‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 49 sur 112 · CHAPITRE Xlir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlir

CROIX MONUMENTILES.

I. Croix. Crux. — Lescroix, dontilestici question, sont les grandes croix en pierre, en bois ou en fer, élevées comme monuments historiques, expiatoires ou simplement pieux. Nous parlerons des autres à Tarticle des vases sacrés.

Le moyen-âge éleva un grand nombre de croix dignes de Tattention des archéologues ; malheureusement , elles disparaissent peu à peu. On en rencontre encore quelques-unes sur les chemins publics , dans les champs , au milieu des places et des marchés , et celles-ci sont souvent accompagnées d'une fontaine qui s'échappe de leur soubassement (*). Mais c'est dans les cimetières qu'on en trouve le plus , et souvent ces croix sont aassi remarquables par leur antiquité que par leur riches sculptures. Le piédestal qui les supporte est parfois orné de moulures, de bas-reliefs, de niches avec leurs statuettes, etc. , et leurs croisillons sont fleuronnés et agréablement sculptés. Lorsqu'elles ne portent pas la date de leur érection , c'est d'après le genre de décorations que l'on peut en juger ; elles sont toujours en rapport avec le style de l'époque.

IL Ce n'est guère qu'à partir du iv"*® siècle que commence l'usage de placer sur les croix l'image de N. S. J.C. Jusqu'à la fin du x"^ siècle, le Sauveur crucifié est vêtu d'une tunique avec ceinture , qui ne laisse paraître que les mains et les pieds.

(*) Cet usage de planter des croix dans les lieui publics est trèsancien parmi les fidèles. On trouvera des détails extrêmement intéressants sur ce point dans le sermon de saint Jean-Chrysostôme : Çuod Christus est Deus.

Au X"® siècle , le Christ a souvent une physionomie douce et bienveillante; d'autrefois, il est fort mal exécuté et se ressent de l*état des arts à cette époque (*).

Au XI® et au xii® siècles , la robe du Seigneur devient plus courte ; les manches disparaissent et la poitrine est souvent nue. En général, les Christ romano-byzantins sont fort laids et très-mal travaillés ; le buste , la tête et les autres membres du corps sont sans proportion , bien que les croix soient ordinairement extrêmement riches (193).

Au XIII® siècle, le Christ est plus parfait, plus beau de cette beauté céleste qui convient à un Dieu souffrant ; mais la tunique est très-courte; elle ne descend qu*aux genoux.

Aux XIV® et XV® siècles , le Christ est encore mieux exécuté; sa douleur est profonde et pleine de majesté. La robe est remplacée par une simple ceinture, comme aujourd'hui. Pendant ces deux siècles, le Christ est quelquefois représenté avec des ailes, parce qu'il avait ainsi apparu à saint Françoisd'Assise (198).

Au XVI® siècle , la* physionomie du Seigneur devient langoureuse et triviale , entre les mains des artistes de l'école naturaliste; mais elle continue à être belle, noble et vraiment divine, dans les écoles spiritualistes.

III. Quant à la croix elle-même, voici les caractères les plus saillants, qui pourront en faire connaître l'âge, lorsqu'elle n'aura pas de Christ dont la forme puisse en déterminer l'époque.

Les croix antérieures au xiii® siècle sont généralement basses, et ressemblent assez aux antéfixes dont nous avons parlé dans la première partie (94).

Au xiii® siècle, elles sont élancées, hardies et souvent trèsélégantes. On en voit dont le croisillon porte, d'un côté, rimage du Sauveur crucifié , et , de l'autre , l'image de la Sainte-Vierge tenant l'Enfant- Jésus. Ces images sont enfermées souvent dans un encadrement à quatre lobes. Les extrémités du croisillon sont ornées de fleurons de l'époque

(*) L'on vient de découvrir, à Uzès, une ancienne crypte ; où Ton a trouvé un Christ sculpté en demi-relief dans le mur. 11 est plus grand que nature, vêtu de la tunique complète, ne laissant voir que les mains et les pieds; mais il est d'un travail extrêmement grossier.

et le chapiteau de la colonne est semblable aux chapiteaux du même siècle (194).

Au XIV® siècle , les croix ressemblent à celles du xiii®, mars c'est seulement alors qu'elles commencent à être portées sur des piédestaux carrés ou octogones , souvent ornés de niches ogivales avec des statuettes.

IV. Au XV® siècle , elles sont extrêmement ornées ; mais les moulures des encadrements sont prismatiques et anguleuses ; le chapiteau est parfaitement semblable à ceux des colonnes de l'époque ; les bouts des croisillons sont ornés de feuilles frisées , et le fût est parfois octogone ; les faces du piédestal sont décorées de niches à frontons , à contre-courbes, ' ou de riches panneaux trilobés, également avec frontons aigus, ou à contre-courbe (198).

Au XVI* siècle, les croix sont encore fort belles, et souvent ornées avec recherche et luxe ; le croisillon est quelquefois en fer bien travaillé ; et il est des fûts qui sont tout couverts de moulures, de fleurs de lis, de salamandres et autres figures délicates , conformes au goût et au style de Tépoque. Quelquefois , les belles croix du moyen-âge étaient placées sous de grandes niches, ou des espèces de monuments plus ou moins riches, en forme de ciborium. Il existe, près de Beaucaire, un de ces monuments assez remarquable ; il est ogival , et fut construit au commencement du xv® siècle ; il porte le nom de Croix-couverte (199). Il en existe un autre, dans le beau style du xiv® au xv® siècle, à Villeneuve-lès-Avignon, etc.

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