‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 45 sur 112 · CIMETIERE · texte numérisé non relu

CIMETIERE

I. Cimetière. Cmmeterium, Polyandrum, AndropoHs, — Les fidèles ont toujours beaucoup tenu à être inhumés près des lieux où reposaient leurs pères dans la foi , et surtout près des tombeaux des martyrs de J.-C. Les catacombes sont le plus^ ancien témoignage de cet empressement religieux que les premiers chrétiens mettaient à placer leurs morts sous la protection des saints de Dieu. Il leur semblait qu'auprès de ces puissants intercesseurs, le sommeil de ceux qui dorment dans la poussière de la terre, qui dormiunt in terrmpuhere^ en serait plus doux et plus calme , et qu'ils auraient quelque part aux prières que les pieux enfants de l'Eglise venaient y répandre, avec tant de ferveur et de confiance. Eusèbe nous apprend, au quatrième livre de sa vie de Constantin , chap. ix , qu'un des plus ardents désirs de cet empereur était d'avoir sasépiriture auprès des tombeaux qu'il avait fait ériger en l'honneur des saints Apôtres.

JI. C'est, sans doute, d'une pensée analogue qu'était né l'antique et pieux usage de placer les cimetières autour des premières basiliques ; et plus tard autour de presque toutes les églises. Et , certes , cette vue des tombeaux des ancêtrei^ , qui préparait si bien les âmes , par les sérieuses réflexions qu'elle

inspirait, à écouter avec plus de recueillement, et partan£ avec plus de profit, les saints enseignements de la Religion, n'était p^s sans utilité pour les morts eux-mêmes , en les rappelant fréquemment au souvenir de leurs parents et de leurs amis , aux heures de la prière. Aussi, c'est avec une véritable peine que nous voyons ce pieux usage abandonné et même prohibé , sous prétexte de salubrité ; prétexte frivole , pour ne pas dire impie , que Texpérience n'a pas justifié. Dès les premiers siècles , néanmoins , il y a eu des cimetières chrétiens placés dans les champs.

III. De bonne heure, les fidèles purent obtenir parfois la faveur d'être inhumés dans les vestibules mêmes ou les exèdres des basiliques. Mais ce ne fut guère que vers le ix® siècle que commença à s'introduire l'usage d'enterrer les morts dans l'enceinte même de l'église. Auparavant , en effet , il n'était permis d'y inhumer que les évoques (*) qui quelquefois même furent placés sous l'autel. Mais^ vers cette époque, cette faveur fut accordée, d'abord, à tout le clergé , et ensuite aux religieux et aux fidèles de distinction ; ce qui donna occasion d'ériger dans les grandes églises ces magnifiques tombeaux qui en firent souvent un des plus curieux et des plus précieux embellissements.

IV. On appelait autrefois cAamier ou ossuaire un petit édifice attenant au cimetière ou à l'église, et destiné à recevoir les ossements que les fossoyeurs retiraient des fosses anciennes en en creusant de nouvelles.

Depuis longtemps les conciles ont ordonné de placer une crcrix au milieu des cimetières. Quelques-unes de ces croix sont fort curieuses et méritent l'attention de Tarchéologue chrétien. Au moyen-âge , on élevait souvent dans les cimetières des espèces de colonnes ou de tours appelées lanternes des morts (voir ce mot). D'autrefois , c'était une véritable chapelle mortuaire , communément dédiée à samt Mrchel , au moins en France; probablement à cause des paroles de l'offertoire de la messe des morts, où il est fait mention de cet archange, comme étant occupé spécialement à la délivrance des âmes.

(*) A partir du iv^" siècle, cet honneur fut également accordé à des em* pereurs , à des rois , etc. . .

V. Le cimetière qui , dans nos contrées , a eu le plus de réputation au moyen-âge, est bien, sans contredit, celui des Aliscamps , à Arles. Il avait d'abord servi aux sépultures des païens; mais de bonne heure les chrétiens l'acquirent pour leur propre usage. Les tombeaux de saint Trophime, de saint Honorât , de saint Hilaire et de tant d'autres illustres et saints .personnages qui y étaient en grande vénération, et surtout la pieuse croyance où l'on était que le divin Sauveur était apparu pendaiït que saint Trophime se préparait à le bénir, et l'avait béni lui-même, le rendirent extrêmement célèbre ; de tous côtés on tenait à y être inhumé ; les villes situées sur les bords du Rhône y envoyaient leurs morts; et pour cela on se servait du singulier moyen que voici : on mettait les corps des défunts dans des tonneaux enduits de poix et bien fermés , avec l'argent nécessaire aux frais d'inhumation et des cadeaux plus ou moins pré cieux ; on les abandonnait à la merci des flots qui les chariaient jusqu'à Arles. S'ils s'arrêtaient quelque part, le long des rives , les personnes qui les apercevaient les lançaient de nouveau respectueusement au courant du fleuve , et jamais la cupidité n'osa violer ces tombeaux flottants à la garde de Dieu. Aujourd'hui , le cimetière des Aliscamps , quoique dévasté et privé des riches et innombrables tombeaux qu'il renfermait, inspire encore le plus vif intérêt, et par le souvenir de sonpassé , et par les ruines encore considérables qu'on y rencontrede tous côtés ( Voir Tombeaux. )

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