BÉNITIERS
I. BÉNITIER. Crater lustralis,— En parlant des fontaines ou piscines qui existaient primitivement dans le parvis des basiliques , nous avons fait observer que c'est de là que nous est venu l'usage des bénitiers actuels. On les plaça d'abord en dehors des portes des églises ou sous le porche , et , plus tard , on les introduisit dans l'intérieur même du temple. Il est néanmoins certain qu'il existait auparavant des vases particuliers destinés à recevoir l'eau bénite, dont l'usage remonte incontestablement aux temps apostoliques. Ce qui prouve d'ailleurs que l'origine des bénitiers remonte plus haut que les basiliques, c'est qu'il en existait dans les plus anciennes catacombes de Rome , comme on peut s'en convaincre encore aujourd'hui. Près de l'entrée des cubicula ou salles, comme nous l'avons dit dans la première partie , se voient encore de petites niches élevées de quatre pieds au-dessus du sol, dans lesquelles sont des bénitiers en terre cuite , en marbre ou en verre, en forme de coquilles, etc., solidement cimentés, comme on en fait encore maintenant.
II. Les bénitiers du moyen-âge avaient la plus grande analogie avec les fonts-baptismaux de la même époque, avec lesquels on les a souvent confondus. Nous renvoyons donc , pour de plus grands détails , à ce que nous dirons au mot fonts-baptismaux. En général, les bénitiers devaient être en marbre ou en pierres solides ; on évitait naturellement de se
servir de briques ou de pierres spongieuses. Leurs faces étaient décorées des moulures de Tépoque. Sous la période romanobyzantine, ce sont des torsades, des câbles, des étoiles, des zig-zags , des chevrons , des arcatures en plein cintre et des figures de saints en relief, etc. (204-5-6-7-8). D'après Durant! , ils étaient ordinairement munis d'un goupillon qui était attaché à leur bord, au moyen d'une petite chaîne. Quelques bénitiers avaient la forme d'une coupe ou d'un calice , mais communément ils étaient en forme de bassins ou de piscine creusée en cuvette.
III. Sous la période ogivale , les arcatures sont en ogive et les ornements tout-à-fait semblables à ceux que nous avons décrits dans la première partie (209-210).
Aux XIII® et XIV® siècles , ils ont ordinairement la forme d'une petite cuve ou d'une grande coupe supportée par un pied carré ou prismatique, ou par une colonne à fût assez court et souvent à base et à chapiteaux décorés comme les bases et les chapiteaux des autres colonnes des mômes époques. Quelques-unes de ces colonnes sont richement décorées de feuillages et de rinceaux. La cuvette est également parfois toute sculptée et ornée de feuilles d'acanthe ; la forme en est souvent circulaire, unie ou ornée de grosses côtes , de cannelures, ou d'autres moulures de l'époque. Quelquefois elle représente un quatre-feuilles. Pendant toute la période ogivale , on rencontre des bénitiers qui sont placés dans des niches élégantes, du plus bel effet. Mais ce n'est qu'au XV® siècle qu'on commence à en construire en encorbellement, tels qu'on en fait beaucoup aujourd'hui. En général, les bénitiers de cette époque sont très-ornés (*).
IV. Quelques bénitiers du moyen-âge ne sont que d'anciens chapiteaux creusés en cuvette pour recevoir l'eau bénite. D'autrefois , c'est un tombeau antique ou même un ancien autel approprié à ce nouvel usage; ils n'en sont pas moins précieux aux yeux de l'archéologue. Le bénitier de la vieille cathédrale de Vaison, entre autres, est un ancien autel renversé et creusé dans ce but.
(*) Il en existe ud de cette période dans l'ancien chœur de Tëglise de Saint-Gilles (Gard) ; il est octogone , orné d'une guirlande et d'écussons unis.
A la Renaissance , les bénitiers sont ordinairement d'une grande richesse de décorations; ce sont souvent de belles conques en forme de coquilles, de coupes, de vases élégants, etc., supportées par des caryatides , des statues , des anges ou des figures symboliques ou allégoriques d*un beau travail.
D'autrefois, ce sont de larges vasques en marbre plus ou moins précieux, supportées par des colonnes élégantes ou des trépieds en bronze ciselé. Dans l'église de Saint-Sulpice , à Paris, les bénitiers consistent en deux coquilles naturelles de la plus grande beauté. Ce sont les valves d'une tridacne gigantesque qui avait été donnée à François P'' par la République de Venise. La cathédrale de Nimes vient d'en recevoir deux qui sont encore plus belles que celles de Saint-Sulpice. La chapelle des pénitents blancs de Montpellier en possède deux aussi , mais moins belles , etc. (*j