CHAPITRE XXIII
STILLES OU FORMES SlE&ES.
I. Stalles. Setter, Mobile Sedile. — Dans les anciennes basiliques, comme nous l'avons vu, il y avait au fond de l'abside un trône pour TEvêque et des sièges pour les prêtres. Ces sièges étaient ordinairement en pierre ou en bois, fixes ou mobiles, et souvent ils étaient couverts de riches étoffes. Quelquefois il s'en faisait en marbre plus ou moins sculpté , et même en métal précieux. Cet ainsi qu'à Sainte-Sophie de Constantinople, ils étaient en argent. Bientôt ces sièges devinrent, en certaines églises, des espèces de stalles en forme de niches où les prêtres se tenaient debout, pendant une bonne partie des offices. Vers le ix« siècle, à cause de la longueur de ces offices, on leur permit d'avoir, comme les simples fidèles, une potence ou reclinatorium pour s'appuyer.
Au XI® siècle, les sièges des prêtres se rapprochèrent davantage de la forme des stalles actuelles ; mais les ecclésiastiques n'avaient encore, pour s'appuyer, que le reclinatorium. Bientôt, cependant, on ajouta, sous le siège ou la sellette de la stalle, une petite tablette, sur laquelle pouvait s'appuyer le prêtre lorsqu'il était debout et que la sellette était relevée. De là, cette tablette a pris le nom de miséricorde ou de patience.
II. Dans une stalle on distingue: 1® le marchepied ou le socle (a) y Cflg. 287;; 2° la sellette ou le siège (b) ; 3*^ la miséricorde oupatience, dont nous venons de parler, et qui n'est bien visible que lorsque la sellette est relevée fcj ; 4® le dossier, contre lequel s'appuie le dos du prêtre, lorsqu'il est assis fd) ; 5<* le haut-dossier, qui surmonte le dossier et forme un grand panneau Cej; 6° le dais ou couronnement, placé en encorbellement au-dessus de la stalle, au sommet même du hautdossier /7); 7° les accotoirs qui séparent les stalles les unes
des autres et servent à appuyer les coudes du prêtre, lorsqu'il est debout; on les appelle aussi museati^, parce qu'on leur donne souvent la forme d'une tôte ou d'un museau de béte ; 8** Idiparclo^e, qui est l'espace compris entre les deux accotoirs ; 9° Y appui, espèce de prie-Dieu placé devant la stalle , et sur lequel s'appuie le prêtre, lorsqu'il est à genoux.
III. Les stalles les plus anciennes qui existent en France, sont celles, dit-on, de la cathédrale de Poitiers ; on les croit du XIII® siècle; elles sont sur deux rangs, et leur ornementation est simple et sévère. Les stalles du xiv® siècle sont extrêmement riches en décorations de l'époque; mais, pendant les XV® et XVI® siècles , aux ornements les plus délicats et les plus somptueux se mêlent une exagération et une licence de composition et d'invention , qui dépassent souvent les bornes du permis, du raisonnable, du décent et du convenable.
Ce sont surtout les miséricordes qui offrent un vaste champ aux conceptions les plus bizarres et les plus extravagantes des artistes assez peu croyants de cette époque de décadence de l'art chrétien, où une imagination en délire croit pouvoir suppléer avantageusement, par l'horrible et le burlesque, aux sublimes inspirations de la foi qui s'affaiblit. Quelques auteurs, cependant, ont mieux aimé ne voir dans ces écarts incompréhensibles sans cela, dans la maison de Dieu, qu'un symbolisme exagéré des passions humaines, et de la lutte acharnée du bien et du mal , sous les traits des vertus les plus aimables et des vices les plus hideux» Quoi qu'il en soit, on y voit les scènes les plus plaisantes et les plus singulières , où le sarcasme le dispute à la satyre la plus mordante, et le grotesque le plus comique au laid le plus horrible. Ce sont des animaux de toute espèce, réels ou fantastiques , dans les postures les plus burlesques , jouant de toute espèce d'instruments de musique , et faisant mille singeries extravagantes. Ce sont des moines grimaçants et singulièrement affublés ; c'est Calvin avec une tête de cochon ; c'est une jeune religieuse qui scie le diable en deux ; ce sont des démons hideux ricanant, etc. ; c'est, en un mot, tout un monde d'êtres réels ou imaginaires , rendu avec une exubérance d'originalité et une extravagance d'invention vraiment incroyables.
IV. Dans certaines églises, surtout dans les églises conventuelles, collégiales et autres chapelles, indépendamment des stalles réservées au clergé régulier ou séculier, il y avait encore ,
dans les nefs , des stalles ou des bancs pour les religieux , le* religieuses et mômes les simples fidèles. On trouve aussi quelquefois des bancs très-beaux et très-riches des xv« et xvi« siècles, destinés à des corps privilégiés , comme les marguillers. Il existe à Strasbourg un banc-d*œuvre très-curieux, du xv« siècle.
V. Sièges pour les officiants CSediliaj, — Comme dans la primitive église c'était l'Evêque qui officiait toujours , il n'y avait pas d'autres sièges que ceux que nous avons signalés au fond de l'abside. Plus-tard , le trône de TEvêque changea de place, mais resta encore le trône de l'officiant , dans les cathédrales : dans les églises paroissiales, au contraire, il fallut des sièges particuliers pour le célébrant et ses officiers ; et ces sièges furent plus ou moins riches et ornés , selon les temps , les lieux, les ressources, etc. Ils étaient souvent enfoncés sous trois arcades destinées à cet usage, et quelquefois assez ornées. Mais rien n'était beau comme ces mêmes sièges, dans les grandes églises, dans les cathédrales surtout, de la période ogivale, avec leurs dais, leurs pinacles, leurs colonnettes, etc., relevés du brillant éclat de l'or et des couleurs les plus vives ! (289,290.)
Parmi les stalles les plus célèbres , nous citerons celles d'Amiens , d'Alby , de Rhodez , de Brou , etc.
Nota. La stalle la plus honorable est celle qui est le plus près de l'autel.