‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 64 sur 112 · CHAPITRE XXVTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVTII

TOMBEftUX CHRETIENS DE LA RENMSSftNCE.

I. Vers la fin du xv® siècle et au commencement du xvi«, les tombeaux , malgré le mauvais goût qui commence à prédominer dans leur construction , sont encore magnifiquement décorés ; on y jette à profusion tous les ornements de cette époque de décadence de l'art chrétien. Il en est de si vastes qu'ils forment de véritables édifices funéraires extrêmement somptueux. On y emploie l'albâtre, les marbres les plus beaux et parfois les métaux les plus précieux. Il y a encore quelque chose de religieux dans la pose de la statue qui est ordinairement à genoux, quelquefois devant un prie-Dieu; d'autres fois, elle est couchée comme précédemment, les mains jointes ou croisées sur la poitrine. Mais le reste du monument respire généralement l'esprit païen et naturaliste de la Renaissance. Ce n'est pas encore tout-à-fait le classique du xvii« siècle ; mais ce n'est pas non plus le style si éminemment catholique du xiii« et du XIV® siècles.

Les pierres tombales de cette époque se distinguent par la complication des ornements variés et capricieux de la Renaissance , surtout par le fréquent usage des incrustations en marbre de diverses couleurs; nouveau genre de décoration qui, sans avoir la beauté des mosaïques, ne manque pas d'une certaine élégance , d'un assez bel effet. En général , les tom-

beaux de la Renaissance frappent et étonnent par le grandiose de leur construction et de leur ornementation ; mais ils sont trop profanes et manquent presque toujours de ce sentiment religieux qui convient si bien à de pareils monuments.

II. A partir de la fin du xvr siècle et pendant le xvn«, beaucoup de tombeaux prennent la forme d'une carène de navire et sont renflés vers le milieu de leurs flancs. Souvent le tombeau reçoit de grandes et belles pyramides , des obélisques élancés , de magnifiques colonnes monumentales , des groupes de personnages allégoriques, malheureusement sans aucun rapport avec la pensée religieuse. La statue, il est vrai, est bien encore parfois à genoux ou couchée, avec les mains jointes ou croisées sur la poitrine ; mais, le plus souvent, elle prend toute autre posture plus ou moins naturelle , plus ou moins forcée, ou même ridicule; tantôt elle est en prière ou en méditation; tantôt elle soulève la pierre de son tombeau et sort de son sépulcre au son terrible de la trompette du jugement; ici, c'est un squelette environné de son suaire (*); là, c'est la mort même avec sa faux ; d'autre fois , ce sont des scènes lugubres ou des représentations pathétiques , théâtrales et pittoresques; des génies qui pleurent ou qui portent des torches funèbres ; des emblèmes, des allégories, etc. , etc. , le tout parfaitement travaillé , propre à frapper l'imagination , à parler à l'esprit; mais manquant généralement de convenance, de décence même, et surtout de sentiment religieux.

III. Enfin, vers le xviii® siècle, les traditions de l'art catholique sont complètement abandonnées; le naturalisme et le classique dominent dans l'ensemble comme dans les détails du tombeau, dans sa construction comme dans son ornementation.

Les artistes se jettent tout-à-fait dans l'extraordinaire, le manière, le théâtral, l'exagéré. La statue est souvent debout ou dans des poses plus ou moins dramatiques, recherchées, étranges. La prière et l'humilité chrétienne en sont bannies , ou, si elles apparaissent encore, elles y sont accompagnées d'accessoires profanes , de personnages , d'allégories et môme

{*) On voit au musée d'Avignon une de ces statues sépulcrales en squelette ; c'est celle du cardinal de la Grange.

de divinités mythologiques , qui vous font douter si l'on o sous les yeux un monument chrétien ou un monument païen. Cependant , même à cette époque , il y avait quelques nobles exceptions qui étaient comme une protestation solennelle de la morale et du bon goût , contre ce paganisme bâtard et en parfaite contradiction avec notre foi , nos mœurs et nos usages.

Pendant le xvii® et le xviii® siècles , les monuments funèbres ne consistaient souvent qu'en une simple pierre tombale plus ou moins sculptée, mais portant toujours une inscription dans le goût de l'époque, c'est-à-dire d'une longueur, d'une futilité et d'un pédantisme incroyables ; le tout entremêlé de souvenirs classiques et mythologiques, fort peu édifiants. Ces plaques, ordinairement en marbre, étaient parfois appliquées contre les murs aux pieds desquels étaient inhumés les morts ; d'autrefois elles étaient simplement placées sur la tombe.

En fait de tombeaux de la période ogivale, nous signalerons le magnifique et somptueux tombeau d'Innocent VI, à Villeneuve-lès-Avignon ; celui de Jean XXII, également très-beau, à la métropole d'Avignon (237) ; celui de Benoît XII, dans la même église, et celui du cardinal Lagrahge, qui est au musée de la môme ville. Saint-Victor de Marseille possède le magnifique tombeau de Martin V ; à Sainte-Marthe de Tarascon , on admire celui du chevalier Jean Cessa, ami du roi René ; celui de Sainte-Marthe est de la Renaissance , mais il est très-beau , la figure de la statue est vraiment céleste, pleine de placidité et de douceur.

M. de Caumont, dans la 6* partie de son Cours y et Millin, dans ses Antiquités nationales , ont figuré un grand nombre de tombeaux de toutes les époques.

Nota. — 1<^ Il ne faut pas oublier ici ce que nous avons dit ailleurs, que le style romano- byzantin continua à dominer dans le Midi jusque vers la fin du xiv® siècle.

2° Beaucoup d'autels anciens ne sont souvent que de vrais tombeaux fort curieux à étudier. Tel est l'autel de la chapelle de Saint-Trophime , à Arles , et une cuve baptismale dans la môme église.

Nous avons trouvé à Rivière- de -Teyrargues (Gard), un tombeau de la Renaissance assez curieux.

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