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CHAPITRE XV

FOHTS-BAPTISMAUX.

I. Fonts-baptismaux. Fontes lustrales, Fous baptismi. — Tant que Ton baptisa par immersion , on se servit de baptistères tels que nous les avons décrits ci-dessus [Voy, ce mot). Mais, vers le xi« siècle, lorsqu'on ne baptisa guère plus, en Occident, que par infusion , les fonts -baptismaux reçurent des formes nouvelles et extrêmement variées. Nous allons faire connaître les principales modifications qu'ils subirent pendant le moyen-âge. Les fonts- baptismaux des xi® et xii® siècles, d'après les données fournies par M. de Caumont, peuvent se rapporter à huit types principaux :

4® Cuves baptismales cylindriques ; ce sont des fonts dont la forme simule un cylindre ou la margelle d'un puits ; ils sont quelquefois un peu rétrécis à la base (204) ;

2*^ Cuves cylindriques avec quatre petites colonnes canton; nées autour du cylindre (205) ;

3® Cuves en forme de baignoires ovales , ou en carré-oblong ;

4*». Cuves carrées, octogones, en forme de croix, etc. (188);

5® Fonts pédicules simples dont la cuve est placée sur un cylindre court, porté sur un socle carré (206) ;

6® Fonts pédicules composés, dont la cuve est supportée par un pédicule accompagné de quatre colonnettes (207) ;

7** Fonts pédicules à cuves carrées, rectangulaires, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur;

8^ Fonts supportés par des caryatides , des anges , des personnages, etc. (208).

IL Tous ces fonts sont en pierre, quelquefois en plomb et en bronze. Ils sont généralement ornés de sculptures ou de moulures de l'époque, souvent fort grossières, mais toujours curieuses à étudier. Il existe , à l'église de Saint»Barthélemy de Liège des fonts en cuivre du xii® siècle. Ils rappellent la forme de la mer d'airain de Salomon ; c'est une cuve supportée par douze bœufs. La cuve est ornée de plusieurs scènes relatives au baptême. Aujourd'hui il n'y a plus que dix bœufs.

Au XIII® siècle, la forme des fonts est à peu près la même ; seulement, dans le nord, la cuve est souvent octogones à l'extérieur, quoique toujours cylindrique à l'intérieur, et ses pans sont ordinairement ornés des décorations usitées sous la première phase de la période ogivale (209-210). Dans le midi, au contraire, c'est toujours la forme et l'ensemble des moulures romano-byzantines qui y dominent, au moins généralement.

Au XIV® siècle, les fonts à quatre colonnettes auxiliaires n'ont plus lieu ; ainsi que les cuves cylindriques, déjà d'ailleurs assez rares au xiii® siècle ; mais ils ont communément leur cuve, leur pédicule, leur base octogones et leurs pans ornés d'arcatures ogivales, de statues en bas-reliefs, de fenêtres simulées, de pinacles , etc. , dans le style de l'époque (211).

Au XV® siècle et au commencement du xvi® , la cuve devient souvent octogone à l'intérieur comme à l'extérieur, et les moulures sont prismatiques et flamboyantes , souvent d'une profusion excessive. Plusieurs fonts de cette époque sont néanmoins d'une grande beauté, tandis que d'autres sont fort simples.

Pendant le cours du xvi® siècle , les décorations des fonts se rapprochent des ornements classiques ; les panneaux sont ornés de bas-reliefs antiques , d'une bonne exécution ; quelques fonts sont alors quadrangulaires ; d'autres ont la forme d'un autel ou d'un tombeau ; quelques-uns même ne sont que d'anciens tombeaux appropriés à ce nouvel usage, ou de vieux chapiteaux creusés en cuvette à leur sommet. Le plus grand nombre , toutefois , conserva encore les formes usitées précédemment.

Aux XVII® et xvni® siècles , les fonts prennent souvent la forme

d'un calice , d'un ciboire, d'une coupe, à cuve plus ou moins profonde et large, supportée par des balustres , des colonnes , des caryatides, etc.. Ils sont souvent d'une grande magnificence de décoration, d'autrefois ils sont fort simples, mesquins, sans caractère et parfois presque ridicules. L'église de Saint- Paul , à Beaucaire , en possède un de la fin du xvi® siècle dont la coupe est très-riche de sculptures. Depuis la Renaissance, plusieurs fonts sont placés sous des coupoles portées par des colonnes souvent fort riches.

III. De bonne heure , l'Eglise prescrivit de tenir les fonts baptismaux soigneusement couverts (*). De là les diverses espèces de couvercles que l'on imagina pour les fermer. On ignore absolument la forme que ces couvercles avaient sous la période romano-byzantine. Cependant, par analogie avec les autres décorations de l'époque , on peut croire que les couvercles romano-byzantins qui étaient ordinairement en bois, avaient probablement la forme de petites tours flanquées de leurs tourelles, comme on en voit sur certains chapiteaux et autres membres d'architecture de cette époque, ainsi que sur des couvercles d'encensoirs (252).

Au xin® siècle , ces couvercles qu'on appelait custodes , prirent positivement la forme d'une pyramide communément octogone , de huit à dix pieds de haut , et ornée des moulures du style ogival.

Ces pyramides deviennent encore plus belles au xiv« siècle ; et au XV® , elles acquièrent une grande magnificence de décorations , comme tout ce qui tient au style riche et flamboyant de cette époque (211).

Aux XVI® et XVII® siècles, on conserve encore assez souvent la forme pyramidale , mais les moulures sont prises dans les ornements de la Renaissance ; d'autres fois , la pyramide est remplacée par un couvercle en coupole , par une statue de . S. Jean, une urne élégante , etc. ; mais au xviii® siècle , le couvercle s'aplatit, le plus souvent, et devient de plus en plus simple. Il en est cependant encore quelques-uns d'assez beaux et de richement sculptés.

{*) Voir entr 'autres le concile de Nimcs de 1284 , qui prescrit cette mesure : sint cooperti'

Nota. Il est probable que beaucoup de bénitiers anciens ont été confondus avec les fonts-baptismaux, à cause de leur grande ressemblance ; il serait cependant à désirer qu'on les étudiât sérieusement pour ne pas tomber dans cette méprise.

Le Musée de Montpellier possède des fonts en plomb , trèsanciens et fort remarquables.

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