byzantin pendant le xni® et une partie du xiv« siècle , les autels y conservèrent alors assez communément la forme qu'ils avaient sous la phase précédente. Ce fut vers le xiu® siècle que Tautel cessa d'être ordinairement placé en avant du sanctuaire. Il fut quelquefois, dès-lors, appliqué contre le mur du fond de Tabside. Ce qui donna naissance à ces magnifiques retables dont nous parlerons plus loin. Dès lors , aussi , quelques autels reçurent des tabernacles différents des nôtres, il est vrai , mais destinés au même usage , et peut-être aussi des gradins ; c'est au moins le sentiment de fort bons auteurs. (Voir Tabernacles.)
III. Les autels du xv« siècle et d'une partie du xvi« , ne se distinguent guère de ceux que nous venons de décrire , si ce n'est par le style des moulures et des sculptures assez différentes de celles des siècles précédents, comme nous l'avons vu dans la première partie; les lignes flexueuses et flamboyantes en font le principal caractère.
Pendant tout le xv« siècle, le devant de quelques autels continue à recevoir des niches avec leurs statuettes ; mais , dès le commencement du xvi® , on en trouve qui sont ornés de médaillons , de torsades , etc. Ce n'est que vers la fin de ce siècle qu'ils reprennent assez généralement la forme de tombeau , avec accompagnement d'ornements plus ou moins arbitraires , comme on les faisait alors. Ils sont pour la plupart en bois et reçoivent communément , dès-lors , des gradins à peu près tels qu'on les fait aujourd'hui.
rv. Pendant le moyen-âge, comme maintenant, on distinguait deux sortes d'autels : les autels fixes, qui étaient formés d'une table de pierre ou de marbre, assez grande pour couvrir tout le dessus de l'autel ; et les autels portatifs qui consistaient en une pierre ordinairement en marbre, de 30 à 35 centimètres, carrée et enchâssée dans un cadre de métal, de cuivre doré , d'argent , etc., orné parfois de pierres précieuses. Ceux
de ces anciens autels portatifs qui existent encore , ont tous une poignée qui servait à les transporter facilement. On sait qu'aujourd'hui ces autels qui sont extrêmement communs , consistent également en une plaque de pierre, de marbre ou d'ardoise, etc. , mais ils ne sont plus enchâssés que dans un cadre de bois , et quelquefois môme simplement scellés dans la table de l'autel.
Le trésor de Saint-Jean de Lyon possède un de ces autels portatifs encadré de métal à l'usage des églises grecques.
Nous avons vu que les autels des catacombes étaient ordinairement élevés au-dessus d'une marche. Pendant le moyen âge , il en fut de même ; quelques-uns toutefois reposaient immédiatement sur le sol , mais c'était rare. Depuis longtemps les liturgistes exigent pour ces degrés le nombre impair 3 ou 5. L'autel de Saint-Pierre à Rome en a 7. Beaucoup, cependant , n'en ont que deux , surtout dans les petites églises.
Dans les premières basiliques , il n'y avait jamais qu'un autel ; mais , dès le vi® siècle , il y en a eu plusieurs. Cet usage , d'ailleurs , existait déjà dans les catacombes (*) ; on plaçait aussi, quelquefois , un autel vers la porte de l'église, pour faire assister au Saint-Sacrifice les pécheurs publics qui ne pouvaient pas entrer dans le lieu saint, ou pour quelque autre motif maintenant inconnu.
V. Parmi les anciens autels du moyen-âge qui existent dans nos contrées , nous signalerons celui qui se voit en descendant dans la crypte de Sainte-Marthe à Tarascon (186) ; celui qui est conservé dans une chapelle de Notre-Dame-des-Doms , à Avignon; et un autre, romano-byzantin , très-élégant, dans la première sacristie de la même église. On en trouve un en forme de table à Mont-Majour , près d'Arles , et plusieurs autres à Mont-Favet, près d'Avignon , cachés sous des autels en bois. L'autel de l'église de Saint-Christol , canton de Pont-Saint- Esprit, est aussi fort ancien. Il y en a un autre à Meynes (Gard) , mais plus simple.
Parmi les autels très-ornés desxi® et xii® siècles, nous signalerons ceuxdeSaint-Guilhem-du-Désert, près de Montpellier ; de l'église de Saint-Quintin de Vaison , ainsi que ceux de l'an-
(*^ Gerbet. Esquisse de JRome chrétienne, tom. Il, pag. 190.
cienne cathédrale de la même ville. — De la période ogivale , nous citerons celui de Saint-Sauveur d'Aix, du xiv® siècle, et celui que le roi René a donné, dit-on, à l'église de St-Didier , à Avignon, et qui serait du xv« siècle.
Nota. Dans l'église des Dominicains, à Toulouse , il y avait un autel à quatre faces ; quatre prêtres pouvaient y célébrer en même temps.