‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 41 sur 112 · BAPTISTÈRES · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRES

I. Baptistère. Baptisterium. — Dans les temps primitifs du christianisme, on baptisait les fidèles, selon Toccurrence, en les plongeant dans une rivière, un lac, une fontaine, ou

de toute autre manière , dans les maisons particulières , les lieux de réunions religieuses , et ailleurs. Mais il ne parait pas qu'il y eût dès lors une bénédiction préalable de l'eau baptismale. Cependant, elle reçut de très-bonne heure une consécration spéciale ; les plus anciens Pères en font mention. Quant aux baptistères , ils remontent aux premiers siècles de l'Église. On rencontre, dans les catacombes de Rome, des espèces de fontaines ou de cuves qui certainement ont dû servir à baptiser les catéchumènes et les enfants des chrétiens pendant les persécutions (*); mais, comme on le comprend, ces baptistères ne sont remarquables que par leur vénérable antiquité. Lorsque Constantin , au contraire , eût rendu la liberté à l'Église , on donna une très-grande importance aux monuments destinés à la régénération des fldèles par le baptême. Dès lors, le baptistère devint un véritable édifice, tantôt isolé , tantôt adossé à la basilique , et quelquefois renfermé dans Vatrium ou parvis. Ce ne fut que plus tard qu'il fut introduit dans l'intérieur de l'église et placé généralement au côté gauche en entrant.

II. L'ancien baptistère se composait ordinairement de deux pièces principales ; la première était destinée aux cérémonies préparatoires du baptême , et la seconde au baptême même et aux diverses cérémonies qui le suivaient. La forme en était carrée (188), ronde (189), polygonale ou en forme de croix grecque. Au centre et quelquefois au fond se trouvait une grande cuve aussi variée dans sa forme que le baptistère luimême. Elle était ordinairement en marbre, en granit, en porphyre et même en métal précieux. Ce n'était parfois qu'une cuve antique enlevée aux thermes païens (188 b).

A l'intérieur , le baptistère était orné avec la plus grande magnificence. Celui deLatran, sous Constantin, était recouvert, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur , en pierres de porphyre ; la cuve était en argent. On y voyait , au centre, une colonne de porphyre surmontée d'un vase en or du poids de 50 livres, destiné à renfermer le saint chrême ou le baume ; sur un des bords de la cuve était un agneau en or très-pur , qui servait à verser l'eau baptismale dans le bassin ; à droite de l'agneau

[*, Gerbet, Esquisse de Home chrilienne, U ii, p. 178.

— no —

s*élevait la statue du Sauveur, en argent très-pur, du poids de 170 livres; et à gauche, celle de Saint-Jean-Baptiste, du poids de 100 livres. Il y avait de plus sept cerfs aussi en argent, pesant chacun 80 livres, et destinés , comme Tagneau , à verser Teau baptismale dans la cuve, lorsqu*il en était besoin. Dans d'autres baptistères , c'étaient des cignes ou des dauphins qui servaient aux mômes usages.

III. Les baptistères formaient souvent de vastes édifices qui pouvaient contenir des milliers de personnes ; on y ménageait ordinairement un espace assez grand pour recevoir un ou plusieurs autels sur lesquels on célébrait le Saint-Sacrifice , afin de donner la communion aux nouveaux baptisés.

La cuve était toujours assez profonde pour le baptême par immersion, comme il se pratiquait alors; on y descendait par trois degrés, et souvent elle était environnée d'une galerie, quelquefois de deux. Tune élevée au-dessus de l'autre; leurs colonnes élégantes supportaient- un riche plafond ou une belle coupole; le jour pénétrait dans l'intérieur par des fenêtres ou par une ouverture ménagée au sommet de l'édifice. Souvent au-dessus de la cuve baptismale était suspendue une colombe en or ou en argent, représentant celle qui descendit sur N. S. Jésus-Christ au jour de son baptême.

Toute l'enceinte intérieure du baptistère était ordinairement couverte de mosaïques ou de peintures à l'encaustique représentant des sujets bibliques en rapport, au moins symboliques, avec la régénération du chrétien. Lorsque, vers le xi« siècle, on cessa de baptiser par immersion, les baptistères furent remplacés par les fonts-baptismaux dont nous parlerons plus loin. fVoir ce mot.)

Nota. Pour ménager et sauver tous les droits de la pudeur, les catéchumènes femmes étaient séparées des hommes par un mur ou au moins par un grand voile , et au lieu des diacres , c'étaient les diaconesses qui les servaient , les plongeaient dans l'eau et les oignaient avec le saint chrême, etc., de telle sorte que le pontife lui-même ne les voyait pas. (Voir St-Augustin , de civit. lib, xxii. cap. viii.)

Les seuls baptistères antiques qui existent en France sont ceux de Poitiers et d'Aix en Provence; et encore ont-ils été modifiés postérieurement. Peut-être pourrait-on y ajouter une

espèce de chapelle fort ancienne qui se voit dans le presbytère de Vénasque (Vaucluse) , et que quelques-uns regardent comme ayant servi primitivement aux cérémonies du baptême. La ville de Pise, en Italie , possède un des plus beaux baptistères du monde; c'est celui que nous donnons (189).

Page 1