‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 62 sur 112 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

TOMBEftUX CHRÉTIENS DU \V ftU Xr SIÈCLE.

I. Tombeaux apparents. — Les tombeaux apparents de cette longue période ressemblent généralement aux tombeaux antiques. Ils consistent, le plus souvent, en un coffre de marbre ou de pierre commune à couvercle plat , convexe, prismatique, etc. Il y en a de fort remarquables par la richesse de leurs décorations et des bas-reliefs qui les couvrent et en font de véritables tableaux représentant des scènes de l'ancien et du nouveau Testaments , des sujets allégoriques ou tirés des légendes des saints. C'est le passage de la Mer-Rouge, Moïse frappant de sa verge le rocher d'où jaillissent des sources d'eau vive et abondante , etc. C'est N. S. J.-C. avec ses disciples opérant des miracles , ressuscitant Lazare, multipliant les pains, etc.

C'est la moisson , la vendange , la cueillette des olives, etc., allégories ingénieuses du travail et de la récompense du ciel (228-229).

D'autres, au contraire, sont fort simples, nus ou ornés à peine de quelques moulures , de quelques symboles chrétiens ou d'une simple inscription. Lorsque le couvercle du tombeau est plat , il porte souvent Teffigie du mort gravée en creux ou en incrustation ; les traits entaillés dans la pierre sont remplis d'émail ou de ciment coloré. Quelquefois l'image est en plaques de cuivre ciselées. D'autrefois, mais c'est fort rare , ce sont des bustes ou des statues en relief, de pierre, de bronze , d'argent , de vermeil , etc. , d'un travail plus ou moins parfait.

Nous signalerons comme appartenant à cette période les magnifiques et curieux tombeaux recueillis au musée d'Arles; ceux qu'on voit dans l'église de Saint-Trophime de la même ville; l'ancien tombeau de sainte Marthe, dans la crypte de l'église de Tarascon ; ceux de saint Maximin et de sainte Marie-Madeleine, à Saint-Maximin (Var). Narbonne, Lyon, Toulouse , Marseille, Aix, Avignon , etc. , en possèdent d'assez intéressants à étudier. Il y en a également quelques-uns à Saint-Gilles qui datent de cette époque.

IL Tombeaux non apparents. — Ces tombeaux étaient toujours fort simples : ils étaient , tantôt creusés dans un bloc de pierre mobile , en forme de caisses de morts (226-227) ; tantôt ils étaient en briques ou en pierres plates , cimentées ou non; tantôt, enfin, ils étaient simplement creusés dans la terre , comme nos fosses actuelles. En général , ces tombes sont plus étroites vers les pieds et sont toutes tournées vers l'Orient , de sorte que les morts semblent regarder vers cette partie du monde, d'où l'on croit que doit revenir le Sauveur des hommes , à la fin des temps , pour juger les vivants et les morts.

Leurs couvercles ont les mômes formes variées que ceux des tombeaux apparents , mais sans aucun ornement ; un grand nombre de ceux qu'on a ouverts renfermaient des bijoux , des armes , des colliers , des grains de chapelets et surtout des vases en terre cuite non vernissée , quelquefois en verre, placés aux pieds, à la tête ou aux côtés des squelettes ; ils étaient destinés , à ce qu'il paraît , à recevoir de l'eau bénite qu'on enterrait avec les morts (224). Dans quelques tombes, on a aussi trouvé une autre espèce de vases presque semblables aux premiers , mais percés de petits trous et remplis de char-

l}ons (225) ; ceux-ci étaient sans doute destinés à faire brûler de l'encens , autour des restes mortels des enfants de TEglise; comme de nos jours encore les prêtres les encensent et les aspergent d'eau bénite à leurs funérailles.

Durand parle, dans le septième chapitre de son Rational, de l'usage , où étaient les chrétiens , de mettre de ces vases d'encens et d'eau bénite dans les tombeaux des fidèles morts dans la paix de l'Eglise; et cet usage a persévéré, en certains lieux au moins , jusqu'au xvii® siècle.

Le musée d'Avignon , la bibliothèque de Nimes et le grand séminaire de cette ville, possèdent de ces vases funéraires. On en a trouvé également dans plusieurs localités de la France et ailleurs (Voir le sixième volume du cours de M. de Caumont.)

Page 1