‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 74 sur 112 · ENCENSOIRS. NAVETTES. INSTRUMENTS DE PAIX · texte numérisé non relu

ENCENSOIRS. NAVETTES. INSTRUMENTS DE PAIX

I. L'ENCENSOiii (Turibulum, Thymiamateriumj n'était dans l'origine qu'une espèce de cassolette à peu près semblable à nos réchauds. Il était muni d'un manche, et on le garnissait de charbons ardents sur lesquels on jetait Tencens. Quand on voulait encenser l'autel , on promenait la cassolette fumante tout autour de la fable sacrée. Lorsque c'était les hommes que

Ton voulait encenser, on leur présentait la cassolette, et ceux-ci en recueillaient l'odorante fumée avec les mains qu'ils portaient ensuite vers leur bouche. Quelques-unes de ces cassolettes étaient placées parfois aux côtés de Tautel sur des trépieds.

On ignore l'époque précise où la cassolette, quittant sa première forme, prit des chaînes et se transforma en encensoir à peu près semblable aux nôtres. Il est cependant constant, d'après les miniatures et les sculptures anciennes, que, dès avant le ix« siècle , on les balançait déjà comme aujourd'hui , au moyen de chaînes ; mais ces chaînes étaient bien plus courtes que les nôtres, et l'encensement ne se faisait pas en lançant l'encensoir comme on le fait actuellement, mais en lui faisant décrire des cercles. Cependant, dès le xiii® siècle, l'encensement , au moins pour les hommes , devait se faire comme aujourd'hui en lançant l'encensoir. C'est ce qui est mis hors de toute discussion par l'inspection de plusieurs tombes de ce siècle, sur lesquelles on voit des anges qui encensent de cette manière l'image du mort (*).

Indépendamment des cassolettes destinées aux encensements, il existait, dès les premiers siècles de l'Église, d'autres cassolettes garnies de chaînes qui servaient à les suspendre devant l'autel ou devant la confession d'un martyr, à peu près comme nos lampes actuelles ; on les remplissait aussi de feu et l'on y brûlait de l'encens. Lorsque, parmi les riches dons que Constantin fit à plusieurs églises , il est question d'encensoirs en or pur, on ne doit voir dans ces encensoirs que de ces diverses cassolettes dont nous venons de parler. D'autres fois on mettait aux côtés de l'autel des grues ou d'autres animaux réels ou symboliques , en métal plus ou moins précieux , et disposés de manière à pouvoir recevoir en dedans des charbons ardents sur lesquels on répandait de l'encens ; la fumée de cet encens s'échappant par le bec des grues entourait l'autel d'un nuage mystérieux et odoriférant.

A partir du ix* siècle , les encensoirs furent souvent d'une grande richesse de matière et de travail. Il y en avait en or, en argent, en bronze, etc., magnifiquement ornés et ciselés :

(*} En Orient, on a conservé Tencensoir en forme de cassolette avec des chaînes, mais sans couvercle. Il en est de même à Milan, etc.

les uns n'avaient qu'une seule chaîne, d'autres en avaient deux^ et plusieurs dès-lors en avaient trois. Leur forme variait extraordinairement. Les encensoirs byzantins avaient souvent leurs couvercles surmontés de tourelles, de petites villes crénelées, représentant Jérusalem ou Bethléem (252), des églises romanes, des anges, des personnages, etc. Les encensoirs du style ogival étaient encore plus élégants, plus délicats. C'étaient des pinacles, des clochetons, des statuettes, des églises ogivales, etc. , magnifiquement ciselés et ornés quelquefois de pierreries d'émaux, etc. , etc. (254). On en conserve un dans l'église de St- Antoine, à Padoue, donné par Sixte IV. Il représente une cathédrale gothique avec ses clochetons , ses ogives élancées , ses colonnettes effilées et ses galeries à dentelles. C'est un travail délicieux dans ses moindres détails. Sa navette n'est pas moins curieuse. C'est un petit vaisseau [navis] ayant ses mâts, ses ponts, ses cordages et ses matelots. Le trésor de St-Jean de Lyon, possède un encensoir du style ogival de la dernière phase et une navette romane émaillée.

Les NAVETTES OU Ics vases primitifs destinés à contenir l'encens n'avaient pas d'abord de formes déterminées. Pendant le moyen-âge, on leur donna toute espèce de figures. Cependant, la plus ordinaire était bien celle d'un petit navire [navis) (253), d'où est venu le nom de navette. Mais d'autres offraient la figure d'un animal vrai ou imaginaire, ou d'une coquille, d'un vase plus ou moins précieux et élégant, etc. Il y en avait une à Mayence en forme de crapaud, faite d'une pierre d'onyx. La tête était en topaze et les yeux en rubis.

II. L'instrument de paix (osculatoriumj n'a pas toujours été employé dans l'église pour donner la paix. Jusque vers le milieu du xiii® siècle, on se donnait le baiser de paix en s'embrassant mutuellement; les hommes embrassaient les hommes et les femmes embrassaient les femmes en signe de paix et d'union. Mais, à partir de cette époque, l'usage s'établit dans plusieurs églises de donner la paix en faisant baiser un instrument qui porta le nom de paix (osculatoriumj , etc. Cet instrument consiste ordinairement en une tablette d'or , d'argent , de cuivre , etc. , quelquefois de marbre ou même de bois, plus ou moins orné de sculptures, et ayant souvent la forme d'un fer à repasser. On en rencontre aussi de ronds avec un pied (255). On le tient par derrière, au moyen d'une

anse ou d'un manche, pour la faire baiser avec plus de commodité. Ordinairement les paix sont sculptées ou ciselées et. représentent, tantôt une simple croix ornée, tantôt Timage de Notre Seigneur crucifié, de la Ste- Vierge, du saint patron de la paroisse ou de tout autre saint. M. Rio, dans son ouvrage intitulé Poésies de Vart chrétien, p. 456, donne la description d'une paij? extrêmement remarquable par la beauté des groupes de personnages qui y sont représentés. C'est l'œuvre du fameux Maso Finiguerra qui la fit en 1452. M. de Lescopier possède une paix qui avait appartenu autrefois à une église de Barcelone, dans la forme d'un retable d'autel du xv® siècle, d'un travail prodigieux.

Plusieurs /?ai,r renfermaient des reliques ; quelquefois môme on se servait pour la môme fin d'un petit reliquaire ou d'une simple croix en or, en argent, etc. Aujourd'hui encore, malgré la défense de plusieurs conciles, on se sert de la patène dans quelques églises pour donner la paix, à l'offrande.

Le trésor de Saint-Jean de Lyon , possède deux paix fort curieuses. M. Berthon, curé de Milhaud (Gard), en a acquis une en cuivre représentant une sainte famille ; elle me paraît être du XVI® au xvii® siècle.

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