CHAPITRE XXV
TOMBEftUX CHRÉTIENS PRIMITIFS.
L Bien que dans le langage ordinaire on confonde assez souvent le tombeau avec la tombe , régulièrement parlant , la tombe diffère trop du tombeau pour qu'il ne soit pas nécessaire de les distinguer dans nos études archéologiques.
Le tombeau est un monument funèbre élevé au-dessus du sol, tandis que la tombe est toujours enfoncée dans la terre et ne dépasse pas le niveau du sol. Lorsque la tombe est recouverte par une pierre, celle-ci prend le nom de pierre tombale ou sépulcrale.
Le sarcophage est un tombeau qui a reçu et contenu réellement le corps d'une personne.
Le cénotaphe, au contraire , est un tombeau qui a été élevé à la mémoire d'une personne dont le corps n'a pu être retrouvé ou qui est inhumé ailleurs.
Le mausolée est un monument somptueux érigé pour servir de sarcophage ou de cénotaphe à un mort illustre.
Le bisome est un tombeau double destiné à recevoir deux
corps ; on rappelle trisome quand il est à trois compartiments.
On appelle tombeaux apparents ceux qui ont été érigés pour rester toujours visibles et qui n*ont été couverts de terre que par accident.
Les tombeaux non apparents , au contraire, sont ceux qui ont été faits pour être entièrement enfouis dans la terre et n'ont été rendus visibles qu'accidentellement ; en cela , ils diffèrent encore des tombes couvertes, dont la pierre tombale est faite pour être vue.
II. Les tombeaux des premiers chrétiens ne peuvent être guère bien étudiés que dans les catacombes , ce rendez-vous général des vivants et des morts aux époques douloureuses des grandes persécutions. C'est là que , sous de sombres et étroits corridors^ ou dans de grandes chambres mortuaires, apparaissent encore des niches oblongues , creusées horizontalement dans l'épaisseur des parois , sur un , deux, trois et môme quel quefois jusqu'à douze rangs , et destinées à recevoir les corps des martyrs et des autres enfants de l'Eglise (236).
Lorsqu'un ou plusieurs corps avaient été placés dans une de ces niches , on la fermait soigneusement avec des briques , des pierres ordinaires ou des plaques de marbre, sur lesquelles on gravait communément le nom du martyr , son genre de mort , les instruments de son supplice , quelques symboles chrétiens, etc.
Voici comment se sont exprimés sur ces tombeaux si intéressants, un poète et un auteur chrétien du iv® siècle et un philosophe catholique du xix«. On ne saurait mieux décrire ces monuments primitifs de notre foi.
«Pendant que je demeurais, dans mon enfance, à Rome, dit saint Jérôme [in Ezéch, xl), où je recevais une instruction libérale , j'avais coutume de visiter, chaque dimanche, avec des condisciples de mon âge, les sépulcres des apôtres et des martyrs; nous entrions souvent dans les cryptes creusées dans les profondeurs de la terre et dont les murs sont garnis de sépultures à droite et à gauche. L'obscurité est si grande qu'il semble, en y pénétrant , qu'on y pourrait s'appliquer à soimême ce mot du prophète : qu'ils descendent tout vivants dans les abîmés. De temps en temps , un peu de jour qui tombe d'en haut y tempère l'horreur des ténèbres. Vous ne pouvez pas dire que vous voyez des fenêtres , mais plutôt des
trous à lumière. Puis on continue à marcher pas à pas. Dans la nuit dont ces souterrains vous entourent, vous vous rappelez ce vers de Virgile : « Ici tout fait frissonner, et le silence môme est plein d'épouvante. »
« Horror ubique animog simul ipsa silentia terrent. »
« Nous avons visité , dit Prudence ( Hymne ^ y Ad Valér. ) , d'innombrables reliques de saints dans la ville de Romulus ; vous recherchez , ô Valérien ! prêtre du Christ , les titres que le ciseau a écrit sur leurs tombes , vous voulez connaître les noms de chacun d'eux , il me serait difficile de vous répondre , tant sont nombreux ces peuples de justes qu'une fureur impie a exterminés, pendant que Rome, fille de Troie, servait ses anciens dieux.
» Il y a, néanmoins, beaucoup de ces sépulcres qui sont parlants ; les petites lettres qui y sont tracées redisent le nom du martyr ou quelque épitaphe courte et expressive. Mais il y a aussi une foule de ces marbres qui recouvrent une assemblée muette , ils n'en font connaître que le nombre. »
« On tenait moins , ajoute M. Gerbet , à graver sur les sépulcres des héros chrétiens les syllabes des noms qu'ils avaient portés en passant sur la terre qu'à y marquer leur titre de martyr. Outre les inscriptions qui le constatent, des éponges et des linges sanglants , des instruments de supplice en sont de temps en temps le sceau irrécusable. Mais le signe le plus commun est fourni par ces petits vases contenant du sang, qui sont placés à côté des tombes. On pratiquait ordinairement dans le mur un creux où ils étaient fixés avec de la chaux. La plupart sont de verre , plusieurs de terre cuite , quelques-uns de bois , d'ivoire , de plomb et d'autre métal. Leur configuration varie ; elle est cylindrique , sphérique et parfois carrée. Il y en a qui ressemblent à des coupes; le plus grand nombre sont des fioles, et quelques-unes ont des anses. On en a trouvé aussi en forme de petits tonneaux, de grenades, de poissons , formes probablement symboliques , surtout celle de poisson dont nous parlerons ailleurs. Plusieurs renferment une certaine quantité de cendres et de terre qui avaient, sans doute, été ramassées sur le lieu du supplice. Quelquefois \e moi sanguis ouïes premières lettres de ce mot , apparaissent comme des étiquettes sur les parois extérieures des vases, qui présentent aussi, de temps en
temps , divers emblèmes tracés au moyen d'un instrument incisif, le monogramme du Christ , une petite lance, des tenailles, des chaudières ardentes , des palmes , un oiseau en cage , etc. CEsquis^e de Rome chrétienne , tom. \ , pag. 66.) »
Nous donnons aux figures 234-2135 , la forme de deux de ces vases.
Nota. Nous devons répéter ici ce que nous avons déjà observé ailleurs , que souvent le tombeau chrétien primitif était entièrement fabriqué sur le modèle des tombeaux antiques , et que même il n'était , parfois , qu'un tombeau païen purifié et sur lequel on gravait quelque signe chrétien ou une inscription propre à faire connaître sa nouvelle destination. (Voy. la première partie, chap. ii, art. 2 et 3.)