CHAPITRE IL CROIX, CRUCIFIX
Les représentations de la croix remontent aux premiers siècles de l'Église. Tertulien en fait mention , et on les retrouve encore aujourd'hui gravées ou peintes sur les tombeaux primitifs des catacombes, ainsi que sur leurs vieilles parois. Mais les plus anciennes croix ont leurs branches égales , ou elles sont en forme du tliaii grec T. Ce n'est que vers le règne de Constantin que la branche inférieure s'allonge et que la croix devient à peu près ce qu'elle est aujourd'hui.
Parmi les diverses formes de croix que l'on rencontre dans les catacombes , il y en a une qui frappe par sa beauté et son symbolisme aussi gracieux que profond. C'est une croix richement décorée, ornée de pierres précieuses, environnée de guirlandes de roses et d'autres fleurs , et accompagnée de deux candélabres d*où pendent Valpha et Voméga apocalyptiques ; mais toutes ces croix primitives sont sans Christ. Ce n'est guère, en effet, qu'à partir du iv« siècle que l'on commence à représenter Notre Seigneur étendu sur la croix. D'abord, et jusqu'au xiii® siècle, on l'y représenta attaché par quatre clous ; Cimabuë qui vivait vers la seconde moitié de ce siècle, fut le premier à n'en mettre que trois.
II. Il ne paraît pas que, dans la primitive Eglise, l'on plaçât des croix sur les autels , bien qu'elles dominassent déjà les ciboriums qui les couvraient. Mais , lorsque les liturgies furent écrites, c'est-à-dire vers la fin du v« siècle, il fut ordonné qu'il y aurait un image de la croix sur l'autel , pendant qu'on célébrerait la sainte messe. Cependant, on se contenta pendant longtemps d'en peindre une sur le missel. Plus tard , on la représenta sur un voile que l'on tenait devant le célébrant. Vers le x« siècle, on se servit d'un Yénisble crucifix mobile que le prêtre portait à l'autel en allant dire la sainte messe, et qu'il rapportait à la fin de la cérémonie. D'autres fois , c'était une grande croix qu'on tenait , ou qui était fixée dans le sol , derrière l'autel.
Enfin , vers le commencement du xvi« siècle , on commença à en laisser une à demeure sur l'autel. Néanmoins, cet usage n'était pas encore généralement établi au siècle suivant.
Quelquefois on a placé jusqu'à trois croix sur l'autel. Les Grecs ne se servent pas, dans la liturgie, d'un crucifix en relief; mais l'image du Sauveur du Monde est peinte ou représentée en incrustations de nacre, sur la croix.
III. Au moyen-âge, N. S. J.-C. n'est pas toujours représenté crucifié sur la croix ; mais il y est quelquefois debout , assis ou en buste , tenant un livre , ou bénissant.
Les plus anciens christs , les christs byzantins surtout, ont tous la tête droite et nullement inclinée (4 93) ; ils sont vêtus d'une tunique qui varie selon les siècles, comme nous l'avons vu au mot croix monumentales de l'article précédent.
Dès le commencement du christianisme, le respect et la vé-
nération que l'on avait pour cet instrument de notre salut porta les premiers fldèles à consacrer à sa confection les matières les plus précieuses. Constantin fit faire une croix en or trèspur qui pesait 150 livres. On en fit en argent, en bronze , en bois, etc.
Le moyen-âge ne se montra pas moins magnifique dans son zèle pour la croix. On en fabriqua de la plusgrande richesse (257) . La cathédrale de Mayence , entre autres , en possédait une en or du poids de 1,200 marcs (600 liv.). Les yeux du Christ étaient deux superbes rubis.
A la Renaissance , et môme plus tard , il s'en fit de trèsbeaux. Tout le monde connaît , au moins de réputation , le magnifique christ en ivoire d'Avignon , un des plus beaux morceaux de sculpture que l'on puisse voir , tant par la pureté et la dimension de l'ivoire que par le fini et la perfection du travail. Ce chef-d'œuvre est , dit-on , du célèbre Guillermin , qui le fit vers l'an 1659.
Germain Pilon , célèbre sculpteur du xvi« siècle , en a laissé aussi de très-estimés (*).
Nota. Les crucifix les plus anciennement honorés sont ceux qui ont été attribués l'un à Nicodème et l'autre à saint Luc. Le premier, qui est à Lucques, est en bois de cèdre. Le Sauveur est vêtu d'une robe riche qui descend jusqu'aux pieds, il est ceint et aies pieds chaussés. Il n'est pas nimbé, mais il porte une couronne impériale et il est attaché par quatre clous. Le second qu'on vénère à Sirole , près d'Ancône , est également en cèdre. Il n'a qu'une ceinture comme aujourd'hui , il porte une couronne ducale et a son nimbe rayonnant au centre. Il est attaché à la croix par quatre clous et n'a pas d'inscription ; tandis que le premier , à la place de l'inscription ordinaire , porte l'alpha et l'oméga. On voyait dans l'ancienne basilique de Saint-Pierre , à Rome, un crucifix en mosaïque , que Ton croyait du viii® siècle. Il portait une robe sans manches qui lui descendait sur les pieds. Il n'avait pas de couronne , mais un nimbe crucifère , l'inscription ordinaire et quatre clous. {Vid. ARocca,t. 1 , p. 153.)
O M. l'abbé Blanc, vicaire à Mais (Gard), en possède un en bois fort beau que Ton croit de lui.