CLOCHES
I. Le mot de clocue, Campana, Nola, etc., vient probablement du mot clocca , terme de basse latinité usité vers le vin® siècle pour désigner la cloche.
Quant à l'origine des cloches , elle se perd dans la nuit des temps ; il paraît qu'elles étaient connues des Chinois dès la
plus haute antiquité , et Moïse parle des clochettes qui étaient attachées au bord de la robe du grand-prôtre. Mais la cloche , telle qu'elle est usitée aujourd'hui dans nos églises , n'a été positiveînent admise dans les usages liturgiques que vers le Yi® siècle.
Pendant tout le temps des persécutions, les chrétiens n'auraient pu s'en servir impunément , le son de la cloche aurait trop appelé l'attention des païens sur eux et les aurait évidemment exposés aux persécutions; les premiers fidèles n'avaient donc pour s'avertir du lieu et de l'heure de leurs assemblées que des messagers afBdés qui les convoquaient en secret ; à moins que dans la dernière réunion, le pontife n'eût tout prévu et tout réglé à l'avance.
IL Lorsque la paix eût été rendue à l'Eglise par l'empereur Constantin , on se servit pour avertir les fidèles, tantôt de crécelles en bois , composées de deux ou plusieurs pièces qu'on faisait battre les unes contre les autres; tantôt de grandes plaques de bois , ou de fortes bandes de fer sur lesquelles on frappait avec des marteaux ; tantôt , enfin , de trompettes , de cornes et d'autres instruments de formes et de matières différentes.
De bonne heure , toutefois , on se servit aussi de cloches , mais d'un fort petit volume. Pour cela, on plaçait, aux portes de certaines églises, plusieurs sonnettes attachées autour d'un cercle de bois qu'on agitait fortement pour en faire entendre le bruit aussi loin qu'on pouvait.
IIL Saint Paulin, évoque de Noie, en Campanie, au v« siècle^ serait le premier , d'après le sentiment le plus commun , qui aurait introduit l'usage des grosses cloches proprement-dites , et ce serait de là qu'on les aurait appelée campanœ , nolm.
D'autres en font honneur au pape Sabinien , vers l'an 606. Quoi qu'il en soit de ces opinions, il est certain que déjà au vu* siècle , la cloche était généralement adoptée , ce qui nécessita l'érection des clochers ou campaniles , tantôt isolés , tantôt adossés à l'église.
L'Orient n'adopta que très-tard l'usage des cloches ; et sous la domination turque , il fut défendu aux chrétiens de s'en servir. Les Arméniens seuls ont continué de les employer aux besoins du culte ; les autres ont été obligés de revenir aux anciens usages de convoquer les fidèles.
Pendant le moyen-âge, les armées italiennes étaient dan» Tusage de traîner à leur suite un campanile mobile surmonté de sa cloche qui servait tour-à-tour à donner le signal du combat, de la marche, de la prière, etc. Il était confié à la garde d*un corps d'élite ; car c'eût été un grand déshonneur que de le lîiisser tomber entre les mains des ennemis.
rv. La cloche est composée ordinairement de 78 parties de cuivre et de 22 d'étain sur 100. Ses proportions sont calculées sur l'épaisseur du bord , et l'épaisseur du bord sur le poids total que doit avoir la cloche ; le grand diamètre a 1 5 fois l'épaisseur du bord ; le diamètre du cerveau 7 1/2 ; et la ligne qui décrit son profil dans la hauteur complète , 30 à 32. On appelle mouton la charpente qui la soutient et la saisit aux anses ; cerceauj la partie supérieure de la cloche ; faussures , les parties où elle s'évase; et pinces ^ les boids où frappe le battant.
La cloche de Moscou est la plus grosse que l'on connaisse. Elle pèse environ 180,000 kilogram.
Celle de Monde , détruite par les camisards , pesait environ 24,500 kilogram. ; le battant qui existe encore à 2" SS'^ de hauteur.
Au moyen-âge , on en a fait quelquefois de carrées , de percées de trous, etc.
Nous donnons ici les vers qui ont été faits à diverses époques sur les cloches.
1 ^ Funera plango , fulmina franco , sahbala pango , Excito lentos , dissipa tentas , paco cruentos (*).
2*^ Convoco, signo, noto , compello , concino, ploro ; Arma, dies , horas, fulgura, festa, rogos{**)
3® Laudo Deum verum, plebem vocOj congrego derum ; Defunctos ploro , pestem fugo , festa decoro (***).
(*) Je pleure les morts , je détourne la foudre , je célèbre les fêtes ,
J'excite les tièdes , je dissipé les vents , j'apcdse les gens aigris . (**) Dans ce distique les mots supérieurs répondent aux mots placés au-dessous .
Je convoque les armées, je désigne les jours , je marque les heures. Je citasse lajoudre, je célèbre les fêtes , je pleure les morts. (***) Je chante le vrai Dieu ^ j'appelle le peuple, je convoque le clergé. Je pleure les morts y je chasse la peste^ j'embellis les fêtes.
Nota. Guillaume Durand, dans son Rationale,d\sting\ie cinq sortes de cloches. La cloche qui sonne à TégUse ; Vesquelle au réfectoire; le timbre au cloître ; la noie au chœur, et la nolette à l'horloge (Chap. des cloches.)