‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 53 sur 112 · CHAPITRE XVIL MOHIST£RES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIL MOHIST£RES

I. Monastères. Monasterium, Cœnobium. — Un monastère est un ensemble de bâtiments servant à Thabitation et aux exer cices religieux d'une communauté de moines ou de religieuses. Il ne reste absolument rien des premiers monastères construits par les Antoine, les Pacôme, les Basile et les autres premiers instituteurs de la vie monastique. Ils ne consistaient, d'ailleurs, le plus souvent, qu'en un certain nombre de cellules ou cabanes en bois , ordinairement fort pauvres, et dont l'ensemble s'appelait Laure.

Pendant le moyen-âge il se construisit un grand nombre de monastères ; mais parmi ceux qui existent encore en tout ou en partie , il en est peu qui remontent jusqu'au ix® siècle. D'abord on en bâtit beaucoup en bois , quelquefois très-beaux et d'un travail merveilleux ; mais les incendies les réduisant facilement en cendres, on s'en dégoûta et on ne les bâtit plus qu'en pierres.

Les grands et riches monastères formaient de vastes et imposantes constructions. Ils consistaient ordinairement en plusieurs corps de bâtiments distribués avec beaucoup de goût et d'intelligence autour de deux grandes cours rectangulaires ; ils étaient environnés d'un mur d'enceinte avec créneaux, mâchicoulis , tours, guérittes , donjons , fossés , etc. ; la porte en était fortifiée et souvent accompagnée de deux tourelles et d'un pont-levis , comme une ville de guerre. Et, certes , il le fallait bien à ces époques de désorganisation sociale et de luttes incessantes , comme il le fallut plus tard pendant les guerres de religion , pour les mettre à l'abri des attaques des sectaires du XVI® siècle.

II. La première cour était environnée des dépendances du monastère , de la ferme , des granges , des étabics , des mou-

lins , etc. , etc. La seconde était le préau entouré du cloître qui était lui-même entouré , de tous côtés , par Téglise et ses annexes, le réfectoire, la salle des distributions des aumônes, la salle capitulaire, le parloir , la salle d'études et de travail^ le chauffoir vaste salle à cheminée où les moines se réunissaient quelquefois pour se chauffer, les cuisines et autres offices , et, enfin , par les appartements du supérieur ou de l'abbé. Au-dessus de ces divers corps de bâtiments, étaient le dortoir, la bibliothèque , les archives, etc., etc. Autour du monastère régnait ordinairement un vaste enclos bien cultivé r avec un ou plusieurs jardins et leurs dépendances, ainsi que les ateliers. On y voyait aussi parfois l'habitation de Fabbé,. lorsque son logement était séparé du reste de la communauté. Là se trouvaient encore les appartements réservés aux étrangers hommes , car les femmes étaient toujours logées assez loin du monastère et en dehors de l'enclos.

IIL Les églises des monastères étaient généralement fort remarquables, et celles qui existent encore méritent ordinairement toute l'attention des archéologues. Les trésors de ces églises étaient toujours extrêmement riches en vases sacrés , en reliquaires, en ornements, etc., etc. On trouvera de curieux, détails sur cette matière dans le bel ouvrage d'Hurter, intitulé: Institutions catholiques au moyen-âge.

La salle capitulaire et le réfectoire étaient aussi des pièces fort soignées etordinairement décorées avec beaucoup de magnificence. C'étaient de vastes salles voûtées et souvent divisées en travées, comme les églises, par des colonnes ou des piliers. Leurs murs étaient communément couverts de belles peintures à fresque , et il en était souvent de même dans les dortoirs.

Mais une des parties les plus intéressantes à visiter et à étudier, c'est, sans contredit, le cloître, vaste galerie plafonnée ou voûtée , environnant le préau et servant aux récréations et aux promenades silencieuses des moines , et quelquefois aussi à certaines cérémonies du culte, entre autres, aux diverses processions de l'année liturgique. Le cloître fut généralement décoré avec le plus grand soin ; on y voyait ça-et-là des tombeaux parfois extrêmement riches de sculptures et d'ornements. Le pavé offrait aussi, aux regards de l'antiquaire > des pierres tombales chargées de curieuses inscriptions ; les murs et la voûte étaient fort souvent couverts de peintures

intéressantes, variées et quelquefois de la plus grande beauté. C*est-là que , vers le xv« siècle , on représentait ordinairement , en peinture ou en sculpture, la danse macabre, autrement dite la danse des morts, dont nous parlerons dans la troisième partie de cet ouvrage.

IV. Le cloître donnait sur le préau par des arcades à colonnes simples ou géminées , ou alternativement simples et géminées , portées sur un stylobate continu (219).

Vers le xv« siècle , on commença , dans quelques couvents , à fermer les arcades au moyen de vitraux plus ou moins riches , pour se mettre à Tabri des intempéries des saisons. C'est dan» les corridors de certains cloîtres qu'on pratiqua, au moyen-âge , des espèces de niches appelées Carolles (Carolla, Scriptoriumjy pourvues d'un siège et d'un pupitre en pierre ; c'est là que se retiraient les moines calligraphes pour travailler aux magnifiques manuscrits que nous ont légués ces beaux siècles de l'art chrétien.

Le Préau, ou cour intérieure, qui était l'espace compris entre les quatre côtés du cloître, avait, au milieu où à l'un de ses angles, une fontaine ou un bassin qui, dans les commencements, servait aux moines à se laver les mains et le visage avant d'entrer dans l'Eglise; et, plus tard, lorsque cet usage fut aboli, à se laveries mains avant et après les repas. Dans quelques couvents on y lavait aussi les corps des morts, avant de les ensevelir.

Parmi les cloîtres remarquables qui existent encore, nous signalerons ici celui de Mont-Majour, près d'Arles, très-ancien ; celui de Cavaillon, du xn® siècle; celui de Saint -Trophime d'Arles, très-beau, des xi®, xii® et xiv® siècles, en partie; ceux de Valmagne, d'Aix, du Puy, de Toulouse (219), tous fort curieux; à Saint-Michel-de-Frigoulet , près deTarascon, il y en a un qui paraît être du xi® au xn*' siècle ; celui de Grandmont ( Hérault ) est de la môme époque ; celui de Vaison est de plusieurs styles ; dans le Gard , nous avons ceux de la Chartreuse de Valbonne, de Villeneuve, etc. , et les restes de celui de Saint-Gilles.

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