‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 57 sur 112 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

RETKBLE ET CONTRE-RETKBLE.

I. Le RETABLE est un ouvrage d'architecture plus ou moins riche, servant de décoration à un autel et appuyé ordinairement contre le mur de l'abside ; il y en a en marbre, en albâtre, en pierre ordinaire et môme en orfèvrerie. Le retable est souvent orné de colonnes, de pilastres, de panneaux, de niches, de statues, de bas-reliefs, de dorures et de peintures. Il y en a de fort simples , mais il y en a aussi d'extrêmement riches.

Tant que l'autel resta isolé, en avant de l'abside, on ne connut point les retables", ou , s'il en exista , ils durent être très-rares et fort peu considérables. Or, ce ne fut qu'au xiiP® siècle que l'autel s'enfonça communément dans l'abside. Jusque-là, le trônedel'évêqueet les sièges des prêtres étaient placés derrière l'autel. Le retable donc, s'il eût existé, les eût complètement cachés aux yeux des fidèles et leur eût entièrement enlevé à eux-mêmes la vue de l'autel. Au contraire , lorsqu'au xiii"* siècle le clergé eût quitté le fond de Fabside , pour se placer

sdr les côtés ou en avant de Tautel , on put facilement ajouter à celui-ci les ornements que l'on voulut, soit pour l'agrandir et le relever, soit pour l'orner et l'embellir. Aussi est-ce à partir de cette époque qu'apparaissent les premiers retables.

IL Au xiii°® siècle , les retables étaient encore fort bas et les figures n'y étaient disposées que sur un seul rang. Les sujets qui y étaient ordinairement représentés étaient pris dans la vie et la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ ou dans les légendes des saints, surtout des saints Patrons de l'Église. L'ornementation consistait souvent en feuillages et en broderies sculptées.

Au XIV® siècle, le retable prend de plus grandes dimensions. Sa décoration est empruntée à la riche et belle ornementation de l'époque. Ce sont des pinacles, des clochetons, des dais, des niches, des statues, etc., etc., d'une grande pureté d'exécution (286). L'église des Célestins de Paris, en possédait un de cette époque , d'une bien grande richesse. Millin l'a figuré dans ses Antiquités nationales (part. 3, pi. lui, édit. de Barba. )

Vers le milieu du xv"® siècle, ils deviennent encore plus considérables et plus ornés ; on en voit de cette époque qui ont jusqu'à trois rangs de statues ou de personnages en demirelief ; l'ensemble prend quelquefois la forme des beaux portails des cathédrales de l'époque, avec pinacles en accolades et à crochets , panneaux , niches et autres ornements du style flamboyant. La chapelle du Saint-Laict , dans la cathédrale de Rheims, en possède un très-beau du xv® siècle. Le musée de Dijon en a deux d'une magnificence inouïe.

Au commencement du xvi"« siècle, les retables sont vraiment d'une richesse éblouissante ; c'est un luxe d'ornementation , peut-être exagéré, mais d'un effet admirable. Le travail en est d'un fini et d'une délicatesse qui étonnent. Nous devons signaler , entre autres, celui de la chapelle de la Sainte- Vierge, dans l'église de Brou ; il est en albâtre.

Quelques retables de cette époque sont tout dorés ou peints. A la Renaissance , ils sont encore extrêmement remarquables, mais les décorations sont empruntées à l'architecture libre de cette époque. Ce sont des colonnes torses, des vases, des statues, des rinceaux, des médaillons, des sujets quelquefois profanes, souvent religieux , historiques ou allégoriques , avec ou sans

inscriptions. (Voir la pi. ii, part. 2, des Antiquités nationales, de Millin, éd. de Barba).

Au xvii"« siècle , la peinture sur toile apporta une grande modification au retable, par l'introduction des tableaux d*autel-

Cependant, le retable, avec ses riches ornements, continua à servir souvent d'encadrement au tableau et à orner les autels principaux comme les autels des chapelles. Il en existe de ce siècle qui sont encore fort remarquables. Aujourd'hui encore on en fait de fort beaux dans le môme style.

Parmi les retables du xvii"« siècle , qui existent en plusieurs églises du Midi, à Avignon, à Nimes, etc., nous signalerons celui de la chapelle des Pénitents-gris, à Aiguesmortes. C'est l'œuvre de l'habile et célèbre statuaire italien Sabatieri ou Sabatier. Il est en plâtre stuqué et représente plusieurs scènes de la Passion de N. S. Jésus-Christ. Les ornements consistent en pampres de vignes, en guirlandes de fleurs, en fruits de tout genre , rendus avec un naturel et un fini admirables.

III. Contre-retable. — Quelques auteurs ont confondu le retable avec le contre-retable. Il est aujourd'hui assez généralement admis que le contre-retable n'est que la partie du milieu du retable, qui forme tableau ou qui reçoit un véritable tableau sur toile , et qui repose ordinairement sur l'autel ou sur les gradins.

Cependant, on donne encore le nom de contre-retable ou de frontel, à ce qu'on appelle aussi devant d'autel ^ et qui consiste ordinairement en un tableau mobile, en bois, en métal ou en étoffe, servant d'ornement et de décoration à la partie antérieure de l'autd. Ces contre-retables sont parfois d'une très-grande richesse (286). Il y en a en argent , et il en a existé même en or d'un travail merveilleux et couverts de sculptures ou de ciselures de la plus grande délicatesse, représentant des personnages, des arabesques, des niches, etc., etc. (184). M. de Caumont, dans la 4"® partie de son cours, en signale un en or d'une grande beauté, qui avait décoré autrefois l'autel de la cathédrale de Bâle, en Suisse. Il en donne la figure dans son atlas. L'abbaye de St-Germain en possédait un fort remarquable en cuivre doré, avec des statuettes en bas-reliefs en vermeil. Il est figuré dans l'histoire de cette abbaye, p. 167. Il y en avait en étoffes fort riches, en drap d*or ou brodées en

or, etc. La chapelle de St-Michel-de-Frigoulet, près de Tarascon, en possède un en cuir doré et peint avec beaucoup de soin.

D'après le cérémonial des évéques, le frontel devait être tendu sur un châssis et ne point faire de plis ; et lorsque l'autel était isolé , il devait y avoir un second frontel par derrière. Généralement, le fond des étoffes devait être de la couleur de la fête.

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