OSTENSOIRS
I. L'ostensoir ou soleil (Ostensorium, Monstrantiaj , dont on se sert pour donner la bénédiction et exposer le Saint -Sacrement à Tadoration des fidèles , n'a guère été ea usage dans l'église que vers le xiv® siècle , époque où l'on commença à faire des processions en l'honneur de l'adorable Sacrement de nos autels. Les premiers ostensoirs étaient généralement assez bas et avaient souvent la forme de celui qui est figuré au n*' 250 ; d'autres consistaient en une boîte de cristal enchâssée dans un disque en or ou en argent , sans rayons, mais supportée par un pied assez bas, et surmontée souvent de pinacles, de clochetons dans le style de l'époque (251). Quelques-uns avaient la forme d'une croix plus ou moins riche avec une ouverture au milieu du croisillon , destinée à recevoir la boîte qui renfermait l'Eucharistie. L'abbé Pascal, dans son Dictionnaire liturgique, parle de quelques ostensoirs anciens ainsi façonnés ; le pied est octogone et supporte une tige assez courte ; cette tige porte une coupe à huit pans , laquelle est couronnée d'un couvercle en pyramide et à charnière, et se termine par une croix ; cette pyramide a un de ses pans percé d'une ouverture ronde et munie d'un cristal ; C'est là qu'on plaçait la sainte Hostie; la coupe servait à conserver les autres saintes Espèces; de manière que ce vase sacré servait tout à la fois d'ostensoir et de ciboire.
II. Vers le xv® siècle, on en fait d'assez élevés et d'extrêmement riches. Voici la description d'un de ces beaux vases fabriqué vers la fin du xiv^ siècle ou au commencement du xv«; nous l'empruntons au Traité de V exposition du Saint- Sacrement, par J. Thiers, tom. 1, pag. 232. Tl appartenait aux Célestins de Marcouci. Le pied qui sert de base à cet osten-
soir, est de bonne forme, ovale, embouti et relevé par dessus. Il y a quatre chérubins au-dessous du bord, qui le soutiennent, et quatre autres qui servent d'ornement sur sa convexité. Son étendue est de sept pouces et demi de long sur cinq pouces et demi de large. De ce pied sort une tige ornée de quatre chérubins adossés l'un contre l'autre. Elle se termine par un feuillage d'où sortent deux cornes d'abondance et deux ceps de vigne chargés de grappes de raisin et entrelacés d'épis de blé. Ces cornes d'abondance , qui se jettent à droite et à gauche , soutiennent les ceps de vigne et les épis de blé qui se perdent, et sont couverts d'un nuage. Toute cette partie, savoir: le pied, la tige et ses branches, et les nuages qui sont d'argent doré, s'élève à la hauteur de douze pouces et trois lignes. Sur le nuage, il y a deux anges debout, hauts de cinq pouces et neuf lignes chacun, et éloignés l'un de l'autre de deux pouces. Ils sont d'un or très-pur et leurs vêtements faits en manière d'aube. De leurs mains, ils soutiennent un cristal de roche taillé et en forme de cylindre de trois pouces de long sur trois pouces et demi de diamètre. Il est creux en dedans et il n'a que deux lignes d'épaisseur. Les deux bouts sont fermés par deux plaques d'or gravées de part et d'autre. Sur la face antérieure de l'une est gravée la transfiguration de Notre Seigneur; sur l'autre partie intérieure, il y a un ange à genoux qui tient un encensoir, et , sur l'autre , on voit aussi sur la partie du dehors Notre Seigneur agonisant entre les bras d'un ange, et par le dedans un ange pareil à celui de l'autre bout qui tient un encensoir. Il y a dans ce cristal un croissant ou une lunule d'or qui s'emboîte dans un pivot et dans lequel on met la sainte Hostie. Ce cristal est surmonté et à demi-couvert d'un petit édifice en façon d'église, tout d'or, de trois pouces et demi de haut.
III. Cet ostensoir n'avait pas de rayons. Il paraît môme que ce n'est que dans le courant du xv® siècle qu'on commença à en mettre; d'où les ostensoirs ont été appelés soleils y tandis qu'auparavant on les appelait ordinairement montres, monstrancesy etc. Les premiers rayons qu'on y fît étaient pointus et flamboyants , comme on en met encore aux images du soleil. La forme des anciens ostensoirs était, comme on voit, extrêmement variée. M. Thiers en décrit un autre de la fin du w^ siècle, fort curieux. C'est une statue de saint Jean-Baptiste, qui tient d'une main un livre, et sur le livre un petit agneau
de la lùtc duquel sort un soleil où l'on met la sainte Hostie - De l'autre main , il montre l'agneau , et semble dire encore : Ecce Agnus Dci ( voilà l'agneau de Dieu ). On a vu également des statues de la Sainte-Vierge qui tenaient entre leurs bras un ostensoir ou un Enfant-Jésus tenant lui-môme le soleil. Ce n'est qu'à partir du xvi« siècle que les ostensoirs prennent à peu près la forme qu'ils ont aujourd'hui. La Renaissance nous en a laissés de vraiment magnifiques ; et aujourd'hui on en fait encore de très-beaux.
Le plus riche ostensoir du monde est, dit-on, celui de la cathédrale d'Aischtet, en Allemagne. Il pèse 40 marcs d'or et est enrichi de 350 diamants, de 1,400 perles, de 250 rubis et de plusieurs autres perles fines. Notre-Dame , de Paris , en possédait un autrefois du poids de 300 marcs: il avait cinq pieds de haut ; sur le pied étaient quatre vieillards en adoration , etc. On signale encore comme très-remarquables ceux de Perpignan, de Narbonne, de Dijon, etc.; ils sont du moyenâge.
Nota. — En Italie, les ostensoirs sont encore fort bas; ils n'ont guère qu'un pied de haut.
^H. — Antres Tases et astenslles d'église^