CHAPITRE VIII
BOISERIES. CHMRES, ETC.
I. Boiseries. — Il ne reste presque plus de boiseries du xiv« siècle , et toutes celles des temps antérieurs ont généralement disparu. Mais les boiseries des xiv®, xv® et xvi® siècles sont extrêmement riches et curieuses. Ce sont de magnifiques panneaux, avec pinacles, festons, crochets, dais, etc., avec ou sans statues. On y remarque toutes les moulures et toutes
{*) Sur un ancien bénitier qui existe au Musée d'Orléans , on lit cette inscription grecque extrêmement curieuse; eUe est la même, soit qu'on la lise de gauche à droite ou de droite à gauche :
NHONANOMHMATAMHMONANO^IN
c'est-à-dire :
Lave tes péchés , et non pas seulement ton visage.
les décorations usitées dans l'architecture fleurie de cette période (221). Leur âge se distingue par les caractères de l'ornementation , tels que nous les avons décrits dans la première partie (*).
Les boiseries du xvii« et même du xviii* siècle sont encore fort élégantes ; les sculptures en sont souvent riches et bien exécutées (162). (Voir Portes, Stalles, Cancels, Balustrades. j
Nous signalerons les belles boiseries dorées de Saint-Pierre à Avignon , et de Saint-Michel de Frigoulet, près de Tarascon. Cette dernière est très-remarquable. Elles sont dans le style de la Renaissance.
IL Chaire a prêcher. Suggestum, — Dans les premiers temps de l'Eglise , l'Evêque parlait au peuple, tantôt de devant l'autel , où il se plaçait sur un siège portatif ; tantôt du haut de l'ambon. Plus-tard, et surtout lorsque vers le xii® siècle, on commença à enfoncer l'autel dans l'abside, l'Evoque ne prêcha guère plus que du haut de l'ambon, pour être plus près de son auditoire. Enfin , lorsque , vers la fin du xiv® siècle , les ambons furent remplacés par les Jubés élevés en tribune, et de difficile accès pour un évêque embarrassé dans ses amples ornements et souvent chargé d'années , on construisit des chaires à peu près semblables, pour la forme, à celles qu'on fait aujourd'hui ; mais on les décora avec la plus grande magnificence (218 6). Les plus anciennes chaires qui existent encore, et qui sont toutes fort remarquables par la richesse de leur décoration, ne remontent pas au-delà de cette époque. Généralement, elles étaient, sous la période ogivale, comme à l'époque de la Renaissance, en bois, en pierre ou en marbre , et toujours admirablement travaillées et ornées des plus belles moulures et sculptures de l'époque. Pour favoriser la voix des prédicateurs, on les surmonta de bonne heure d'un ciel ou abat-voix (218 a) (**).
('') Le Musée d'Avignon possède un bahut dans le style ogival i fort beau, ainsi que d'autres morceaux do boiseries curieuses. M. Revoil, architecte à Nîmes, possède également un bahut d'un très-beau style ogival.
(**; En Italie, les chaires étaient, et sont encore aujourd'hui, longues, en forme de tribune , de manière que le prédicateur va , vient et a tous ses mouvements libres. Quelques auteurs croient que les chaires propre-
Outre les chaires fixes, appliquées contre le mur ou contre un pilier ou une colonne , il existe , en plusieurs églises , des chaires roulantes ou mobiles , pour les catéchismes, les conférences et autres exercices religieux , accompagnés d'instructions ; leur usage paraît être fort ancien dans TEglise , et dans les grandes et anciennes basiliques de Rome il n'en existe pas d'autres*.
