CHAPITRE III
BURETTES , CHtLUMEIkU , COULOIR , ETC.
I. BdRETTEs [Aniœ, amulœ, aynpullœ). — Dans la primitive Eglise, alors que les fidèles offraient eux-mêmes aux ministres des saints autels le pain et le vin nécessaires à lauguste Sacrifice, ils durent se servir, pour porter le vin, de tous les
(*) Du temps de saint Jean-Chrysostôme, on plaçait sous le menton des communiants de petites tablettes fort propres, dans le même but. (^Vid. Bonuy rcbus htur. lib. ii, 17.)
vases les plus commodes qu'ils pouvaient se procurer , sans avoir égard à leur forme ou à leur matière ; seulement, comme les fidèles recevaient alors la sainte communion sous les deux espèces, ces vases devaient être généralement plus grands que nos burettes actuelles. Aussi, est-il souvent question dans les plus anciens auteurs liturgiques et dans les Vies des Papes, par Anastase, de ces sortes de vases en or ou en argent qui pesaient quinze, vingt et jusqu'à trente livres. Les uns avaient la forme d'une amphore ou d'une urne , les autres ressemblaient à des fioles allongées, à panse fortement renflée ; on en a trouvé de cette forme dans les catacombes de Rome ; elles sont en verre blanc ou coloré, et portent sur leur panse l'image du Sauveur , de saint Pierre ou de tout autre saint; des figures historiques ou symboliques, le miracle de Cana, des brebis, des colombes, etc. (243).
Les anciennes burettes étaient de matières fort différentes. Tl y en avait en or et en argent, d'un travail fort remarquable, et quelquefois ornées de pierres précieuses. Il y en avait aussi en bronze , en verre , en cristal , en pierres fines, en terre cuite et môme en bois; et c'est, dit-on, du nom du buis , dont on les faisait souvent , qu'on les a appelées d'abord buirettes , et puis burettes.
Au XII® siècle , lorsque les fidèles cessèrent de communier sous les deux espèces , les burettes devinrent plus petites et à peu près semblables à celles d'aujourd'hui (245). On conservait à Saint-Gatien de Tours , des burettes fort anciennes qui contenaient chacune une grande pinte. Constantin en avait fait faire pour la basilique de Latran deux en or, qui pesaient chacune cinquante livres , et vingt en argent du poids de dix livres chacune. Chaque amphore contenait un medimne , c'est-àdire, environ 50 litres.
IL Chalumeau ou Fistule [Fistula, Cannula, Sipho ^ Pipa, calamus, pugilaris, — Dans un ancien ordre romain et dans plusieurs liturgistes dii moyen-âge, il est question d'un instrument désigné sous ces divers noms , et destiné à la communion du précieux sang. Ce chalumeau était en or , en argent et quelquefois en ivoire. Le bout qui trempait dans le calice était évasé ou fait en bouton , et l'autre qui se mettait dans la bouche était plus petit et tout uni. Lorsque le célébrant, le clergé et les fidèles avaient communié , le diacre suçait les deux
bouts du chalumeau et le donnait à garder au sous-diacre. Après la messe , on le lavait en dedans et en dehors avec du vin , et on l'enfermait dans un petit sac ou dans un étui qu'on plaçait avec les autres vases sacrés dans le sacrarium (246).
Le chalumeau est tombé en désuétude avec la communion sous les deux espèces. Cependant le pape s'en sert encore aujourd'hui quand il officie, pour prendre le précieux sang.
III. Couloir ou Passoir [Colatorium, Colum), C'était un vase qui accompagnait toujours les burettes, alors que les fidèles fournissaient le vin nécessaire au Saint-Sacrifice. Ce vase était percé, au fond , de petits trous nombreux , et à mesure que le diacre recevait les vases de vin pour les verser dans le grand calice , il faisait passer le vin par le couloir, afin de rejeter les matières étrangères qui pouvaient y être mêlées. Le couloir devait être en métal.
IV. Les Grecs se servent d'une cuiller dont le manche est en forme de croix pour prendre les deux espèces. Les Latins aussi se servaient quelquefois d'une cuiller pour retirer les saintes hosties du ciboire et les donner aux fidèles. Les Espagnols se servent encore aujourd'hui d'une très-petite cuiller pour mettre l'eau de la burette dans le calice. Cet usage ne leur est pas cependant particulier , et d'autres prêtres se servent également de la cuiller pour l'eau.
Dans quelques auteurs , il est encore question d'un couteau eucharistique dont nous ignorons l'usage ; car le pain eucharistique se rompait et ne se coupait pas. Cependant , dans quelques églises d'Orient , le célébrant donne , à certains moments du Saint-Sacrifice, quelques coups de couteau dans le pain eucharistique pour rappeler le coup de lance dont on perça le côté du Sauveur.
Allegranza dans ses Opusculi, en a figuré un des xi® et xu® siècle, sur le manche duquel sont gravés les douze mois de Tannée.