CHAPITRE XXVII
TOHIBEftUX CHRETIENS DU X' ftU IW SIÈCLE.
I. Les tombeaux romano-byzantins sont généralement élevés sur un socle ou soubassement continu , sur des supports variés et massifs , ou sur des colonnettes trapues.
Au commencement, ils sont fort simples et souvent placés sous une arcade cintrée , ménagée dans l'épaisseur du mur et peu ou point ornée (*) ; mais à mesure que l'on avance vers la fin du XI® siècle , et surtout pendant le cours du xii®, ils deviennent plus richement décorés. Le progrès des arts qui se fit sentir alors dans Tomementation des églises, se manifesta aussi dans la décoration des tombeaux. Leurs faces se couvrent souvent des plus beaux ornements du style romano-byzantin
f*) Les tombeaux des catacombes enfermés dans un arc portaient le nom d'^mjo/ÎMfi», jércosolium» monument arqué. Y. G^xhti^ EsqtMêCy t. II, p. 617, et Gaume, 4« vol.
si riche el si varié. L'arcade , sous laquelle ils sont situés, a son archivolte ornée de moulures variées, de zig-zags, de dhevrons, de rinceaux, etc. Elle est supportée quelquefois par des colonnes élégantes , appuyées sur des lions , comme aux portes des églises de cette époque. Souvent, l'arcade, le tombeau et tous ses accessoires, sont peints des couleurs les plus vives et les plus recherchées. Certains ornements en bois sculpté qui les décoraient parfois étaient également colorés ; mais on ne connaît ni la nature, ni Tusage de ces ornements en bois. (230-234). Nous avons vu précédemment que de bonne heure, Ton sculpta , ou Ton grava, sur les tombeaux, Timage des morts qui y étaient inhumés; on y plaça aussi quelquefois les bustes des défunts. Mais les statues couchées, à haut relief, représentant tout le corps et le costume complet des morts, ne commencèrent à être en usage qu'au xn® siècle (234).
Ces statues se plaçaient quelquefois au-dessus et quelquefois en-dedans des tombeaux ; parfois il y en avait deux , Tune dessus et l'autre dessous ; celle-ci représentait souvent le squelette du mort.
Les pierres tombales de cette époque sont généralement sans ornements, ou ne sont décorées que de quelques moulures peu saillantes et fort simples. Cependant, il y en a quelques-unes qui sont ornées avec beaucoup de soin , et sont couvertes de sculptures élégantes, à dessins géométriques, etc.
II. Au xni® siècle et pendant tout le xiv®, le tombeau est encore en forme de dé allongé, élevé sur un socle. Il est couronné d'une corniche et il a ses faces ornées d'arcatures ogivales, de colonnes et de pilastres, de niches avec leurs statuettes et de toutes les autres moulures de l'époque. Le couvercle est ordinairement décoré avec luxe , et porte presque toujours la statue du défunt. Il est quelquefois entièrement en bronze ou môme en argent, richement ciselé. La statue est toujours couchée ; la tête repose sur un coussin , ou est soutenue par des anges qui quelquefois encensent le mort; les pieds sont appuyés sur un lion, un lévrier, ou tout autre animal symbolique , réel ou fantastique. En général , les statues de cette époque sont fort belles et très-bien exécutées (233).
Les pierres tombales portent encore l'image du mort en creux; mais elle est encadrée dans une arcade ogivale trilobée, avec des inscriptions et des moulures variées (232).
Le plus souvent , Timage est accompagnée de petits anges qui portent des encensoirs ou des chandeliers. Quelquefois toute la pierre est recouverte d'une plaque de bronze ou de cuivre, sur laquelle l'image du mort est aussi représentée en creux ou en relief; parfois même elle est richement émaillée; mais alors elle est ordinairement appliquée contre le mur.
Pendant le xiv« siècle , la représentation du défunt était souvent en relief; ce qui devait rendre le sol bien inégal ; mais peut-être qu'alors les tombes étaient environnées d'une grille. III. Au xv« siècle, les tombeaux suivent, dans leur architecture , la marche rétrograde de Tart de cette époque ; ils se distinguent des précédents par la forme de Togive, par les pinacles, les nervures et les autres caractères architectoniques que nous avons signalés dans la première partie de cet ouvrage. Souvent, on a employé , dans leur construction , des marbres étrangers et précieux, et l'usage d'en peindre et môme d'en dorer les ornements s'y perpétua encore longtemps. La statue du mort était ordinairement, dès lors, à genoux sur le tombeau ; quelquefois il y en avait une de couchée dans la partie inférieure du tombeau, et une autre à genoux au-dessus. Cet usage des statues à genoux, qui remonte vers la fin du xiv« siècle, s'est perpétué pendant les xvi« et xvn® siècles.
Les pierres tombales du xv« siècle sont encore plus riches et plus ornées que celles des siècles précédents. L'image du mort y est représentée dans un encadrement qui prend la forme d'un beau portail d'église, orné de colonnettes, de niches, de statuettes, etc. Souvent, la tête, les mains et les pieds des figures sont en marbre d'une couleur différente de celle du fond du couvercle; quelquefois même ces parties sont en cuivre. Le musée d'Avignon possède deux pierres tombales de cette époque. Il y en a dans l'église de Saint-Paul de Beaucaire ; à Sainte-Marthe de Tarascon , etc.
IV. Tous les tombeaux de la période ogivale ne sont pas également beaux, ni également riches; il y en a un grand nombre d'une très-grande simplicité; mais ils méritent tous Tattention de l'archéologue. Parmi les plus somptueux , les uns sont placés , comme précédemment , sous des arcades ogivales en forme de niche magnifiquement sculptée, avec pinacles , clochetons, etc. (237) ; d'autres sont isolés et forment des espèces de monuments semblables à des édicules ou petite
chapelles également ornées de pyramides , de clochetons , de dais, de statuettes, etc., toujours dans le style de Tépoque. Quelques tombeaux étaient entièrement en bronze avec des ornements en or , en argent , en émail , etc. On se servait aussi, principalement au xv« siècle, de bois mort pour en faire des ornements aux encadrements des pierres tombales, probablement dans une pensée symbolique.