Nous signalerons, comme fort remarquables, la magnifique chaire de Strasbourg , du xv« siècle ; celle de Nevers , de la môme époque ; la chaire en pierre qui se voit dans Téglise de Saint-Pierre, à Avignon, et que Ton croit du xiv* siècle (218 A) ; une autre à Saint-Didier, de la même ville. Celle-ci est une espèce de tribune, en forme de chaire, mais n'a pas servi, probablement, à annoncer la parole de Dieu.
m. Chaires ou trônes des Evoques. Cathedra, Sedes episcopalis. — 1° La chaire la plus précieuse, la plus illustre et la plus intéressante pour un catholique , est bien , sans contredit , l'antique chaire du Prince des Apôtres , qui se conserve encore à Rome, dans l'église de Saint-Pierre du Vatican; c'est une chaise gestatoire ou curule, ornée de dixhuit sujets en ivoire ciselés avec une rare perfection et entremêlés de petits ornements en or, d'un travail très-délicat (196). L'abbé Gerbet (Esquisse de Rome chrétienne, t. 1 , chap. vi) démontre que , très-probablement , ce siège appartenait au sénateur Pudens qui l'aurait donné à Saint-Pierre pendant que cet apôtre était logé chez lui (*).
2** Dans les catacombes, la chaire épiscopale était généralement placée à l'angle de l'autel, un peu avancée vers le peuple. Cependant, lorsqu'au fond de la salle il y avait un espace réservé au Presbyterium, le siège de l'Evéque était derrière l'autel, adossé au mur, et élevé de quelques marches , ayant, à droite et à gauche, des sièges plus bas pour les prêtres qui l'assistaient toujours. CVoy. Gerbet, Esquisse..., t. 2, p. 180.)
ment dites, sont antérieures a a xii« siècle. On trouve parfois des chaires en pierre fixées aux murs extérieurs des églises, elles servaient à des prédications extraordinaires.
(*) Le pape Alexandre VII, pour mieux la conserver, la fit enfermer dans un magnifique siège en bronze doré.
Les premières chaires pontificales étaient en pierre, en marbre ou môme en bois; elles avaient un dossier très-élevé et plein , souvent orné de moulures , de figures symboliques ou d'inscriptions; on voit encore, dans la crypte de Saint- Victor de Marseille, la chaire de Saint-Lazare, à ce qu'on croit. 3° Dans les premières basiliques des iv®, v« et vi« siècles, le siège épiscopal devient souvent un trône extrêmement riche, quelquefois en argent , en forme de sopha ou de chaise curule , à dossier cintré au sommet , avec baldaquin , draperies et rideaux d'une grande élégance. Ordinairement, il était élevé de trois marches, plus haut que les sièges des prêtres , plus, haut môme que l'autel , d'où l'expression liturgique descendre à l'autel, usitée en parlant de l'Evoque.
Sous la période latine et surtout sous la période romanobyzantine , la chaire épiscopale est souvent supportée par des lions. Au XII® siècle, le pape Alexandre III en fit faire une où l'on voyait l'aspic et le basilic, le lion et le dragon, allusion évidente aux paroles du Psalmiste : Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon, (Psal. 90.) Dès lors, le dossier du siège de l'Evoque prend communément la forme d'une mitre (497).
. 4** Sous la période ogivale, au xiii® et surtout pendant les xiv« et XV® siècles , le trône épiscopal devient extrêmement riche de sculptures, de ciselures et de tous les ornements de cette époque la plus florissante de l'art chrétien. Il est surmonté d'un superbe dais, garni de légères pyramides, de clochetons, de pinacles, etc., du plus bel effet (290) (Voir Stalles), La cathédrale de Toul possède un trône du xiii® siècle fort l3eau. A partir de la Renaissance, le trône se modernise, ainsi que son baldaquin. Cependant, le xvi® et le xvii® siècles en fournissent d'une magnificence de sculpture vraiment étonnante. Aujourd'hui on en fait encore d'assez beaux; mais, il en est aussi qui ne sont guères que de riches fauteuils de salon.
Nous signalerons ici celui de l'ancienne cathédrale de Vaison , d'un travail grossier ; celui de la cathédrale de Vienne , qui est encore à son ancienne place au fond de l'abside (il en est de même à Monde et ailleurs) ; celui surtout de la métropole d'Avignon, qui a servi aux Papes pendant leur séjour dans, r^tte ville. Il est supporté par le lion de S. Marc et le bœuf de S. Luc, et a son dossier en mitre. Il est en marbre et
tout-à-fait dans le style romano-bysantin [\97 . L'i^glisc de Saint- Seurin, à Bordeaux, en a un très-beau du xv* siècle. La cathédrale de Nimes en possède deux de la Renaissance, en marbre. Ils sont d'un très-beau travail.