LANTERNES DES MORTS. — LUTRIN
I. Lanternes des morts. — Dans quelques anciens cimetières^ de France , on trouve un monument particulier qui mérite l'attention des archéologues et qui a été signalé depuis peu par M. de Caumont. C'est une espèce de grosse colonne cylindrique, carrée ou polygone, ressemblant assez à un petit phare. Elle est creuse , et il paraît que Ton montait à son sommet tantôt par un escalier intérieur, tantôt par des trous disposés dans les parois , de manière à pouvoir y placer facilement les pieds ou par tout autre moyen inconnu maintenant. Celles qui existent encore sont toutes des xi« , xii* et xiii® siècles (2^12).
Au sommet de ces petits phares, sont ménagées plusieurs ouvertures par lesquelles s'échappait la lumière d'un faual ou d'une lampe qu'on y mettait et qui y était entretenue en l'honneur des morts , par la piété des fidèles ; de là ces paisibles rayons se répandaient silencieusement sur les tombeaux du cimetière et semblaient veiller sur eux; de là, aussi, ils allaient frapper au loin les regards du pieux voyageur , et cette vue provoquait souvent quelques salutaires souvenirs ou quelques bonnes prières pour les morts.
IL Plusieurs de ces colonnes sont accompagnées d'un autel destiné aux cérémonies des funérailles , et probablement aussi à la célébration du saint sacrifice de la messe. D'autres, au lieu d'un autel , n'ont qu'un simple appui , en forme de prieDieu.
Elles sont pour la plupart élevées sur un socle ou sur un soubassement à plusieurs marches ; quelques-unes sont placées au sommet d'une chapelle funéraire et parfois aussi la chapelle en tient lieu. Ces chapelles mortuaires, fort communes au moyenâge , et dont l'usage s'est conservé jusqu'à nous , méritent aussi d'être étudiées avec soin. Elles étaient , ordinairement , en France, placées, comme nous l'avons dit ailleurs, sous rinvocation de saint Michel : à Fontevrault , néanmoins , il y en avait une dédiée à sainte Catherine.
Les chapelles funéraires des xi% xii* et xiii® siècles sont rondes ou carrées , avec ou sans petites chapelles accessoires. Celles des XIV® et xv« siècles sont souvent en forme de tours très-élevées. 11 en existe une romano-byzantine à Châteauneuf (Vaucluse).
III.Luthinsou pupitres. lec^rwm, Lectrinum, Pulpitum, etc, — Tant que l'on conserva dans l'Eglise l'usage des ambons, il n'y eût pas d'autres pupitres que ceux qui surmontaient les ambons. U y en avait toujours au moins un qui servait à chanter ou à lire l'Evangile , l'Epître et les prophéties. Mais alors il était mobile sur son pied et tournait à volonté, à droite ou à gauche, selon qu'il fallait chanter ou lire l'Evangile , ou TEpître. Souvent il y en avait deux ou môme trois sur le môme ambon, quand il n'y avait qu'un seul de ceux-ci ; mais ordinairement, dans les grandes églises , il y avait au moins deux ambons ou môme trois, comme nous l'avons vu plus haut.
IV. Lorsque les ambons furent abandonnés ou remplacés par les jubés , il fallut y suppléer par des pupitres ou lutrins de formes variées , mais toujours adaptés aux usages auxquels on les destinait. Il y en eut souvent trois, dont l'un servait pour l'Evangile , le second pour l'Epître , le troisième pour les prophéties. Généralement celui de l'Evangile était surmonté d'un grand aigle , symbole de l'apôtre saint Jean , le plus sublime des évangélistes. Quelquefois on y voyait les quatre Evangélistes ou les quatre animaux d'Ezéchiel qui en sont les symboles et qui formaient comme quatre pupitres sur un seul pied ; au lieu d'un aigle, on y plaçait parfois un phénix ou un coq qui servait au môme usage.
Dans quelques églises , le pupitre destiné à la lecture des prophéties représentait la figure de Moïse tenant les Tables de la Loi ; ce qui en déterminait évidemment le but.
V, Pendant tout le moyen-âge, les lutrins étaient en bois ,
en cuivre doré ou en bronze, et richement ornés des plas belles moulures de l'époque ; des miniatures du xiu® siècle en donnent des modèles de la plus grande beauté. La Revue archéologique de Leleux (n° du 45 juillet 1849) en donne un fort curieux de cette époque. Le coq qui le surmonte pouvait tourner le cou du coté du lecteur au moyen d'un mécanisme intérieur. Les xiv® et XV® siècles en offrent qui sont décorés avec la plus grande élégance et ornés d'arcatures ogivales et trilobées, de pinacles , de riches panneaux , de niches avec leurs statues , etc. (21 4). Les cathédrales d'Alby, d'Anvers, etc., en possèdent de cette époque d'une grande beauté. La cathédrale de Troyes en a un du XVI® siècle en cuivre, surmonté d'un aigle qui tient un serpent dans ses serres. Millin, [Antiquités nationales troisième partie pi. 51 , et 65) , en donne deux du xvii® siècle, qui ne le cèdent en rien à ceux des siècles précédents. L'un d'eux est conservé dans la chapelle de la Sainte-Vierge à Notre-Dame-de- Paris.
VL Pendant le moyen-âge , il existait des lutrins portatifs assez commodes. Ils se pliaient et se transportaient ainsi trèsfacilement; ils étaient ordinairement en fer (213).
M. Gailhabaud en donne deux , dans son grand ouvrage sur l'Architecture, qui sont fort curieux.
Ordinairement le grand lutrin était accompagné, comme l'ambon primitif, d'un grand chandelier ou phare destiné à éclairer les lecteurs ou les chantres.
Le petit pupitre dont on se sert aujourd'hui pour placer le missel sur l'autel n'est pas fort ancien. C'était autrefois un coussin, pulvinar, qui servait de pupitre. Le plus ancien que j'ai rencontré pouvait avoir une centaine d'années de date, peutêtre davantage. Il avait été doré et sculpté, mais la dorure avait presqu'entièrement disparu- J'en donne le dessin à la figure
Le musée d'Avignon possède un magnifique lutrin en bronze, surmonté de l'aigle traditionnel.
Saint-Baudilc , à Nîmes , en a un assez curieux dans le style de la Renaissance.